‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 219 sur 889 · ANNONCE DES REVERS DE L'ARMÉE DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

ANNONCE DES REVERS DE L'ARMÉE DE BELGIQUE

à Jeanbon ! et la confirmation des mauvaises nouvelles mit la ‘Convention en émoi. FE ur

Le 7, un membre de l'assemblée déclara que les aristocrates faisaient usage de la liberté de tester pour menacer leurs enfants de les déshériter, s'ils allaient à la frontière. Le fait était exact, Jeanbon aurail pu en citer un cas dans la région de Montauban?. L’annulation de testaments de ce genre fut demandée, Mailhe généralisa la proposition, réclama l'abolition du droit de tester et Jeanbon l’appuya. Lamarque la fit restreindre à l’abolition en ligne directe et lon décréta que tous les descendants auraient désormais un droit. égal sur le partage des biens de leurs ascendants *. La loi ainsi votée avait déjà le caractère de la plupart des lois qui seront votées sous la Terreur : mesure de défense contre les adversaires de la Révolution, c'élait aussi une mesure de principe destinée à réaliser l’idéal démocratique des conventionnels ‘. Mais cette discussion avait réveillé le malentendu entre Girondins et-Montagnards sur la propriété, et dans la lettre où Jeanbon annonçait aux Montalbanais le vote du décret, après s’être félicité d’une loi qui devait opérer la division des fortunes et rétablir l’équilibre entre les citoyens sans porter atteinte aux propriétés, il se répandaït en plaintes amères sur les accusations de tendances à la loi agraire lancées contre la gauche de l’assemblée.

Le 8 mars, Delacroix, revenu de Belgique, dissipa toute illusion sur la déroute d’un corps de Dumouriez à Aix-la-Chapelle. Certains Montagnards s’en prirent aux journalistes de l’émoi qui grandissait dans le public, aux journalistes girondins, spécifia Jeanbon, à Brissot, Gorsas et aux rédacteurs de « ces autres feuilles qui, sous prétexte d’une impartialité apparente, semblables au lit de fer d’un ancien

1. Lettre des commissaires en Belgique, Delacroix, Merlin de Douai, Gossuin, datée de Liège 3 mars, annonçant la déroute d'Aix-la-Chapelle et que Liège est menacé.

2. Dans l’état des reclus de la commune de Caussade sous la Terreur, on lit la mention d'un notaire « aristocrate enragé, voulant déshériter son fils s’il allait aux frontières ». L26, Arch., Tarn-et-Garonne.

3. Ce n’est que dans le Journal des Débats (mars 1793, pp. 89-90) que nous trouvons mentionnée l'intervention de Jeanbon. Voy. la loi aux Procés-verbaus, 1. VIH,

4. En l’annonçant dans sa lettre du 8 mars au club de Montauban, Jeanbon écrit : « Il est temps que les droits de l’homme ne soient plus une vaine théorie et que la volonté de l’homme ne puisse pas exister encore pendant qu’il n’est plus. Mais indépendamment de ces grandes considérations philosophiques, il est un avantage politique que va produire cette loi, celui de diviser les fortunes, de les rapprocher de l'égalité, et de nous donner avec une honorable médiocrité les vertus et l’aisance qui en sont les suites. Voilà une de ces mesures salutaires par lesquelles nous rétablirons : l'équilibre entre les citoyens sans porter aucune atteinte aux propriétés. » Jeanbon annonçait aussi des lois que le décret du 7? chargeait le Comité de Législation de préparer: « sur les successions collatérales, le sort des bâtards et l'adoption » (même lettre) et un décret du 12 brumaire an II, admettra les enfants naturels à la succession de leur père et mère. Un fait prouve le caractère démocratique du décret du 7 mars, le comité général des sections de Toulon, après avoir fait une révolution royaliste, l’abolira le 21 septembre 1793 (extrait du Reg. de ses délibérations, imprimé, Arch. commun., Foulon, série D). Cf. Espinas, 0p. cil., p.167.

tyran, allongent ou raccourcissent à leur gré les opinions qui sont prononcées à cette tribune ! ». Il combattit toute violation directe de la liberté de la presse, mais proposa comme naguère on avait fait aux Jacobins de chasser de la Convention les journalistes corrupteurs de l'esprit public; on le pouvait, dit-il, « sans violer les principes ». La Convention passa à l’ordre du jour 3,

Mais d’autres mesures d'exception sont adoptées en présence du danger. Ce même jour, la Convention décrète l'envoi de commissaires pris dans son sein aux quarante-huit sections de Paris pour les instruire de l'état de l’armée de Belgique, rappeler à tous les citoyens en état de porter les armes le serment qu’ils ont prêté de maintenir jusqu’à la mort la liberté, l'égalité, et les requérir au nom de la patrie, de voler au secours de leurs frères. D’autres Représentants seront chargés de la même mission dans tous les départements. Jeanbon est envoyé avec David à la section du Louvre ou du Museum, d’après le Moniteur *, à la section des Halles, d’après le procès-verbal de la Conveution ici moins exact que le Moniteur *. Le 9, les députés rendent compte de leur mission : l’enthousiasme patriotique est immense, les volontaires se pressent à l’enrôlement. Toutefois, disent Tallien et Bentabole revenus de la section de l'Observatoire, les citoyens demandent un tribunal révolutionnaire pour juger tous les conspirateurs et les ennemis du bien public. A la section du Louvre, déclare ensuite Jeanbon, les citoyens « ont juré de voler tous à la défense de la patrie; mais après avoir rempli ce devoir, ils nous ont manifesté des craintes sur la tranquillité de l’intérieur. Ils nous ont dit : tandis que nous allons combattre les ennemis du dehors, nous demandons que la Convention punisse les traîtres et anéantisse les intrigants du dedans. Ils ont demandé... l’établissement d’un tribunal qui punisse les contre-révolutionnaires et les perturbateurs du repos public ÿ ». Un conventionnel obscur, et plus tard tristement célèbre, Carrier,

1. Moniteur, t. XV, p. 655. Gorsas, né à Limoges, en 1752, rédigea sous la Révolution le Courrier des quatre-vingt-trois départements, député à la Convention par la Seine-et-Oise; décrété d’arrestation le 2 juin il gagna le Calvados, puis la Bretagne; revenu à Paris, arrêté le 7 octobre, exécuté le même jour comme hors la loi (Dict. des Parlementaires).

2. On décrète, il est vrai, que les députés rédacteurs de journaux seront ete d'opter.

3. [Ibid., pp. 647, 654, 665. La section du Louvre ou du Museum siège à Saint- Germain-l’Auxerrois. David, né à Paris, en 1748, parent et élève de Boucher, déjà célèbre à la Révolution, élu à la Convention par le département de Paris, rallié à Bonaparte, chevalier de l'Empire, exilé en 1816, mort en exil à Bruxelles en 1825 (Dict. des Parlementaires).

4. Procès-verbal, t. VII, p. 193. Le procès-verbal fait erreur, ou la répartition des commissaires fut modifiée une fois la liste dressée, car : 1° le langage prêté par le procès-verbal aux députés (qu'il ne nomme pas) revenus de la section du Louvre est conforme à celui que le Moniteur attribue à Jeanbon ; 2° le 25 août 1793 aux Jacobins, Fleuriot Lescot « invoque le témoignage de Jeanbon et de David envoyés en mission dans la section du Museum le 8 mars 1793, pour établir que lui, Fleuriot, a été le es à la formation d’un tribunal révolutionnaire » (Aulard, Jacobins, : t p. 378)

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