‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 23 sur 889 · JEANBON PASTEUR A CASTRES · texte numérisé non relu

JEANBON PASTEUR A CASTRES

au Roi Très Chrétien, au despote de droit divin qui se nommait Louis XIV. En 1685, il révoqua l'Édit de Nantes, seule garantie de l'existence du culte réformé en France. Il signifia de la sorte qu’il entendait ne compter parmi ses sujets que des catholiques, et que tous les dissidents étaient désormais hors la loi.

Aprés la Révocation, une terreur continue pèse sur les églises jusqu'à la mort de Louis XIV. Puis, surviennent des accalmies coupées de réveils brusques de la persécution, accalmies de plus en plus fréquentes, persécutions de plus en plus rares !, car le catholicisme intransigeant du xvrre siècle devenait, au xvirr°, un « christianisme rationaliste sentimental », beaucoup plus accommodant sur le chapitre du dogme et des hérésies ?. Enfin, une nouvelle situation se dessine, quand, vers 1762, Voltaire prend en mains l'affaire Calas et ameute l'opinion contre les partisans du fanatisme. Dès lors, le gouvernement recule devant le scandale et la réprobation qu’il encourrait s’il faisait appliquer les édits de Louis XIV, ou celui de 1724 qui en aggravait les dispositions *. Les derhières violences ne sont pas le fait du pouvoir central, mais, dans les provinces, de subordonnés trop zélés, et elles constituent des cas isolés; ces accidents finissent même par être tout à fait exceptionnels, car Jeanbon écrit de Castres, peu après son arrivée, le 26 juin 1773 : « la tranquillité dont jouissent nos églises est aussi grande que nous la puissions désirer, vu l'état des choses » *. Les gouverneurs et intendants se piquent de mériter les éloges des philosophes par leur tolérance, et voyant sur place les difficultés, les conséquences fàcheuses qu’entraînerait l'application de la législation d'exception édictée contre les réformés, ils préfèrent la laisser tomber en désuétude *. Si, en droit, les unions bénies au désert restent sans valeur, si les enfants non baplisés à l’église demeurent des bâtards ‘, dans le procès en nullité de mariage qu’intente un

1. Trois grandes persécutions au xvine siècle : 1726, 1745, 1752 (Encyclopédie des Sciences religieuses, article : Désert). 3

8. Voy. sur cette évolution du catholicisme, qui devait le conduire à la religion assermentée bien proche du calvinisme, et dont l'étude dépasserait de beaucoup les cadres de ce travail, les quelques lignes, fort suggestives dans leur précision, de Sorel, l’Europe et la Révolution, 1r° partie, p. 175.

3.Voy.la lettre du 2 novembre 1777 du garde des sceaux Amelot,ordonnant de démolir un temple que les Réformés ont bâti récemment à Saint-Fort de Cognac (Hugues, t. AIT, p. 225).

4. Lettre à Julien de Verdeilhan, déjà citée. « Sous le règne de Louis XV, il fut permis aux protestants de respirer....... les dernières années de ce prince furent parfaitement calmes », dira encore Jeanbon dans les Considérations sur l’organisation civile des protestants (Nicolas, op. cit., p. 279), — Les synodes du Vivarais et Velay de 1771 et de 1775, celui de Saintonge, Angoumois et Bordelais de 1771 constatent la tranquillité de ces provinces (Hugues, t. IL, pp. 16, 19, 144). — Et pourtant, de 1773 à 1778, ont lieu des dragonnades en Béarn (Encyclopédie des Sciences religieuses, article : Béarn).

5. Voy. les Considérations de Jeanbon (Nicolas, op. cit., p. 280), et son sermon de 1778, à ses fidèles : « Les lois qui vous proscrivent ne sont pas révoquées il est vrai, mais elles sont muettes. Leur glaive terrible émoussé entre les mains des magistrats qui en sont les dépositaires ne frappe plus vos têtes. »

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