SON RAPPEL
décret du 30 avril avait rappelé tous les commissaires au recrutement et Jeanbon qui faisait sans doute la sourde oreille reçut du Gomilé de Salut public, un peu avant le 17 mai, une lettre le rappelant personnellement à la Convention. Il ne partit qu’à regret. Il craignait en son absence pour la fonderie de canons et l'atelier de charronnage à peine ébauchés ; il aurait voulu faire de Montauban placé entre les Pyrénées et la Vendée un dépôt d’armes pour les troupes à destination de ces deux régions ‘; il désirait peut-être aussi affermir davantage son parti dans sa ville nalale. Il devait quitter Montauban le 18 mai ?, il s’y trouvait encore le 19 *. Le 22, il passait à Cahors où il rencontrait ses collègues Garrau et Paganel et signait avec eux la suspension d’un capitaine de gendarmerie qui avait fait passer de l'argent aux émigrés. Le 27, il était de retour à la Convention ‘.
Il y rentrait, ayant fait l'expérience des procédés de gouvernement les plus pratiques dans la circonstance : l’action révolutionnaire confiée dans chaque localité à la démocratie; celle-ci préalablement groupée dans le club et concentrée dans un Comité de Salut public, enrôlée, soldée, armée dans une troupe révolutionnaire, pourrait par le Comité de Salut public donner aux administrations locales une impulsion d'ensemble et poursuivre sans trêve ni merci les contrerévolutionnaires. Il avait éprouvé l'avantage des réquisitions, des emprunts forcés, de l’utilisation sur place de toutes les ressources naturelles et industrielles d’un pays pour la défense nalionale. En même temps l'emploi de ces procédés lui avait permis de combattre l'inégalité des fortunes. Par contre, il avait vu quelle était l’hostitilé des adversaires de la Révolution, de quel embarras étaient ses amis même dans leur zèle parfois excessif. Du moins, la République et la patrie pouvaient compter sur ces derniers ÿ; mais, les autres, mais tous ceux qui avaient entravé Jeanbon dans sa mission : nobles et riches bourgeois, royalistes, modérés, Girondins même, en présence des Vendéens et de l'invasion étrangère leur attitude était criminelle, ils faisaient le jeu de l'ennemi, et Jeanbon rentrait à Paris n’ayant plus de scrupules ou d’hésitation à leur
1, Lettres au Comité de salut public des 15 et 17 mai.