‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 202 sur 889 · LA RUPTURE AVEC L'EUROPE · texte numérisé non relu

LA RUPTURE AVEC L'EUROPE

« fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ! ». Quand la Convention voulut davantage, songea à s’annexer les peuples après les avoir affranchis, Jeanbon resta fidèle à ces pre-

mières théories ?, il sy tint même après l'adoption, le 15 décembre

de la motion de Cambon tendant à subslituer la guerre d’ exploitation et de conquêles à la guerre d’affranchissement % : le 22, it. demandait après Couthon le rapport de l'article II du décret du 15, arlicle interdisant aux populations des territoires envahis par nos armées de choisir leurs administrateurs, «il serait absurde, déclarail-il, de dire aux peuples : nous n'avons porté chez vous nos armes que pour vous rendre la liberté, mais vous ferez cependant tout ce que nous voudrons », et il amenait la Convention à être de son avis “. Il est vrai que la politique d'affranchissement des peuples que Jeanbon préconisait, tout autant que Ia politique de conquête à laquelle glissait la majorité, devait alarmer l Europe monarchique. Il est vrai que Jeanbon s’en rendait compte lui-même et n’en devenait pas plus prudent, car dans son discours du 1° janvier, il s’étendait complaisamment sur le retentissement qu’aurait « le tocsin d’un affranchissement universel sonné par » les décrets et l'exemple de la Convention, et ajoutait « dès linstant, que vous avez voulu être républicains, vous avez dû vous attendre à cette lutte générale qui doit exterminer tous les rois ou anéantir la liberté ». Maïs, nous le répétons, la majorité de la Convention montra moins encore de circonspeclion, puisque de la politique d’affranchissement elle passa à la politique de conquête. Jeanbon ne comprit pas que l'Angleterre accéderait fatalement à la coalition; le gouvernement constitutionnel des Anglais lui faisait croiré à l'identité des idées politiques de part et d’autre de la Manche ‘ et il ne démélait pas l'impossibilité pour l'Angleterre de

1. Sorel, IIIe partie, pp. 169-170 : « Il se formait dans l'imagination des conventionnels la vision magnifique d’une République française entourée de nations amies affranchies par elle et scellant avec elle par reconnaissance la grande fédération de la liberté. » Songer que c’est Brissot qui, le 16 octobre, avait fait à la Convention le rapport sur Genève où il disait que les craintes des Genevois « étaient un outrage aux Français ».

2. Le 4 décembre, les députés des Belges et Liégeois demandaient à PAESObIéS de déclarer que la France ne ferait la paix avec les puissances que si l'indépendance de la Belgique et de Liège était assurée. Jeanbon dit : « Donnez donc une assurance positive aux Belges que vous ne poserez les armes que lorsque leur liberté sera assurée » (omis dans le Moniteur, Mercure universel, t. XXII, p. 73), le président Barère se garda bien de prendre cet engagement, et l'assemblée passa à l’ordre du jour.

3. Voy. Sorel, IIIe partie, p. 233. Cambon, né à Montpellier en 1756, de religion réformée, député de l'Hérault à la Législative, puis à la Convention, Représentant de l'Hérault à la Chambre des Cent jours, exilé comme régicide, mort en Belgique en 1820 (Dict. des Parlementaires).

4. Ce décret, dit-il, d’abord « blesse la souveraineté du peuple », Moniteur, t. XIV, pp. 810-811.

5. L'art. III du décret du 15 décembre, que Jeanbon considérait comme attentatoire à la souveraineté du peuple, avait été voté d’après un amendement proposé par un des chefs girondins, Buzot.

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