‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 203 sur 889 · Voy. séance de la Convention du {er février · texte numérisé non relu

Voy. séance de la Convention du {er février

tolérer notre établissement dans les Pays-Bas; mais la Convention avait les mêmes illusions, elle avait occupé la Belgique et venail d'autoriser l'invasion dé la Hollande ‘. Le 27 janvier, le 1° février même, Jeanbon doutait des sentiments hostiles de nos voisins ?, appuyait la proposition d’une « adresse énergique » qui leur parlerail « le langage qui convient à des républicains * » ; mais le Girondin Brissot, dont le rapport amenait le 1° février le vote de la déclaration de guerre à l'Angleterre, s’attachait aussi à distinguer entre les tendances du peuple anglais et celles de son souverain et concluait à déclarer la guerre au roi d'Angleterre nominativement *; seul le visionnaire Marat avait en ce jour conscience de. la réalité et déclarait : « Nous n'avons pour nous en Angleterre que les philosophes ». |

Il n’en est pas moins vrai que dans les idées du pays les Monta-

gnards, dans l'esprit des électeurs de Montauban Saint-André, furent les auteurs responsables de l'extension de la coalition. C’est que, durant le procès de Louis XVI, tandis que Brissot el d’autres “Girondins ÿ disaient qu'une sentence de mort ameuterait les puissances contre la France, Jeanbon et ses voisins de la Montagne avaient passé outre. Jeanbon pensait, nous l’avons vu, que si les princes armaient, ce ne serait pas pour venger un souverain méprisé, mais pour réprimer la guerre de propagande; il disait vrai, et cependant la formation effective de la coalition après l’exécution de Louis XVI paraissait donner raison aux Girondins, il semblait que les Montagnards avaient, de propos délibéré, provoqué contre nous un rapprochement de tous les monarques de l’Europe en leur jetant en défi, suivant le mot de Danton, une tête de Roi.

Ajoutons qu’à ce moment où ont une ouerre formidable. une rupture se produisait entre la Montagne et notre meilleur général, Dumouriez. Poursuivi par Marat depuis la malencontreuse affaire des bataillons Mauconseil et Républicain, Dumouriez avait encore irrité la Commune de Paris, les Jacobins et la gauche de la Convention par les reproches très justifiés dontil accablait la placide

1. Sorel, Ille partie, p. 212, montre que l'Angleterre n’acceptait la Révolution que parce qu’elle ruinait notre marine, nos colonies, notre commerce.

2. Révolution française, t. XXX, p. 462. Pourtant, en face des allures hostiles du ministère et du Parlement anglais en décembre 1792, la Convention votait déjà le 13 janvier des préparatifs de guerre maritime, voy. chap. vu.

3. Moniteur, t. XIV, p. 337; il ajoutait que la nation anglaise après cette adresse nous saurait gré « de Jui avoir ouvert les yeux sur ses ministres, Sur son tyran ».

4. Moniteur, t. XV, pp. 331, 338; voy. Sorel, IIIe partie, p. 880. Cf. le même p. 214 et p. 240. Voy. aussi Pariset, La Société de la Révolution de Londres, Révolution française, t. XXIX, p. 296. Le 24 janvier, l’envoyé français Chauvelin avait reçu ordre de quitter l'Angleterre, le 30, Lebrun avait annoncé le fait à la Convention.

5. Voy.discours de Salle du 27 décembre 1792 proposant l'appel au peuple, et notes qu'il ajoute à ce discours.

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incapacité de leur créature, le ministre de la guerre Pache : il se plaignait aussi, lui qui voulait ménager les Belges après avoir occupé leur pays, du décret rendu sur la proposition de Cambon le 15 décembre. Par de menus incidents on avait achevé d’inquiéter ses intérêts ou son amour-propre. Jeanbon, pour sa part, s'était associé à une campagne commencée dans la Convention contre les fournis- seurs infidèles : « Ce ne sera que l’échafaud, disait-il, qui nous fera justice de ces hommes qui ont la barbarie de s'enrichir aux dépens des malheureux soldats de la République » ‘, et, le 22 novembre, après Cambon, il avait dénoncé deux d’entre eux Malus et Despagnac, fait décider leur comparution à la barre de la Convention ?; au contraire Dumouriez avait besoin, pour se ravitailler, de l’aide de ces spéculateurs, et il écrivit le 25 que Despagnac lui ayant fait des avances de fonds, c'était à lui, Daumouriez, qu'en somme il fallait intenter un . procès *, Le 1” décembre, à la nouvelle de la prise de Liège, Kersaint demandant que la Convention fit écrire par son président des félicitations à Dumouriez, Jeanbon s'était écrié, par un reste de cette méfiance qu'avaient tous les démocrates pour les chefs militaires et que lui-même nourrissait particulièrement à l'adresse du vainqueur de Jemapes : le général Dumouriez remplira « ses derniers devoirs comme il a rempli les premiers, j'ai de lui cette bonne opinion, mais je veux voir la fin de sa carrière avant de le remercier » #, et c'est aux armées que la Convention avait voté des félicitations. Dumouriez étail donc très mécontent quand il revint à Paris en janvier 1793 pour préparer l'invasion de la Hollande, et comme il songeait en secret à sauver Louis XVI dont les Montagnards étaient les pires ennemis, tout conspira pour le mettre en conflit avec ces derniers.

Jeanbon fit cependant preuve à ce moment d’un grand sens

1. Convention, séance du 20 novembre (Moniteur, t. XIV, p 527).

2, Cambon avait dénoncé, le 20 novembre, Malus et Despagnac à propos d’entreprises de charrois faites par eux (Moniteur, t. XIV, p. 528). Le 22, sur une lettre de Dumouriez demandant l’autorisation de passer seul par l'intermédiaire de Malus, commissaire des guerres, tous les marchés nécessaires à l’approvisionnement des troupes de Belgique, Cambon avait repris ses dénonciations, fait passer à l’ordre du jour. C’est alors que Jeanbon parla (Moniteur, t. XIV, p. 560). Despagnac méritait ce réquisitoire : Marc Raymond Sahuguet d'Espagnac, né à Brive (Corrèze), chanoine de l’église de Paris, conseiller au Parlement de Paris, avait été, à la suite de spéculations (Correspondance secrèle, éditée par de Lescure, t. IT, pp. 49 et 89) sommé d'abandonner son canonicat; exilé avec Calonne, rentré en 1789, lancé dans la Révolution, il se jeta dans les fournitures des armées pour spéculer; compromis de nouveau par la trahison de Dumouriez, il sera condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le 13 germinal an If (Voy. Révolution française, t. Il, p. 865).

3: Buchez et Roux, t. XX, pp. 400-401. Le 13 décembre, un décret défendit aux généraux de passer aucun marché.

4. Moniteur, t. XV, p. 623). Cf. Jean de Bry qui, le 4 octobre 1792, sur la demande d’Albitte qu’une lettre de satisfaetion soit écrite à Custine, déclare que « l’austérité des mœurs du régime républicain doit exclure les formes obséquieuses du régime despotique » (B..et Roux, t. XIX, p. 285).

politique, il comprit que l'intérêt du pays commandait une réconciliation du défenseur du territoire avec les démocrates et il s’'employa à ramener Dumouriez aux Jacobins. Une entrevue fut projetée entre le général et Desfieux revenu de son apostolat montagnard dans le Midi : « Un nommé Jeanbon-Saint-André, nous dit Dumouriez lui-même, membre de la Convention, furieux Jacobin quoique avec la réputation d’honnête homme, pénétré d’estime pour le général sans le connaître personnellement, insistait sur cette conférence et voulait y assister ». La conférence eut lieu chez Bonnecarrère, intime de Desfieux et de Dumouriez, et lié, on se le rappelle, avec Jeanbon depuis 1791 : « Desfieux, dit encore Dumouriez, parut au général une bête brute, un homme médiocre, Jeanbon lui parut un homme plus raisonnable; on ne put convenir de rien, ni sur la manière dont le général se présenterait aux Jacobins, ni sur la conduite que ceux-ci tiendraient avec lui, restant gouvernés par l’affreux Marat; ilne leur promit pas d’y aller, il n’assura pas qu'il n’irait pas : au reste, il ne vit dans ces deux hommes, sur l'affaire du roi dont il n’osa traiter que légèrement, pour ne pas nuire par trop d'empressement, qu’une rage grossière digne des sauvages,.... il prit le parti de rompre ces conférences, et il le dit à Bonnecarrère *. » Jeanbon produisit donc sur Damouriez une certaine impression, mais n’en put rien obtenir; et, le 27 janvier, Desfieux qui avait annoncé aux Jacobins que Dumouriez viendrait s’y justifier, fut réduit à dire que le général serait très flatté de se rendre dans la Société, s’il ne craignait d’y rencontrer Marat ?. Il ne restait plus à Dumouriez qu’à chercher une victoire ou un appui chez l'ennemi. Malgré Jeanbon, de ce fait, la situation du pays, au début de février 1793, s’aggravait encore,

L'activité de Jeanbon et de ses collègues n’avail pas été complètement absorbée durant cette période par de vaines querelles et par le procès du roi; aux séances employées de la sorte ils avaient soustrait quelques heures pour discuter les projets de réformes dont leur programme était chargé. Nous allons voir que sur ces questions Girondins et Montagnards avaient les mêmes idées, auraient dû se rapprocher et qu’il n’en fut rien pourtant.

En décembre 1792, la Convention étudia l’organisation de l’ins-

1. Mém. de Dumouriez, re édition (1794), Hambourg et Leipsick, 2 vol. in-8, t. I, p. 64. Marat (no 24 du Journal de la République Bibl. Nat., Le? n° 223) attaquait Bonnecarrère sur son intimité avec Dumouriez.

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