‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 204 sur 889 · Jacobins, 27 janvier 1793, Aulard, t. V, p · texte numérisé non relu

Jacobins, 27 janvier 1793, Aulard, t. V, p

truction publique : Jeanbon intervint d'abord dans un débat: sur les écoles primaires, nous ne voyons pas au juste dans quel sens !. Son opinion sur un plan général d'instruction est plus facile à saisir.

Le projet présenté par Condorcet à la Législative plaisait au Comité d'instruction publique de la Convention, exception faite. de la Société nationale des sciences et des arts à laquelle Condorcet confiait le rôle d’une académie et d’un établissement suprême d'instruction, et que béaucoup de conventionnels jugeaient comme telle analogue aux anciennes universilés, redoutable à l’égal de celles-ci par l'esprit de corps et l'influence morale ? Romme lut le rapport du Comité le 20 décembre *. Antérieurement, le 3 octobre, Jeanbon avait écrit aux municipaux de Montauban : « Il faudra voir si le plan Condorcet convient à notre nouvelle manière d’être. Pour moi, je ne le pense pas. Nous sommes désormais des républicains, il nous faut une éducation toute républicaine. Il faut que la patrie seule ait le droit d'élever des enfants qui lui appartiennent, dont elle attend du service, et qu’elle établisse un mode uniforme pour tous ‘. » Lors de la discussion qui suivit le rapport de Romme, il demanda que l’homme physique et moral fût examiné, que l’on formât des républicains et non des discoureurs ; et après un discours de Rabaut Saint-Étienne le même jour, après un autre de Bancal le 24 f, il composa un écrit « sur l'éducation nationale 7 ». Le sujet passionnait d’ailleurs les esprits, et bien d’autres conventionnels, Lepeletiér en particulier, rédigeaient au même moment des travaux de ce genre. Le plan de Lepeletier sera lu le 13 juillet 1793 à la Convention par Robespierre. Le discours de Jeanbon fut seulement imprimé, en juin 1793, à la suite d’un décret de la Convention du 4 juin autorisant l'impression par l’'Imprimerie Nationale de toutes les ROUE rédigées par des députés sur l'instruction publique #.

1. Lanthenas s’opposait à toute mesure particulière telle que l’organisation des écoles primaires et demandait la mise à exécution d’un plan général d'instruction publique. Rabaut Saint-Etienne le combattait. D'après le Journal des Débats (décembre 1792, p. 309), Jeanbon appuya Rabaut; d’après le Mercure universel (t. XXII, p. 299) il soutint Lanthenas. Guillaume, (Procès-verbaux du Comite d’Instruction publique de la Convention (t. I, pp. 22-23), adopte la version du Journal des Débats ; rien, dans le Moniteur ou les Procès- verbaux de la Gonvention, ne permet de: conclure.

2. Voy. Guillaume, op. cit., t. 1, Introduction, p. xvir, et la suite.

3, Guillaume, t. I, p. 25.

4, Lettre du 3 octobre 1792 (Révolution française, t. XXIX, p. 67).

5. Convention, 21 décembre 1792 (Mercure universel, t. XXII, pp. 347-348).

6. Guillaume, t. I, pp. 27, 29-30. Voy. Liard, L'Enseignement superieur en France, 2 vol. in-80, 1888, t. I, p. 170. i

7, Sur l'éducation nationale par Jeanbon Saint-André, sans date, de l’Imprimerie Nationale; in-8° de 14 pp. Voy. l’Introduction. [n extenso dans Guillaume, t. 1, pp. 272- 282. Daté de décembre 1792 comme l'indique une note de Jeanbon au bas de la première page (ibid, p. 272, note), est postérieur au rapport de Romme et au projet de Bancal, d’après son contenu.

8. Guillaume, t. LI, p.35, note 2; t. [, {ntrod., p. xxx1 et p. 272 note.

L'ouvrage est bien écrit, mais sans plan net, et le désordre se poursuit jusque dans la série des articles du projet de décret formulé à la fin. Jeanbon combat d’abord le projet de Condorcet : d’après lui, Montaigne, Locke, Fénelon, Jean-Jacques Rousseau ont tout dit sur l’éducation. « L’insiruction n’est pas l'éducation, elle n’en est qu'une branche, et j'ajoute, la moins essentielle »; or le rapport de Condorcet n’est « ni un plan d'éducation nationale, ni même un plan d'instruction républicaine !..... c’est une éducation qu’il nous faut ». Jeanbon incrimine « cette éducation scientifique et verbeuse » des collèges de naguère, « cette contrainte éternelle, cette vie sédentaire », et « c’est à peu près, dit-il, ce qu’on vous propose encore aujourd’hui » ?. Au contraire, « l'enfance est surtout l’âge de la liberté. La nature qui a besoin de se développer donne alors à l’animal un surcroît, si j'ose ainsi dire, une surabondance de vie et de mouvement qu’il est aussi barbare que dangereux de vouloir contenir ». Saint-André fait ensuite l’éloge de l'éducation proposée par Jean-Jacques, « point en préceptes, toute en action. Rousseau n’est point le pédagogue, l’instituteur d'Émile, il est bien plus sans doute, il est sa providence. Il dispose tout autour de lui, les hommes et les choses. Tout ce que voit son jeune élève, tout ce qu’il entend est fait exprès pour lui; aussi ne reçoit-il aucune idée qui ne soit vraie, son cœur tendre et novice n’est affecté d'aucun sentiment qui ne soit pur; sa raison croît et se développe avec son corps... Législateurs, le plan que le citoyen de Genève avait concu et qu'il n'avait osé croire applicable qu'à des individus isolés, c’est à vous à le réaliser pour la nation entière *...... Quelques peuples anciens l'ont eue, cette éducation nationale. Je n’en connais point qui ait eu, à proprement parler, ce que nous appelons une instruction publique. À Sparte, on méprisait les sciences, à Athènes chaque philosophe, chaque rhéteur donnait des leçons à ceux qui venaient les entendre. » ;

Une seule catégorie d’écoles suffit. « Ge n’est pas que j'imagine que, dans la situation particulière où nous nous {rouvons, il soit possible de se passer entièrement d’écoles...…., mais je les veux simples, beaucoup moins nombreuses... et surtout intimement liées avec les soins indispensables pour former le corps et le caractère des élèves ». Et Jeanbon admet comme « vérilé incontestable » l’opinion précédemment exprimée par Durand-Maillanne * « que la République n’est pas obligée de faire des savants... Ce n’est pas la science

1. Les références sont d’après Guillaume : Guillaume, t. I, p. 272-273.

2. Cf. les Observations sur un mémoire de la ville de Cahors : « Il n’est pas d'homme éclairé qui ne se fiatte d’avoir oublié les leçons qu’il en a reçues dans sa première jeunesse, Dédaigner de pareilles études, ce n’est pas faire preuve d’ineptie, ce serait au contraire annoncer un sens naturel très droit. »

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