RÉFORMES DE LA CONSTITUANTE LB
corps et ses goûts d'égalité d’une part, la crainte de désorganiser la
marine d'autre part, la Constituante s’en tint à un moyen terme et
. adopta un système, qui élait parfait d’incohérence, dans deux décrets du 20-22 avril et du 1° mai-15 mai 1791.
Des écoles gratuites d’hydrographie et de mathématiques étaient établies dans les principaux ports, et chaque année un concours serait ouvert à tous les jeunes gens de 15 à 20 ans qui s’y seraient instruits : ceux qui auraient passé ce concours serviraient trois ans comme aspirantis sur les vaisseaux de l'Etat. Les. aspirants, les volontaires de l’organisation de Castries conservés comme aspirants entre-
- tenus, et les marins ayant navigué quatre ans sur les vaisseaux de l'État ou sur les bâtiments du commerce pourraient se présenter au concours pour le grade d’enseigne entretenu; seraient nommés à un dixième des places d’enseigne entretenu, sans concours, les maîtres matelots et pilotes entretenus. Seraient enseignes non entretenus tous les marins ayant cinq ans de navigation dont un sur les vaisseaux de l’État, ou ayant servi en qualité d’officier sur un corsaire, s'ils satisfaisaient à un examen théorique et pratique; en cas d'appel sur les navires de l'Etat, ils seraient traités sur le même pied que les enseignes entretenus. Les enseignes entretenus deviendraient lieutenants de vaisseau, puis capitaines; les non-entretenus pourraient être nommés lieutenants ou immédiatement capilaines s'ils avaient plus de quarante ans, s'ils comptaient huit ans de navigation dont deux sur les vaisseaux de l’État, et s'étaient distingués de façon particulière. En somme, il devenait inutile de passer les concours d’aspirant et d’enseigne entretenu pour entrer dans le corps de la marine militaire : avec bien moins d'efforts on arrivait enseigne nonentretenu; ensuite, tandis que les entretenus suivraient lentement la filière pour être promus lieutenants, puis capitaines, les non-entretenus pourraient être nommés d'emblée au grade de capitaine ‘. La
propos. 23 pp., in-8, impr. Potier de Lille, et d’une façon générale sur cette question, AD vu, 39 et AD vx, 40.
1. Moniteur, t. VIII, pp. 187-189, 196, séances du 12 avril au 1er mai 1791 (in extenso aux Archives Parlementaires, t. XXIV et XXV)et le décret du 22 juin spécial aux pilotes, autre du 20 septembre relatif aux aspirants, Voy. Arch. Parlementaires, t. XX VII, p. 402, t. XX XI, p. 101. Le tableau suivant fera mieux comprendre la nouvelle et double série des grades.
Élèves reçus par con- / 4 1 cours aux écoles d'hy- { Aspirants.
drographie,
| | Aspirants entre- | A Dore ; É L tenus. Enseignes | É Marins ayant 4 entretenus.
ans de navigation.
. < Maitres matelots et pilotes entrete- DiPenBnes
nus, pour un dixième des places, | Capitaines.
D'autre part :
Marins ayant 6 ans de navigation dont un Enseignes
sur les vaisseaux de l'Etat, P non entre- Officiers des corsaires. GENRE tenus, Maitres pilotes entretenus.
Enseignes non entretenus de plus de 40 ans ayant 8 ans de navigation dout 2 pour PEtat el s'étant distingués.
Constiluante remplaçait le privilège du grand Corps par un que au profit des marins de commerce.
Les critiques ne se firent pas attendre 5 ni les api Le corps des officiers fut supprimé le 1 mai 1791 el réorganisé par le chef d’escadre Thevenard, un officier roturier. des plus méritants qui succédait à Fleurieu ? et que nous retrouverons. Avec autant de justice que possible il s’efforça d'y placer côte à côte les officiers du grand corps reslés au service et les anciens officiers auxiliaires, les membres des états majors de la Compagnie des Indes, les officiers de port et des classes, les sous-lieutenants de vaisseau, les officiers de corsaires; ce sont des capitaines et lieutenants de sa liste . respectés par la tourmente révolutionnaire qui seront les amiraux de la République et de l'Empire *; d'Estaing, maintenant aussi influent que persécuté jadis par le grand corps, fut son conseiller ‘“. Mais les ofliciers de l’ancienne marine furent irrités de voir sur le même pied qu'eux des roturiers, leurs subordonnés de la veille. Beaucoup de ceux-ci leur gardaient d’ailleurs rancune du passé; d’autres, naguère ofliciers mariniers c’est-à-dire sous-ofliciers, ou bien corsaires,avaient toute la grossièreté, toute l'humeur querelleuse du matelot. Les ex-officiers bleus à leur tour furent dénoncés comme privilégiés par les maîtres d'équipage et les officiers du commerce *. Les rela-
Voy. aussi de Crisenoy, Les écoles navales et les officiers de vaisseau. Revue maritime el coloniale, 1864, t. Il, p. 102, et Aulard, Jacobins, t. Il, p. 336, sur un projet de Kersaint du 17 avril qui demandait le grade de lieutenant pour certains des maîtres d'équipage entretenus, et la création du grade de maitre de vaisseau au-dessus de celui de lieutenant.
1. Dans une brochure, De l'état actuel de la marine et des colonies: (1792, Bibl.
at., Lf?225, n° 2), Le Brasseur, ci-devant intendant général de la marine, déclare qu'en choisissant les enseignes entretenus à la fois parmi les candidats au concours et parmi les maîtres matelots on décourage les gens d'éducation et de talent, et que « il y a une grande injustice à faire concourir avec les lieutenants pour le grade de capitaine des officiers du commerce qui n’auront que 2 ans de services sur les vais- Seaux de l'Etat ». Voy. aussi AD vu, 35, opinion de M. Verlac sur les décrets de la Constituante relatifs aux écoles de marine et AD vu, 39; AD vn, 40.
8. Le 15 mai 1791. Antoine Thévenard, né à Saint-Malo en 1733, mousse à quatorze ans Sur un navire marchand, lieutenant en 1754, capitaine de port en 1769, capitaine de. vaisseau et chevalier de. Saint-Louis en 1773, chef d’escadre du 20 août 1784, membre de l’Académie des sciences en 1785, vice-amiral du 14 juin 1792, préfet maritime à Toulon en l’an IX, comte de l’Empire et membre du Sénat en l’an X,
rallié à Louis X VIIT qui le nomma pair de France, mort à Paris en 1815 (Dict. des Parlementaires, État de la marine de 1790).
3. Parmi les capitaines on remarque de Saint-Félix, de Rosily, de Chaussegros, de Flotte, de Sercey, Trogoff, Cambis, Truguet, de Saint-Julien, Villaret-Joyeuse, Dalbarade, Vaultier; parmi les lieutenants : les deux Bouvet, de Bruix, La Crosse, de Crès, de Richery, Tréhouart de Beaulieu, Puren de Keraudren, Durand de Linois, Bazire, Delmotte, de Bompard, Feyraud, Bertrand Keranguen, Zacharie Allemand, Nielly, Leissèoues, Pierre Martin que nous retrouverons au cours de ce récit. Van Stabel, Cornic que nous retrouverons aussi y étaient inscrits comme enseignes. Liste arrêtée par le Roi des officiers de la marine en exécution de la Loi du 15 mai 1791, impr. Royale, 52 p., gr. in-4, AD vi 41. Arch. nat.
4. C’est lui qui fera rendre justice à Gaspard Vence (Voy. Maurice Loir, Jean Gaspard Vence).