Procès-verbaux,t. V, p. 307. Moniteur, t. XV, p
3. Chambon, né à Lubersac (Corrèze) en 1757, élu de la Corrèze à la Convention, mis hors la loi au ? juin, massacré à Lubersac où il était caché le 29 novembre 1793 (Dict. des Parlementaires). Ne pas le confondre avec Chambon Latour que nous retrouverons. ;
4, Voy. sur ces manœuvres de Roland et des Girondins, Révolutions de Paris de Prudhomme, n° 184. ;
5. Moniteur, t. XV, p. 255. Kersaint, que nous retrouverons à propos de la marine, fils du comte de Kersaint, né au Havre en 1742, garde marine en 1755, capitaine de vaisseau distingué dans la guerre d'Amérique, suppléant à la Législative pour le département de Paris, siégea à partir du 2 avril 1792 parmi les Girondins, député de
du corps, Paris, assassinait au Palàis-Royal le conventionnel montagnard Lepeletier de Saint-Fargeau, qui avait voté la mort du roi. . Les Montagnards pleurèrent très sincèrement Lepeletier, Jeanbon.
engagea les Jacobins à envoyer une députation à ses obsèques, fit au club son éloge funèbre, loua en lui l'homme « qui, n’élant pas dans la classe du peuple, a su descendre jusqu’à elle pour s'élever à la hauteur des principes », c’est-à-dire le citoyen très riche qui
avait fait « tous les sacrifices qu’il est possible de faire à l’égalité » 1... Mais le sentiment qui domina chez les Montagnards fut la fureur : l'événement était le commentaire tragique des dires et des manifestations de leurs ennemis; les lettres de menaces, les rumeurs de complots royalistes n'étaient donc pas de vains propos; chacun sur les bancs de la Montagne se sentit visé, tous chargèrent des mêmes invectives les royalistes et les Girondins. Qu'importait que les Girondins maintenant déplorassent la mort de Lepelelier, par leurs calomnies, leurs imprécations contre la Montagne, ils semblaient complices du meurtrier ?. Jeanbon surtout fut hors de lui-même : avait-il le pressentiment que, le 21 janvier, sur le parcours de la voiture menant Louis XVI à l’échafaud, deux Monlalbanais, deux des fauteurs du 10 mai, enrôlés dans la conspiration de Batz, guetteraient en plein Paris, au milieu de la foule des révolutionnaires, l’occasion d'enlever le roi *? Toujours est-il que ce même jour, 21 janvier, il dénonça dans la Convention le Girondin Yzarn Valady qui avait fait afficher les motifs de son vote dans le procês du roi. Barbaroux alléguait que le fait n’avait rien d’anormal, Jeanbon répondit par ces mots terribles : « Qu'est-ce qui caractérise le délit? C’est l'intention », puis : « Vous avez vu par le malheureux événement sur lequel pleurent tous les bons citoyens à quels attentats peuvent faire porter des opinions contraires... On vous a dit hier que Kersaint, en disant qu’il ne voulait pas siéger avec des assassins, n'avait pas entendu parler de tout le monde ; mais je sais, moi, que dans les départements on nous fait passer pour des maratistes et des panégyristes des massacres du 2 septembre. On veut que tout ce qu’il
Seine-et-Oise à la Convention, arrêté à Ville- d’ Avyray, condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, exécuté le 4 décembre 1793 (Dict. des Parlementaires).
1. Le ?1 janvier (Aulard, Jacobins, t. IV, p. 690). Lettre du 27 janvier à la municipalité de Montauban (Révolution française t. XXX, p. 465). Voy. Hamel, Hist. de Robespierre, t. Il, p. 610; Révolutions de Paris, de Prudhomme, n° 185. A Montauban, le 3 février, Poncet-Delpech prononça l’oraison funèbre de Lepeletier au cours Foucault en grande pompe, et le club en délibéra l'impression (mss. Poncet-Delpech, collection Em. Forestié).
2. Lettre de Jeanbon à la municipalité de Montauban du 27 janvier. : 3. D’Elbreil raconte que, venu sur le passage de la voiture menant Louis XVI à l’échafaud pour aider à la réussite de la conspiration de Batz, il rencontra Vialettes d’Aignan venu dans les mêmes intentions (d'Elbreil, op. cit., p. 87). Godaille d’Ayrac, le maire du 10 mai, s'était caché à Paris. Jacques-François Descombiès, un des auteurs des troubles de Nimes, ex-lieutenant au régiment RoyalVaisseaux, sera arrêté le 28 février 1793 sous le nom de Lacombe et muni d’une carte de Jacobin dans les tribunes de la Convention (lettre de Jeanbon du 1e mars à la Société des Amis de la
République de Montauban).
LE PROCÈS DU ROt. 211
y a de bons citoyens périsse sous le couteau. Depuis quatre mois on ne cesse de nous appeler des assassins, des hommes qui veulent se nourrir d'un pain pétri de sang et c’est nous qu'on menace, c’est nous qu’on égorge »,el il rappela les sommations terrifiantes adressées à sa femme et à lui-même : «Le but de ceux qui cherchent à nous apitoyer sur leurs romanesques dangers, c’est d'attirer sur nous le poignard des assassins ‘.» Aussi, le 22, quand Roland envoya sa démission de ministre de l’intérieur, se sacrifiant, déclarait-il, puisqu'il était offert au public comme un objet d'inquiétude et de crainte, Jeanbon empécha la Convention de passer à une autre affaire sans avoir statué : elle devait accepter la démission, car, dit-il avec ironie, « elle ne peut pas tenir enchaîné un homme qui veut être libre », et le décret qui enlevait au parti de la Gironde le ministère de l'intérieur fut voté par l'assemblée ?.
Le 23, la Convention adopta une « Adresse au peuple français » rédigée par Barère el qui contenait ces mots: « La Convention nalionale et le peuple français ne doivent plus avoir qu'un même esprit, qu’un même sentiment, celui de la liberté et dela fraternité civique »; sur la tombe de Lepeletier : « nous venons de déposer par une réunion juste et nécessaire toutes les rivalités et toutes défiances réciproques *. » Paroles naïves et vœux chimériques, il élait acquis déjà que la mort du roi ne rendrait pas à la Convention l’apaisement, celle de Lepeletier pouvait-elle avoir plus d’effet ?
L’exécution du roi rapprochait-elle du moins les partis dans le pays? Le spectacle des départements durant le mois de janvier démontre le contraire. Dans le Lot en particulier les scènes qui avaient agité l'assemblée profitaient au projet de loi sur la force départementale : le 15 janvier, l'administration du département renouvelée à Lauzerte à la fin de novembre 1792 “ et partagée entre
1. Moniteur, t. XV, p. 257. Le Moniteur dit que l’affaire de Valady fut renvoyée au Comité de sûreté générale ; d’après le Journal des Débats de janvier 1793, pp. 293- 294, la Convention passa à l’ordre du jour ; ceci est plus probable, le renvoi au Comité de Sûreté Générale indiqué par le Moniteur pouvant s'appliquer à une dénonciation de Bréard faite dans la méme séance postérieurement à celle de Jeanbon. Yzarn de Valady, né à Banassac (Lozère), en 1766, officier aux gardes françaises, député de l'Aveyron à la Convention, proscrit au 31 mai, passé en Normandie, puis en Dordogne, arrêté, fusillé le 5 décembre 1793 (Dict. des Parlementaires).
2. La Convention venait de décréter l'impression de la lettre de Roland et son envoi aux départements, et Lacroix montait à la tribune pour continuer son rapport sur l’armée de Belgique, lorsque « Saint-André interrompt. On murmure. Il demande avec chaleur et enfin obtient la parole pour une motion d’ordre ». Il observe alors que « l'assemblée doit à Roland, qu’elle doit à elle-même d’accepter la démission de ce ministre » etc. (Moniteur, t. XV, pp. 273-274).