MONGE MINISTRE DE LA MARINE
Que fit, dès l’abord, le Comité de marine de l'Assemblée ? de quel travail Jeanbon s’y chargea t-il? Les quelques mentions éparses dans les procès-verbaux et le Moniteur ne suffisent pas à le préciser. Le ministre était Gaspard Monge proposé à l’Assemblée Législative après le 10 août par Condorcet ‘, gardé par la Convention. Grand mathématicien, point du tout marin, ce qui d’ailleurs fut le cas de M. de Sartines, de M. de Castries et d’autres ministres très capables de l’ancien régime, il se montra très au-dessous de sa tâche. Sans accepter les brocards que lui lance Mme Roland, on peut ratifier ce qu'en dit Michelet : « pauvre homme d’affaires, serf des parleurs et des aboyeurs * ». A vrai dire, un administrateur plus énergique et plus habile eût-il pu faire œuvre de gouvernement dans le déchaînement des passions et avec la décentralisation établie ?
Quoi qu’il en soit, il débuta le 23 septembre 1792 à la Convention par un compte rendu d’un optimisme déconcertant * et il laissa partir les anciens premiers commis du ministère, fonctionnaires rompus aux affaires et qui avaient conservé les traditions administratives. Pour accabler le seul de nos ennemis qui fût vulnérable par mer à la fin de 1792, ennemi bieu chétif du reste, le roi de Sardaigne, Monge voulut dans la mauvaise saison, de septembre 1792 à février 1793, faire opérer un débarquement en Sardaigne *. Il en
. chargea la flotte de la Méditerranée aux ordres de l’amiral Truguet,
il l’équipa à l’aide du matériel et des approvisionnements de Brest qui fut ainsi complèlement dégarni au grand désespoir de l’ordonnateur Redon ‘, et il la renforca d’une division de lescadre de
pour être présenté à la Convention est à l'impression (ibid., p. 23). C’est sans doute la commission nommée le 27 janvier qui a pris le nom de Comité de marine.
1. Me Roland, Mémoires, p. 258 (édit. Dauban, Paris, 1864, in-8). Monge, né à Beaune en 1746, professeur à l'Ecole du génie de Mézières, membre de l’Académie des Sciences, successeur de Bezout comme examinateur des élèves de marine. Professeur à l’École normale, député aux Anciens et aux Cinq-Cents, membre de l’expédition d'Égypte, sénateur, comte de Péluse, rallié à Louis X VIT, puis aux Cent Jours, disgrâcié par la seconde Restauration, mort en 1818 (Dict. des Parlementaires). Le ministère de la marine siégera sous la Terreur, et à partir du 17 floréal, rue de la Révolution (ci-devant rue de Varennes), maisons ci-devant de Broglie et d'Orsay (AFu 24, Almanach national de l'an I).