Moniteur, t. XV; pp
3. Lettre du 13 février à la Société des Amis de la République de Montauban. Cf. la femme de Jullien de la Drôme, 2 février 1793. « Les Montagnards sont dans leur triomphe et attirent tant de gens de la Plaine que je ne doute plus d’une bonne -majorité » (Journal d’une bourgeoise, p. 341).
4. 27 janvier (Journal des Débats, janvier 1793, pp. 365-366), 28 janvier (Moniteur, t. XV, p. 303, et le 28 aussi aux Jacobins (Aulard, Jacobins, t. NV, p. 12), 3 février à la Convention (Moniteur, t. XV, p. 354) et le 6 aux Jacobins.
Robespierre du 5 novembre, et sés propres théories de 1789 à 1791 : « Une grande Révolution ne peut s'opérer que par un grand mouvement. On y trouve à côté des actes les plus éclatants de générosité, de grandeur d'âme, des traits qu’il faut autrement qualifier. La France, esclave depuis quatorze siècles, courbée sous le joug de ses rois et de ses prêtres, a voulu briser ce joug avilissant, mais elle n’a pu le briser sans une commotion violente. Montrez-vous grands et généreux. Faites par esprit de patriotisme ce que les reviseurs firent par esprit d’aristocratie. [ls accordèrent une amnistie dans laquelle les contre-révolutionnaires de Montauban etc. trouvèrent l'impunité de leurs assassinats médités, réfléchis, préparés avec lenteur. Avec combien plus de raison ne devez-vous pas pardonner à des hommes dont les mains se sont, il est vrai, souillées de sang, mais.dont les intentions étaient pures ..…. », Et, le 10 février, Billaud-Varenne déclarait aux Jacobins que les Parisiens avaient accompli les massacres pour leur sûreté, les justifiait par l'exemple de Syracuse en pareille circonstance, et le club votait l'impression et l'envoi de son discours aux sociétés afliliées 2. À :
Le 9, autre débat, celui-là sur la force départementale. Cambon dénonçait un arrêté par lequel les trois corps administratifs de Toulon disposaient des fonds publics pour solder un bataillon destiné à défendre la Convention : Jeanbon cita l'arrêté analogue du département du Lot : « Si vous passiez sous silence, dit-il, une pareille conduite, dès ce moment cesserait l’unité de la République », puis il rappela tous les actes d’incivisme commis par les administrations départementales naguère « à genoux devant Terrier Montciel ». Son discours, modéré dans le Moniteur, prend dans le Journal des Débats de Louvet un ton extrêmement agressif *; peut-être Louvet, un Girondin, en at-il à dessein accentué la note pour augmenter l’irritation des administrations départementales contre les Montagnards. Quelques jours après, Cambon dénonçait encore l'administration départementale du Var pour un nouveau délit semblable au premier : « Si cette conduite est tolérée, la République n’est plus qu’un vain nom: », s’écria Prieur de la Marne —: « il faut renoncer. à avoir une représentation nationale, ajouta Jeanbon, ce n’est pas d'aujourd'hui que ces administrations empiè-
1. Moniteur, t. XV, pp. 395-396. Cf. Robespierre « Qui peut marquer après coup le point précis où devaient se briser les flots de l’insurrection populaire ? » (Moniteur, t. XIV, p. 392). Cf. Jeanbon, sermons du 26 juillet 1789 et du 9 octobre 1791. La procédure, sur motion de Lamarque, fut suspendue et envoyée au Comité de Légisation
8. Aulard, Jacobins, t. V, p. 22. Billaud-Varenne, né à La Rochelle, en 1756, membre de la congrégation de l'Oratoire, la quitta en 1785, substitut du procureur de la commune de Paris en 1792, député de Paris à la Convention, décrété d'accusation le 1? germinal an Ill, avec Collot d'Herbois, Barère et Vadier, condamné le 1er avril 1795 à la déportation à la Guyane, la quitta en 1816 pour Port-au-Prince dans la république d'Haïti où il mourut en 1819 (Dict. des Parlementaires).
3. Moniteur, t. XV, p. 407. « Partout les corps administratifs forment des coalitions liberticides » (Jour nal des Débats février 1793, pp. 118-119).
tent sur l’autorité souveraine ! ». Les Girondins ne purent qu'excuser l'administration du Var et leur plaidoyer, tout tiède qu’il fût, vint à l'appui de l’accusation de fédéralisme dans le réquisitoire que dressaient contre eux les Montagnards ?.
Malgré le temps perdu de la sorte, l'assemblée, maintenant, travail-
lait. Le 16 février lui fut présenté le projet de Constitution qu’aux
premiers mois de la session les Montagnards appelaient de tous leurs vœux *. Mais comme le Comité qui l'avait élaboré était composé de Girondins, Jeanbon, le même jour, écrivit : « Condorcet, Barère et Gensouné nous ont lu à eux trois une Constitution qui a été loin de plaire à tout le monde. Ce malheureux enfant de huit ou neuf pères brissolins a contre lui, aux yeux de bien des gens, un vice très essentiel, celui de sa naissance, et puis, on le trouve rachitique, mal conformé; cela va jusqu'à dire qu’il ne pourra pas vivre *. » Il était d'avis d'en renvoyer la discussion jusqu’après le vote de toutes les
mesures de défense nationale, alléguait d’ailleurs un décret qui fixait un intervalle de deux mois entre le dépôt du projet et son exa-
men. « Vis-à-vis des ennemis ce n’est pas de constitutions dont
nous avons besoin, mais de canons et de boulets. Je sais qu’on
affecte de repéter qu'il presse que la Constitution soit décrétée ; c’est le cri commun de ceux qu’on appelait ci-devant aristocrates et qui s’intitulent aujourd’hui les amis des lois. Mais... il faut qu'elle soit bonne et qu'on ne soit pas obligé de la refaire; or, sous le respect apparent des lois et l’envie d'en avoir promptement, c’est le désir que nourrissent en secret bien des pér-
1. Moniteur, t. XV, p. 523 21 février. Prieur de la Marne (Pierre-Louis), né à Sommesous (Marne) le 1er août 1756, avocat, député de Châlons-sur-Marne aux Etats-Généraux, vice-président du tribunal criminel de Paris en-1791, député de la Marne à la Convention, banni en 1816, mort à Bruxelles en mai 1827 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. I, p. 47).
2. Signalons cette minute de décret rédigée et signée par Jeanbon du 3 février :
« La Convention nationale décrète que son Comité des Finances lui fera dans la
semaine le rapport qu’il a dû préparer sur les meilleurs moyens à prendre pour retirer de la circulation l'excédent des assignats dont les circonstances ont nécessité l'émission » (Arch. Nat., C 245). Il semblerait plutôt qu'il s’agit d’un décret du 26 février, dont Jeanbon proposa une rédaction (voy. p. 237 même ch.), nous ne comprenons pas cette date du 3.
3. Le21 janvier, l'assemblée avait décrété que le rapport de son Comité de Constitution lui serait présenté dans quinze jours. Il le fut le 15 et Le 16 février par Condorcet; l'impression et l'envoi aux administrations, Sociétés populaires et armées furent décré-
‘tés le 16, Jeanbon demanda que le Comité fût dissous, on lui fit- observer qu'un
décret l'avait déjà décidé (Moniteur, t. XV, p. 473).
, 4. Lettre citée dans le Dictionnaire des Parlementaires, t. NT, p. 412. Nous ne
savons d’où elle est tirée. Barère de Vieuzac (Bertrand), né à Tarbes en 1755, avocat
. au Parlement de Toulouse, représentant du Tiers-Etat de la sénéchaussée de Bigorre
aux États-Généraux, appelé au tribunal de cassation le 28 avril 1791 ; élu à la Conven-
tion le 4 septembre 1792 par les Hautes-Pyrénées, décrété d'accusation avec Collot
et Billaud, condamné à la déportation, s'évada. Rallié au 18 brumaire, journaliste à la solde de Napoléon, représentant d’Argelès à la Chambre des Cent-Jours, exilé en 1816, vécut à Bruxelles, rentré en France après 1830, mourut à Tarbes en 1841
.(Dict, dés Parlementaires).
sonnes !, » Et au Comité de Constitution girondin, les Jacobins se hâtèrent d'en opposer un autre, sans mandat officiel d’ailleurs, recruté dans leur sein parmi les Montagnards, et chargé d’élaborer un contre-projet. Jeanbon fut nommé, le 18 février, le premier des membres de ce Comité qui comprenait entre autres Robespierre, : Billaud-Varenne, Saint-Just, Dubois-Crancé, Collot d'Herboïs, Couthon ?. Il suffisait donc qu’un projet fût présenté par des Girondins pour que les Montagnards l’accueillissent mal et re à le combattre.
L'Assemblée s’occupa aussi de la guerre et de la marine avec un zèle que Jeanbon reconnut lui-même 5. Un Montagnard, Dubois- Crancé, s'était imposé au Comité de la Guerre, avait préparé un rapport sur l’organisation de l’armée, l'avait présenté à la Convention le 25 janvier au nom du Comité de Défense générale, et la discussion en fut abordée le 7 février * ; Jeanbon admira beaucoup l’œuvre, en fut très fier pour la } Montagne, se glorifia de l'amitié de son auteur ÿ. Lui-même prenait de l'autorité dans le Comité de marine et proposait en son propre nom, le 5 février, un plan d'organisation du corps de la marine f. Les Montagnards commençaient donc à tenir leur place dans les Comités et dans la discussion des affaires. C’en fut assez pour qu'à leur tour les Girondins fissent aux projets de loi présentés par les deux Montagnards Dubois-Crancé et Jeanbon une opposition systématique. Boyer-Fonfrède, Aubry, Fauchet, Buzot, Chambon combattirent Dubois-Crancé. Jeanbon répondit à Aubry, nous ne savons dans quels termes ’, mais d’après l’approbation qu'il
1. Lettre du 20 février. à la municipalité de Montauban. Jeanbon écrivait déjà, le 1er, février, à la même : « La Constitution qui ne pourra venir que quand nous aurons pour vu à la défense de la République » (Révolution française, t. XXIX, p. 76). Sur le désir des Montagnards d’en retarder la discussion, voy. Meillan, Mémoir es, 1823, in-8, p. 20.
2. 17 février aux Jacobins (Aulard, Jacobins, t. V, p. 30). Ce Comité comprend Jeanbon, Robert, Thuriot, Bentabole, Robespierre, Billaud, Anthoïine, Saint-Just; on leur adjoint Dubois-Crancé, Collot d’'Herboïis, A. Cloots, Couthon (#bid.). Anthoine présente son rapport le 19 (ibid., p. 38). Jean-Marie Collot ,dit Collot-d'Herbois, né à Paris en 1750, acteur et auteur dramatique, auteur de l'Almanach du Père Gérard (1791), membre de la Commune du 10 août, député de Paris à la Convention, condamné à la déportation le 1er avril 1795, mort à la Guyane le 8 janvier 1796 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. I, p. 247). Couthon Georges, né le 22 décembre 1755 à Orcet (Auvergne), avocat à Clermont, député du Puy-de-Dôme à la Législative et à la Convention, guillotiné avec Robespierre le 10 thermidor, an IL (ibid, t. I, p. 272).
3. Lettre du 27 janvier à la municipalité de Montauban (Révolution française, t. XXX, p. 465).
4. Jung, Dubois-Crancé, t. I, ch. vu, Paris, 1884, 2 vol. in-8.
5. Lettres du 27 janvier, déjà citée, du 13 février au club de Montauban, du 22 février à la municipalité de Montauban (Révolution française, t. XXIX, p. 79.
6. Moniteur, t. XV, p. 364, voy. ch. vir. Jeanbon fut élu aussi, le 9 février, premier suppléant au Comité de la guerre (Procès-verbauæ, t. VI, p. 143). Le 20 février, Jeanbon écrira à la municipalité de Montauban qu'il est « obligé, dans les circonstances actuelles, de passer les nuits entières au Comité de marine » (Révolution française, t. XXIX, P- ne
7. Aux Jacobins, le 18 février, Bourdon attaque les vues présentées à la Conventioh au le recrutement de l’armée par Aubry; il se félicite que Jeanbon lui ait répondu, et
donnait au même moment à un plan d’approvisionnement des armées dû à Fabre d'Églantine, plan assez absurde !, nous doutons que ses observations fussent d’un grand poids. Quant à son propre plan, dont nous étudierons la disposition dans un chapitre spécial sur la marine, Jeanbon accusa Brissot et ses acolytes d'en avoir comploté l'échec, el il se plaignit amèrement dans ses lettres aux Montalbanais : « Les deux projets, leur écrivit-il du plan de Dubois-Crancé et du sien, ont été trouvés très bons en eux-mêmes, pas une objection ne s’est élevée de la part d'aucun membre de la Convention. On s’est borné à dire que, dans les circonstances actuelles et en présence de l’ennemi, il n'était pas possible d'exécuter ces plans. — Pourquoi, nous disaient certaines personnes, n’avez-vous pas présenté ces plans-là plus 1Lôt? Ils auraient été sûrement adoptés, et leur exécution aurait été fort utile. — Oubliez-vous, répondit Dubois-Crancé, que, pendant quatre mois, vous ne nous avez permis de nous occuper d’autre chose, sinon que Marat et Robespierre voulaient-être dictateurs et triumvirs ? Comment, au milieu de ces importantes discussions auxquelles vous metliez tant de chaleur, nous eût-il été possible de vous parler d'objets aussi utiles que l’armée et la marine? » Et Jeanbon répétait après Dubois-Crancé dans la même lettre : « Pourquoi, en un mot, tant sur terre que sur mer, ne sommes-nous pas sur un pied de défense respectable? parce que la cabale qui voulait sauver le tyran nous a forcés à consumer notre temps en vains débats, parce qu'elle n’a vu que la domination qu'elle brûlait de conquérir, et non le salut de la France qu’elle devait opérer... St nous eussions fait tomber la tête du tyran il y a trois mots, et que depuis, tout entiers à nos devoirs, nous n’eussions songé qu’à nous mettre en mesure vis-à-vis des puissances étrangères, peut-être n’aurions nous : pas la guerre avec l'Angleterre, peut-être ne l’aurions-nous pas avec l'Autriche et la Prusse. Roland ! Roland ! que de mal nous ont fait
demande que Jeanbon soit invité à lire son propre projet de recrutement (Aulard, Jacobins, t, V, p. 31). Nous n’avons absolument rien trouvé sur cette affaire.
1. A la suite d’un rapport sur l’organisation du ministère de la guerre par Sieyés le 25 janvier, Fabre d'Églantine, à la Convention, le 28, propose « une assise générale de répartition entre les départements de fournitures de tous genres qu'ils auront à faire relatives au service des armées. Chaque département, chaque district, chaque municipalité fournira en raison de sa population, de sa richesse, de sa fertilité... Le prix des objets fournis par les communes leur sera payé en déduction d'impôts, de sorte que le citoyen imposé à 24 livres et qui aura donné quatre paires de souliers aura ainsi payé son imposition ». Sieyès, lui, voulait une commission de quinze membres, nommée « économat national », pour procurer toutes les fournitures. Jeanbon, le 30 janvier 1793, aux Jacobins, dit que le projet deSieyès favoriserait les friponneries, que celui de Fabre «est fondé sur des bases républicaines, car chez les peuples anciens on approvisionnait les armées aux dépens de tous les individus. Il en résultait que pendant la guerre
-les armées ne manquaient de rien ». L'’instruction du Comité de Salut public aux Représentants en mission (voy.ch. v), les procédés de ce même Comité et de Jeanbon dans ses différentes missions pour réquisitionner tout ce qui est nécessaire à la défense nationale paraissent conformes à ces idées, mais semblent plutôt des expédients, sans considérations théoriques, pour approvisionner les armées, et on ne déduira pas des impositions à payer par chaque individu le montant des réquisitions qu’il aura fournies,
tes petites passions, ta basse jalousie, ton irascible pusillanimité ! ! » Le plan de Dubois-Crancé fut adopté ?, mais celui de Jeanbon fut ajourné *, el cette fin de non recevoir aviva les rancunes de notre législateur contre la Gironde, augmenta ses inquiétudes patriotiques. Ainsi, la discussion même des mesures.de défense entretenait l’animosité réciproque de la droite et de la gauche dans l’Assemblée.
De ces mesures de défense, la plus importante fut la levée d’un contingent de trois cent mille hommes. Elle détermina, dès qu’on l’eut décrétée, des troubles dans Paris ‘. Déjà, dans la foule ignorante et misérable, se manifestait, à la suite d’un renchérissement des vivres, une fermentation inquiétante 5 et Jeanbon s’inquiétait du parti qu’en tireraient les Girondins. Il s’unit, le 22 février, en séance des Jacobins, à Robespierre jeune et au président pour répondre à des femmes qui demandaient que la salle du club leur fût prêtée en vue d’une réunion où seraient discutés les accaparements : l’ordre, dit-il, pourrait être troublé par cette réunion et il fallait expulser des Sociétés populaires ceux qui susciteraient des débats au sujet des denrées dans l'intention de provoquer du désordre, il pressa la Société de’passer à l’ordre du jour, et la majorité l’approuva *. Mais le 25, le 26 février, douze cents boutiques furent mises à sac, à l'instigation d'individus qui craignaient d’être envoyés à l’armée lors de la prochaine levée du contingent, et par une populace composée de femmes et d'hommes déguisés 7. Marat avait sa part de responsabilité dans ces troubles : le 25, dans son journal, il avait conseillé, pour mettre fin aux spéculations qui amenaient le renchérissement des vivres, « le pillage de quelques magasins à la porte desquels on pendrait les accapareurs ». L'événement fut donc immédiatement exploité par la Gironde. Le 26, dans la Convention, comme Barère demandait que les auteurs de ces méfaits fussent recherchés, Salle et Buzot réclamèrent un décret d'accusation contre Marat, déclarêrent toute la Montagne complice de ses criminelles folies : qu’on ne s'occupe plus de questions de personnes, conseilla Châteauneuf- Randon, « fermez la discussion », ajouta Jeanbon. Peine perdue, le débat devint d’une violence inouie, et la Plaine, terrifiée des excès de la populace, vota comme la Gironde le renvoi de Marat devant les tribunaux ordinaires #.
1. 13 fêvrier 1793, à la Société des Amis de la République de Montauban.
8. Le 21 février 1793; le principe de l’amalgame qu’il proposait est adopté le 12, l’application seule en est ajournée, et c’est à cet ajournement que Jeanbon fait allusion.