‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 250 sur 889 · SES CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

SES CONSÉQUENCES

Gironde dans le Lot, des excitations et des conseils; les Montagnards liaient partie avec l’Ariège surveillé par Vadier, Toulouse où le conventionnel Chabot avait exalté l’ardeur des démocrates, Castelsarrasin où dominait Descombels ‘. On se comptait dans les deux camps et les haines élaient prêtes ?. Précisément Jeanbon et les autres commissaires monlagpards avaient, sans s’en douter, enseigné aux Girondins et Feuillants les procédés les meilleurs pour organiser des gouvernements locaux, des troupes sur place et la résistance au gouvernement central, dans le cas où la populace de Paris livrerait celui-ci par un coup de force à la Montagne. En multipliant les Comités de Salut public, en concentrant les différents corps administratifs dans des assemblées pour une action commune #, en déléguant et soutenant des commissaires des administrations départementales auprès des municipalités, en poussant les départements à réunir des troupes et de l’argent à l'instar de celui de l'Hérault #, en se concertant. avec les commissaires de plusieurs autres départements ‘, ils avaient fait du fédéralisme en grand, et Comités de Salut public, assemblées d’autorités constituées, commissaires des dépar-

1. Vadier, né à Pamiers en 1736, conseiller au présidial de Pamiers, député du Tiers de la sénéchaussée de Pamiers aux Etats généraux, juge au tribunal de Mirepoix, député de l'Ariège à la Convention ; condamné à la déportation par les thermidoriers il s'échappa, compromis dans le complot de Babeuf, enfermé quatre ans à Cherbourg, libéré par Bonaparte, surveillé par la police impériale, banni en 1816, mort à Bruxelles en 1828 (Dict. des Parlementaires). Voy. A. Tournier, Vadier président du Comité de Süreté générale sous la Terreur, 1 vol., in-8, Paris. Chabot chargé avec Bô du recrutement dans le Tarn et l'Aveyron; le 13 avril, il était descendu sur Toulouse et Perpignan (Compte-rendu de ses dépenses, Bibl. nat., Le39, n° 145), et à Toulouse s'était livré à une propagande bruyante et inconsidérée en faveur des Montagnards. Descombels, procureur syndic du district de Castelsarrasin du 1e décem- - bre 1792, nommé le 16 mai 1793 par Mailhe et Lombard Lachaux, procureur général syndic de la Haute-Garonne, en place de Malpel suspendu (L63% fol. 7 verso, Arch. Tarn-et-Garonne).

2. Le 14 mai, le conseil général de la commune de Cahors, bien que renouvelé par l'administration du Lot le 12 avril, envoie à la Convention une adresse toute girondine (DxL 21, Arch. nat.). Adresse en mai d’Elie Lacoste à l’administration de la Dordogne la blâämant d'avoir envoyé des commissaires à Saint-Jean d’Angely, «endroit de rassemblement des autres délégués de huit ou neuf départements » (AFir 96), et par contre le club de Toulouse envoyait à la Convention une adresse contre les Girondins où il était dit : « qu’ils songent qu’il est un terme à tout, même à la patience du peuple » (mai, s. d. L7#, Arch. Haute-Garonne).

3. Cf. le comité de défense générale de Bordeaux en avril (conseil général du département, district, municipalité) présidé par P. Sers et d’où sortira la commission populaire de Salut public qui organisera la révolte girondine. Voy. pour d’autres exemples le ch. vu.

4, Garat montre que c'était « un véritable acte de souveraineté » que faisait le département de l'Hérault; il était analogue à ceux que Jeanbon avait reprochés au Lot, au Var, à tous les départements qui avaient organisé une force départementale, néanmoins la Convention le donnait « en exemple et en modèle à tous les corps administratifs de France » (Buchez et Roux, t. XVIII, p. 389) et Jeanbon faisait de même.

5. Cf. les réunions auxquelles assiste Jeanbon à Toulouse avec celle que blâme Lacoste à Saint-Jean d'Angely, et celles que nous verrons tentées durant l’insurrection fédéraliste.

tements dans les communes, forces ou légions départementales, tous ces moyens employés précédemment, mais avec timidité, lenteur ou maladresse, vont être repris par les partisans des Girondins quand ils se mettront en insurrection contre Paris. Comme les passions, les ressources étaient prêtes pour commencer la guerre civile.

De cet élat de choses Jeanbon se rendait bien compte. Avant de revenir à Paris, le 17 mai, il écrivait au Comité de Salut public de la Convention : « Le peuple est partout dans les meilleures dispositions, mais on travaille partout à l’'égarer. La plus dangereuse des aristocraties, celle qu’enfante l’égoïsme, lutte contre la liberté et fait désormais cause commune avec l'aristocratie sacerdotale et nobiliaire. C’est à cette alliance qu’on peut rapporter peut-être le développement de la guerre civile dans la Vendée, et le ferment qui peut la développer dans tous les départements existe plus ou moins dans tous ».

‘ Jeanbon, il faut le dire, avait aggravé cette situation dans le Lot . et la Dordogne durant les deux mois qu'avait duré sa mission, comme il avait contribué à la préparer dans la Convention d’octobre 1792 à mars 1793, et cela sans le vouloir le moins du monde, sous l'influence des passions les plus sincères, des mobiles les plus honorables. Du moins il avait aussi fait beaucoup pour la défense nationale, montré comme au temps de sa gestion municipale, son activité, le sens pratique et le don d’ organisation qui s’éveillaient en lui au contact des réalités, et par les services rendus de la sorte à la patrie il avait justifié l’absolutisme de son tempérament dominateur et de ses procédés !.

-. 1. Signalons encore une lettre de Jeanbon de Montauban, 15 mai, au Comité de législation sur des diflicultés résultant de la loi sur le partage égal des successions . (Arch. nat., AA, carton 49) et l’acquittement le 30 avril par le tribunal révolutionnaire de Paris de M. d'Esparhbès, l’ancien ennemi des clubistes montalbanais, malgré une lettre du club contre lui au tribunal le 26 février 1793 (2e.reg. de corresp. du club). En revanche, Marcé déjà dénoncé le 26 février par le club de Montauban au club de la Rochelle (ibid.), battu le 19 mars par les Vendéens à Pont-Charault, est dénoncé le 23 à la Convention qui le met en jugement; il sera condamné par le tribunal révolutionnaire le 9 pluviôse an 11 (28 janvier 1794). Le club le dénonce lui aussi au tribunal révolutionnaire le 26 mai en envoyant à Fouquier Tinville le réquisitoire dressé le 28 septemkre 1791 par Jeanbon et se félicitera de sa mort dans une lettre lue au club de Toulouse le 14 germinal an 11 (Voy. 2 reg. de corresp. du club de Montauban; L7#? Arch. Haute-Garonne; Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. Il, pp. 189, 367-368, 399, 415, 431, 435, 436-437 et t. III, p. 126; Chassin, La préparation de la guerre de Vendée, Paris, 3 vol., in-8, t. III, pp. 482-504.

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