Voy. l’édit de
individu sans scrupule à la femme qu'il avait menée devant le pasteur, dans l'instance en cassation de testament qu'engagent contre la veuve ou les enfants d’un réformé des collatéraux avides, les tribunaux adoptent la jurisprudence des fins de non-recevoir ‘. Enfin, malgré quelques accès de fanatisme, la population, même dans le Midi, regarde comme légitimes les mariages ?, les enfants des religionnaires, et accepte pour ce qu'il vaut leur catholicisme de commande. Une gravure de 1775 * nous montre que l’assemblée au
désert n’est plus un conciliabule furtif et inquiet, mais une réunion paisible; en plein champ, à découvert, autour de la chaire portative du pasteur, sont groupés les fidèles, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, tous le livre de prières à la main ; des enfants jouent auprès de leurs parents, une mère amuse le sien, des retardalaires arrivent tranquillement à pied, à cheval : les acteurs de cette scène évidemment ne songent pas à se cacher. De fait, les églises, un peu partout, se reconstituent *. Et néanmoins l’adoucissement dans la condition des réformés est très relalif : vis-à-vis de l’État leur situation est des plus fausses, « les lois pénales ne frappent plus sur la tête des protestants, mais ces lois existent encore »; les protestants restent exposés à cet anathème, « anathème d’autant plus terrible qu'il va jusqu’à nier leur existence en refusant de les reconnaître sous leur vrai nom » . Les gouverneurs et intendants ne savent comment traiter les réformés ; ils ne veulent pas leur appliquer les édits royaux, mais, adopter à leur égard des dispositifs différents serait reconnaître leur existence et violer la loi; les réformés, de leur côté, craignent un retour des rigueurs, et surtout ils ignorent à la fois ce qui est toléré et ce qui demeure défendu; la pratique de leur croyance sous toutes ses formes dépend donc des dispositions personnelles de l’agent du roi, c’est le régime de l'arbitraire et du provisoire. La validité des mariages, la transmission des biens entre réformés ne sont assurés que par un artifice de procédure. La société
1. Voy. le « Mémoire pour Pierre Brisset contre Pierre Simonnet. Mariage d’un protestant attaqué par des collatéraux », consultation de 80 p. in-8, imprimée à Paris, chez Nyon, 1788, où l’on rappelle les précédents les plus typiques dans ces sortes d’affaires. Voy. Encyclopedie des Sciences religieuses, article : Désert, et, enfin, le procès de la marquise de Bombelles et le plaidoyer de Linguet, prononcé au nom de son enfant, devant le Parlement de Paris, le 9 mai 1772, contre son mari qui refusait de la reconnaître comme son épouse et l’enfant comme sien parce que leur union avait été contractée devant le pasteur (plaquette, collection Forestié).
2. « Les protestants mariés suivant leurs rites jouissent dans la société de la qualification honorables d’époux » (Jeanbon Saint-André,-Considérations, dans Nicolas, p. 280). Voy., dans le procès de Mne de Bombelles, le certificat que lui donne l’évêque de Montauban, le 7 octobre 1771, constatant qu elle est reconnue pour épouse de M..de Bombelles.
3. Reproduction par Belloti d’un tableau de J.-J, Storni, insérée dans Hugues, t. L, Cf. une autre anonyme dans le même (t. IL), montrant les assemblées au désert dans la période des persécutions.