Buchez et Roux, t. X XIII, p
4. Mémoire de Sartre du 3 prairial an II (collect. Ém. Forestié), p. 4. Ces élections furent tumultueuses, certains électeurs y délibérèrent une adresse d'adhésion au projet de force départementale (30 novembre 1792, 2e Reg. de corresp. du club de Montauban). Comhes-Dounous est élu président, et Yzarn, vice-président du Directoire; Sartre, suppléant du Lot à la Convention, devient procureur-général syndic, Martin, substitut, Filsac, secrétaire-général ; dans l’administration, Lagasquie, Colombié de Moissac, Blaviel suppléant à la Convention, :
les amis de la Gironde et les partisans de la Montagne, votait, en l'absence des plus décidés de ces derniers, l'envoi d’une troupe de 400 hommes auprès de la Convention nationale pour la garder de ceux qui voulaient recommencer le 2? septembre ‘. A cette nouvelle, le club de Montauban manifestait une indignation extrême et Jeanbon ne cachait ni son dépit ni son inquiétude ?. La Société des Amis de la Constitution de Bordeaux ou club des Recollets, tout naturellement acquise aux conventionnels girondins, après avoir rompu complètement avec les Jacobins en décembre * leur restait hostile malgré les prières du club de Montauban ‘. Puis elle raya Jeanbon du tableau de ses membres non sans lui avoir préalablement adressé une lettre pleine d'estime pour son talent, lettre où en lui faisant part des accusations de maratisme portées contre lui elle l’engageait à se justifier 5. Frappé d'exclusion par ceux-là même qui avaient com-
1. L’arrêté n’est signé que d’une partie des membres, dont Blaviel et Martin (L6. Arch. Lot).
2. Le ? février, le club dénonce « cet acte répréhensible » aux Sociétés du département (2e Reg. de corresp.); un de ses membres, Delbrel, annonce aux Jacobins que « malgré les oppositions des Feuillants, la Société a décidé de dénoncer cette trahison à la Convention nationale » et les prie de prévenir « surtout notre député Jeanbon afin qu'il se dispose à faire punir ce département » (sans date, Correspondance des Jacobins, n° 165). Le club annonce aussi le 6 février à Jeanbon qu’il dénonce le département à la Convention (2e Reg. corresp.). Voy. aussi dénonciation aux Comités de Salut Public et de Sûreté Générale du 6 brumaire an II, du Comité révolutionnaire de Montauban (L180, Arch. Tarn-et-Garonne). Jeanbon qualifie l'arrêté d’ « extravagant », s'étonne que le district et la municipalité de Montauban ne l’aient pas désavoué formellement (lettre du 13 février 1793 à la Société des Amis de la République). Voy. aussi Révolution française, t. XXX, p. 466.
3. Voy. Aulard, t. IV, pp. 464, 495; voy. Correspondance des Jacobins, n°S 140, 144, 145 : envoi par les Récollets, le 24 décembre, à tous les clubs qui leur sont afliliés de leur lettre de rupture pour les engager à les imiter; voy. aussi Aulard, t. IV, pp. 619 et 620, séance du 24 décembre.
4. Lettre du club de Montauban aux Récollets de Bordeaux du 24 décembre 1792 (2e Reg. corresp.). Voy. Buchez et Roux, t.-X XIII, p. 279.
5. Nous citons in extenso la lettre envoyée par le club des Amis de la Constitution de Bordeaux à Jeanbon :
« Frère et ami. Tu as été accusé dans le sein de notre assemblée au milieu de tes frères : 1° De t’être avili en partageant les opinions exécrables de Marat et de ses satellites et en les faisant valoir de tous les talents que la nature t'a prodigués; 20 d'avoir secondé de tous les moyens les projets désorganisateurs, anarchistes et liberticides enfantés et suivis avec tant d’audace par une poignée de factieux gouvernant despotiquement les Jacobins à Paris; 3° de nous avoir calomniés dans cette société jadis célèbre qui a rendu de grands services à la patrie et que nous nous plaisions à appeler du nom chéri de mère. Tu as dit que : « dominés par une faction nous avions cherché à égarer la Société de Montauban en l’engageant » à adopter le projet d’une garde départementale qui marcherait à Paris sans réquisilion légale. Comment, nous sommes-nous dit, comment est-il possible qu’un frère qui a donné d’aussi fréquentes marques de patriotisme, qui a si constamment prêché parmi nous l’exécution des lois et l'amour de l'ordre, qui était digne par ses vertus et la pureté de son caractère d’une république qui n’existait pas encore, comment a-t-il pu tout à coup oublier ses principes, enseigner le mépris pour les lois sans lesquelles il ne peut exister de république ?
« Ami et frère, nous avons résolu de te faire part de ces accusations, — notre jugement sera suspendu jusqu’à ce que tu aies répondu loyalement à cette lettre franche et loyale. Tu connais la délibération que nous avons été forcés de prendre; elle porte
mencé sa fortune politique, Jeanbon se sentit cruellement blessé #. Le procès du roi augmenta les dissentiments. Tandis que le club de Montauban félicitait la Convention de ce qu’il considérait comme un grand acte de justice ?, celui de Moissac déplorait «avec mal au cœur » les divisions qui déchiraient l’assemblée *.
La décapitation du roi n'eut même pas l'avantage d’anéantir le prestige et l’idée de la royauté. Le 27 janvier, après le funèbre événement, Jeanbon écrivait à ses concitoyens : « toutes les espérances aristocratiques sont ensevelies dans la tombe du tyran ». Pourquoi dès lors prit-il à tâche de détourner sa propre pensée et celle de ses
partisans de la fin tragique du dernier monarque? À l’imitation de l’assemblée toute entière qui affecta, durant l'exécution, de s'occuper de Lepeletier, de son trépas et des honneurs à lui rendre, Jeanbon dans cette lettre du 27, la première qu'il écrivit après la décapitation de Louis XVI, déclarait que parmi les derniers événements « le plus remarquable, sous tous les rapports, c’est la mort d’un ami du peuple...la pompe funèbre de Lepeletier a été pour tous les bons citoyens un spectacle attendrissant,; elle a formé un contraste frappant avec la froide et énergique indifférence qui a accompagné le supplice du tyran “ », et, il continuait en s’attendrissant sur le conventionnel martyr. Tactique bien vaine chez l’homme politique qui montrait naguère à ses mandataires le roi faisant échec à toute la nation, qui s’écriait : « quelle est donc cette espèce d'homme qu’on appelle Rois..... que nous n’osons frapper encore quand ils ont cessé de l’être » et « que sommes-nous nous-
Ni
que nous suspendrons notre correspondance avec les Jacobins jusqu’à ce qu’ils aient expulsé de leur Société les membres qui la déshonorent. Tu connais donc tes obligations à cet égard, car nous te croyons encore digne de nous.
« Ne crois pas à la calomnie, sois sûr que nous voulons le bien de notre patrie, l'unité de la république, la réunion de tous nos frères; ne crois pas ces hommes toujours prêts à répandre le venin de la méchanceté et de la discordé en donnant à nos démarches un caractère que nos sentiments vertueux et purs ne mériteront jamais. — Jamais l'esprit de parti ne nous engagera à compromettre les droits de nos concitoyens en les trompant sur la rigidité de leurs devoirs, vois-nous toujours conséquents avec nous-mêmes, combattant avec énergie tous les genres d’aristocratie en 1789, poursuivant sans relâche et démasquant les modérés et les Feuillants durant le règne du traitre Capet et jurant aujourd’hui haine éternelle aux intrigants et aux anarchistes, les plus cruels ennemis de la liberté des peuples. Nous te saluons » (Sans date, L 2107 liasse. Arch. Gironde). D’après une lettre du club de Montauban du 12 janvier 1793 aux Jacobins, les félicitant de « Ja réponse vraiment républicaine » qu'ils ont faite à la Société de Bordeaux (2° Reg. corresp.), la rupture est complète à ce moment. Voy. aussi Buchez et Roux, t. XXII, p. 293 et lettre du 8 février 1793 des Jacobins au club des « Surveillants de la Constitution äe Bordeaux » rédigée par Desfieux (Arch. commun. Bordeaux). Le 13 février, Jeanbon parle de sa rupture avec les Récollets, comme dun événement récent et datant d'avant la mort de Louis X VI (lettre au elub de Montauban). Voy. aussi Aulard, Jacobins, t. V, p. 2, 23 janvier 1793.