Révolution française, t. XXX, pp
mêmes qui ne savons pas être des hommes quand il s’agit d’un Roi ». Dans cette même lettre du 27 janvier il disait encore à propos de Lepeletier : « Telle est donc la destinée des Rois que, même en mourant, ils se vengent en ges sorle de la justice nationale par de nouveaux forfaits » !! Il donnait ainsi au prince frappé par la Révolution une grandeur tragique d’athlète vaincu, il réveillait le respect inslinctif pour la royauté légué à ses contemporains par les nombreuses générations d’ancêtres courbées devant la majesté du trône, etson silence sur la fin du successeur de Louis XIV etde Louis XV était d’une dangereuse éloquence. Beaucoup d'individus, lui écrivit la municipalité, « ont témoigné de l’étonnement de la détermination de la Convention à l'égard du ci-devant roi, ont trouvé que cet exemple était assez rare » ?. Jeanbon fut surpris que la punition de ce criminel soulevât plus d’étonnement que celle de n'importe qui, mais n’avait-il pas lui-même parlé de telle sorte que ses auditeurs ne pouvaient rabaisser ce procès au rang de celui du premier venu? Les termes employés par les municipaux tr'ahissent l'horreur profonde que la condamnation de Louis XVI souleva dans la majorilé de la population montalbanaise. Cetle mort fit même des conversions, développa chez certains révolutionnaires la pitié d’abord, le HSAISUS ensuite ÿ.
Bien plus, l'exécution du Roi fut le signal d’une guerre gigantesque. avec toute l’Europe, et le pays rendit la Montagne responsable de cette guerre. L’accusation était mal fondée. Au début de la Convention, Jeanbon avait applaudi à l'offensive de nos armées et à la propagande de la liberté avec le fanatisme et les illusions d’un apôtre il n’admettait pas que « l’imperceptible » république de Genève osât refuser « la paix et la liberté » que lui offrait la France pour garder sa constitution aristocratique, il espérait voir bientôt l’Allemagne réclamer et établir «un gouvernement fondé sur la base immueble des Droits de l'Homme “ », il croyait enfin à la sincérité des dispositions amicales manifestées par le roi de Prusse durant la retraite de Brunswick. Ces idées étaient communes à tous les Montagnards, mais elles étaient partagées par les Girondins : un décret du 19 novembre, alors que la Convention était encore tout à fait sous l’influence de ces derniers, avait promis, au nom de la nation francaise,
1. Lettres du ? et du 2° janvier à la municipalité de Montauban. Révolution française, t. XXX, pp. 463, 464.
2. Lettre du 1‘ février à la municipalité de Montauban (Révolution française, t. XXIX, p.75).
3. Voy. l’état des reclus de Montauban sous la Terreur (L27. Arch. Tarn-et-Gar.). Cf. les illusions de Jeanbon qui, le 27 janvier, écrit à la municipalité que les derniers événements « ont dû éclairer les départements et faire prendre à l’opinion publique une pente entièrement différente de celle qu’on s'était efforcé de lui donner.
4. Lettre du 14 octobre 1792 à la Société des Amis de la République de Montauban. Cf. Sorel, IITe partie, pp. 120-127, 208, « l’idée de bouleverser la constitution germanique était un des articles primordiaux dans les plans des rénovateurs PATAGLE de É Europe », . :