‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 205 sur 889 · Guillaume, t. I, p · texte numérisé non relu

Guillaume, t. I, p

4. Guillaume, t. 1, p. 275. Cf. Durand-Maillanne et Rabaut (Liard, t. I, p. 169); et Hentz (ibid., p. 175),

qui rend l’homme heureux, mais la vertu. Le philosophe qui a écrit contre les sciences et les arts n’a point écrit de paradoxes. » Jeanbon revient ici à l'éducation que préconise Rousseau, c’est, remarque-t-il

- aussi, la méthode qu’employait Socrate et qui « favorisait le dévelop-

pement des facultés morales ». Il ajoute : «Eh bien, ce sont des écoles formées sur ce modèle qu’il nous faut. Il nous faut des maîtres plus sensibles qu'instruits, plus raisonnables que savants, qui, dans un lieu vaste et commode, hors des villes, hors de l'infection de l'air qu'on y respire et de la dépravation des mœurs qui s’introduit par tous les pores, soient les égaux, les amis, les compagnons de leurs élèves... ; que les enfants ne se doutent même pas qu’ils sont à l’école, que dans des conversations familières en présence de la nature, et sous cette voûte sacrée dont le brillant éclat excite l’éton-

. nement et l'admiration, leur âme s'ouvre aux sentiments les plus

purs ‘, qu’ils ne fassent pas un seul pas qui ne soit une leçon » ?. Une autre raison milite en faveur d’un seul degré d'instruction : il ne faut pas plus de distinction entre les maîtres qu'entre les élèves. « L'égalité sera la base de votre constitution et votre constitution doit être elle-même la base de tous vos établissements... ;: or, dès linstant que vous aurez deux écoles, l’une plus parfaite que l’autre, l'égalité est détruite. » Enfin, « est-ce après avoir renversé la hiérarchie sacerdotale que vous devez créer une hiérarchie savante qui la remplacera ? Qu'est-ce que cette instruction graduée et à quoi aboutira-t-elle? à former une vraie corporation, un nouveau clergé armé par vous d’une force redoutable... Gardez-vous surtout de mettre sous la main d’un ministre la direction de la partie morale de l’éducation. Vous auriez bientôt sous un nom différent un grand-prêtre, un poutife dont l’adroite ambition, couverte du rieaue de la vertu, finirait peut-être par détruire la liberté »,

Jeanbon passe alors à la réfutation du plan de Bancal. Celui-ci, du projet Condorcet ne gardait que l’enseignement supérieur et l'en-

seignement primaire, Jeanbon le juge aussi choquant pour l'égalité.

Comme à Condorcet, Jeanbon reproche à Bancal de préfèrer les leçons des bibliothèques et des cabinets d'histoire uaturelle à celles de la nature vivante et animée parlant à tous les sens. En plaçant une école centrale dans chaque chef-lieu de département comme si le chef-lieu était l'emplacement le plus convenable, il fera naître de grandes jalousies entre toutes les villes de la République.

Jeanbon déclare encore qu’il ne faut pas obliger les citoyens à envoyer leurs enfants dans les écoles nationales : & Vous devez laisser à chacun la liberté de juger par lui-même de ce qui lui convient.…., faites que votre éducation soit non seulement la meilleure,

1. Cf. les Observations sur un mémotre de la ville de Cahors : « Les philosophes qui ont étudié la théorie des sentiments savent combien il est utile de présenter de Donne heure aux enfants les belles formes de la nature », etc.

2. Guillaume, pp. 276, 277. Cf. Bancal dans Liard, t. 1, p. 170.

mais la plus agréable et reposez-vous ensuite sur les enfants euxmêmes du soin de la désirer. » Il demande des fêtes nationales consacrées à l'éducation et qui réunissent tous les âges comme, à

Lacédémone. Enfin, la destruction de la mendicité, des lois sur

l’adoption et le partage égal des successions en ligne directe, d’autres destinées à corriger et prévenir les abus des successions collatérales, l’organisation du système général des secours publics ne peuvent, selon lui, être séparées d’un système d'éducation nationale. « L'égalité est le principe fécond de toutes les vertus sociales. N’oubliez pas que la dernière, et la plus dangereuse des aristocraties parce qu’elle est la plus vile, l'aristocratie des richesses, reste à détruire. Or, tant qu’elle existera, je ne crois pas possible une bonne éducation nationale. »

Jeanbon résume ainsi son opinion dans un projet de décret annexé: l'instruction publique n’est qu’une branche très secondaire de l’éducation nationale, doil être une et la même pour tous, bornée aux connaissances élémentaires indispensables pour former le citoyen; les arts et les sciences à des degrés supérieurs seront abandonnés à l'industrie et au géuie, encouragés par l'Etat suivant des lois «dignes de la munificence de la nation française, mais assez sévères pour exclure la médiocrité » ; l'instruction sera donnée par des maitres non organisés en corporation; eMe sera agréable, ni monotone, ni pédantesque, et afin que tous les citoyens puissent en prendre leur part il faut « procurer à tous une modeste aisance qui ne les détourne pas du soin de s’instruire par la nécessité de céder à des besoins urgents et impérieux ». Que le Comité d'instruction publique présente donc un plan « dans lequel l'éducation se trouve liée à l’enseignement d’après les principes de liberté et d'égalité qui doivent

former la base de la Constitution ! ».

. Ce discours, visiblement, représente un ensemble de théories plutôt que des dispositions pratiques : Jeanbon rappelle les grandes idées qui, suivant lui, doivent dominer un plan d’éducalion nationale, et il invite le Comité à s’en inspirer. Il ne quitte le domaine de la spéculation pure que pour attaquer, en Montalbanais jaloux de Cahors, la disposition du projet de Bancal qui placerait les écoles

centrales dans les chefs-lieux de département. C’est justement comme.

exposé de principes que l’ouvrage est intéressant. Il reflète les tendances les plus contradictoires. D'une part, Jeanbon, pasteur protestant, admirateur à la Montesquieu des républiques antiques, lecteur passionné de Jean-Jacques, s'attache à l'éducation qui forme les mœurs et qui dispose aux vertus républicaines, il y tient tant qu'il considère l'instruction comme très accessoire et que des écoles primaires lui suffisent, il veut une éducation uniforme et qui prolonge son action sur l'existence entière des citoyens par des fêtes civiques. Et, par ailleurs, il obéit à cette autre tendance du protestantisme

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