‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 229 sur 889 · L108, Arch. Tarn-et-Garonne · texte numérisé non relu

L108, Arch. Tarn-et-Garonne

6. « Tous les citovens français depuis l’âge de dix-huit ans jusqu'à l’âge de quarante ans accomplis, non mariés ou veufs sans enfants, sont en état de réquisition permanente jusqu'à l’époque du complément du recrutement des 300,000 hommes » (Décret du ?4 février, préambule, art. 1). Le département du Lot, d’après « l’état des hommes à fournir par chaque département en raison de sa population, déduction faite du nombre d'hommes déjà fournis et restés sous les drapeaux, dressé par le Comité de la guerre », devait fournir 5,440 hommes (Buchez et Roux, t. XXIV, p. 189). Un arrêté du directoire du département, du 4 mars, fixe le contingent à 4,220 hommes et le répartit entre les districts conformément à l’article 7? du titre 1 du décret du 24 février, le district de Montauban a 922 hommes à fournir (Arrêtés du directoire du district Lx, fol. 128 recto. Arch. Tarn-et-Garonne). Montauban doit en fournir 240 (Livre Jaune, pp. 212-213).

7. Trois bataillons du Lot levés lors de la proclamation de la patrie en danger. Le 11 octobre, un quatrième et le 21 novembre un cinquième sont levés (Reg. d’arrêtés du directoire du district de Montauban Lxur, fol, 17 recto et 51 verso), et Montauban a donné des hommes pour chacun ; une lettre de Jeanbon déjà citée, du 14 octobre, au club porte : « J’ai vu avec transport que le département du Lot vient. d’ordonner la levée de cinq bataillons. » Jeanbon se trompe probablement, le département aura voulu porter le nombre des bataillons à cinq. Sur la rentrée dans leurs foyers de volontaires du Lot mal disposés, voyez Aulart, Actes du Gomité de Salut Public, t.1, p. 445.

de fatigues et de dangers. Le 8 mars, dans une assemblée de tous les hommes en état de servir, les patriotes proposèrent que les 240 fussent désignés par tirage au sort !, des cris, des huées leur répondirent : « Que les vrais républicains partent, que ceux qui ont occasionné et veulent la guerre la soutiennent », le vacarme dura trois heures, on en vint aux coups, puis l'assemblée se dispersa. Le 10 mars, un dimanche, à la suite de la proclamation de la loi prescrivant la levée du contingent, Cladel, ouvrier bourrelier revenu depuis peu de l’armée du Nord, après de nombreuses stations dans les cabarets des faubourgs parcourut les rues en uniforme de garde natiopal, brandissant un sabre, menaçant de couper les arbres de Liberté, traînant à sa suite 150 individus, aux vociférations de « point de sort! Vive la Liberté : Vive le Roi! » et en patois : « les chardonnerels (lous cardis) ue sont pas morts, ils sont revenus et chantent plus que jamais ». On se souvient que « les chardonnerets » c’étaient les hommes de ce 4° bataillon dont l'adjonction à la garde nationale en 1790 avait amené la journée du 10 mai. La municipalité dispersa les émeutiers, 37 furent emprisonnés dont Cladel, et leur procès porté devant le tribunal criminel du Lot ?. C’étaient ces nouvelles que faisait savoir à Jeanbon le Comité Central.

Le conventionrrel en fut informé probablement à son arrivée à Cahors, et il put apprendre que la crainte du recrutement et la disette avaient déterminé des mouvements analogues à Cahors même, à Moissac, à Toulouse *, à Castres ‘, dans tout le pays. Son collègue el lui se trouvaient, il est vrai, bien armés pour la répression. Ils avaient emporté de Paris la loi d'institution du tribunal révolutionnaire * et ils reçurent au cours de leur mission celles des 18 et 19 mars, qui, votées par la Convention à la suite des troubles, punirent de mort dans les vingt-quatre heures les émigrés, mirent hors la loi les individus mélés à toute émeute contre-révolutionnaire; d’autres, du 29 mars, destinées à compléter les précédentes, frappèrent les auteurs d’écrits contre-révolutionnaires, et pour rassurer

1. D’après l’article 11 du titre Ier du décret du 24 février, les citoyens devaient compléter le contingent d'après le mode qu’ils adopteraient à la pluralité des voix.

2. Lettre du Comité Central du 13 mars, Jeanbon et Lacoste de Montauban, 25 mars, à la Convention et AF11 167, Arch. nat.; papiers Bosquet; Nicolas, p. 113, raconte le fait d’après la tradition et d’après les souvenirs de M. Em. Forestié dont le père faisait partie de l’attroupement. Cladel était le grand oncle du célèbre romancier Léon Cladel.

3. Le 17 mars, le club de Toulouse s’en occupe en séance publique (L7#5. Arch. Haute-Garonne).

4. Le 16 mars, le 21 mars, cinq condamnations à mort (A. Combes, Castres sous la Révolution, p. 121). Le 9 février, le sac de blé commun est à 35 livres à Montauban (Nouvelles intéressantes, Ie année, t. IT). Sur les autres soulèvements, voir Aulard, Actes du Gomité de Salut public, t. Il et IIL.

5. Le 10 mars, la Convention avait décrété que ses membres commissaires au recrutement ne partiraient qu'après la perfection de la loi relative à l’organisation du tribuna] extraordinaire, qu'ils emporteraient chacun une expédition de cette loi et pourraient traduire à ce tribunal les conspirateurs qui exciteraient des troubles et s’opposeraient à leurs opérations. Le 28 mars (Moniteur, 1, XV, p. 820), elle décréta l'entrée immédiate en fonctions du tribunal,

les gens paisibles et les propriétaires, punirent toute provocation au meurtre el à la violation des propriétés ?. ,

D’après les renseignements qui vinrent aux oreilles de Jeanbon et de Lacoste, la situation exacte du département et de toute la France leur apparut fort crilique : « Le nombre des bons citoyens diminue, écrit Jeanbon à la Convention et à Barère, soit par les levées que nécessite la défense extérieure; soit par l'effet d'un égoïsme malheureux qui rend la liberté et plus encore l'égalité odieuse à des hommes qui oseraient prétendre à former une classe particulière dans la République. Ceux qu'on appelait ci-devant modérés font ouvertement cause commune avec les aristocrates ?....; ils aspirent à faire rétrograder la Révolution, disons le mot, ils veulent la contre-révolution et ils sont liés à cœur d’intentions, de volonté, et bientôt ils le seront de fait avec les aristocrates *..... le saint enthousiasme de la liberté est étouffé dans tous les cœurs. Partout l’on est fatigué de la Révolulion. Les riches la détestent, les pauvres manquent de pain, et on leur persuade que c’est à nous qu’ils doivent s’en prendre, » En effel, «les journalistes ont entièrement égaré, perverti l'opinion . publique ;....ils sont bien coupables ces hommes qui ont détruit la confiance par la calomnie, ils sont les vrais auleurs de nos maux... Nous ne connaissions en ce moment que deux partis en France : celui des amis et celui des ennemis de la liberté. Ce dernier, grossi de tous les adhérents d’un certain parti qui, peut-être, n’avait pas le dessein de conduire les choses à ce point ; mais qui nous..... a perdus pourtant ». Jeanbon flétril donc également comme mauvais citoyens, en même temps que les aristocrates, les Feuillants dont l’égoïsme est rebelle à tout sacrifice, les Girondins dont les déclamations ont affaibli le parti le plus dévoué à la liberté“. Que faire, sinon, comme dans les premièrés années de la Révolution à Montauban, comprimer à l’aide de la minorité démocratique et montagnarde la masse des aristocrates, des bourgeois contre-révolutionnaires et des Girondins? Le 21 mars au soir à Cahors, dans la Société populaire, Lacoste et Jeanbon déclarent ne rien attendre que du concours des vrais saus-culottes, invitent les citoyens à inscrire sur leur maison :

1. Dans le même but, le 18 mars, la Convention avait voté la peine de mort contre GRR proposerait Ta loi agraire.

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