‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 304 sur 889 · Aulard, Actes du Gomité de Salut public, ti IV; p · texte numérisé non relu

Aulard, Actes du Gomité de Salut public, ti IV; p

toute son autorité et qui était le seul détenteur de la souveraineté en France, et la Commune de Paris qui avait fait le 31 mai n'était pas disposée à lui obéir comme les autres administralions municipales du pays. Le Comité de Salut public, loin de pouvoir commander aux représentants en mission, à la Convention et à la Commune de Paris, était obligé de leur proposer et de leur faire accepter ses vues. Jeanbon, dans le Comité du 12 juin, prit sa part de cette action complexe, car il ne se cantonna pas dans sa section, et tous les -membres du Comité à tour de rôle prenaient place dans une sixième section chargée de recevoir les réclamations journalières des représentants du peuple et des citoyens. Il fut, semble-t-il, le rapporteur préféré du Comité auprès de la Convention, spécialement pour la guerre de Vendée et l'agitation fédéraliste dans les départements. “Dans ce rôle de rapporteur il succédait à Barère auquel il le rétrocédera dans le Comité du 10 juillet; probablement, Barère, compromis par son attitude équivoque de naguère vis-à-vis des Girondins, : préféra momentanément passer la parole, quand il fut question de ‘leurs partisans, à un collègue de situation plus nette. Ce rôle va servir grandement Jeanbon Saint-André : porté au Comité par son -hostilité pour la faction vaincue, par son dévouement à la Montagne, il s’y maintiendra par la même atlitude.

En effet, pendant que les armées étrangères serraient de près nos frontières, deux dangers croissaient à l'intérieur du pays. Dans POuest, les paysans Vendéens débordaient bien loin des chemins creux de leur pays écarté, et leurs bandes réunies en une grande armée royaliste emportaient le 9 juin Saumur *, isolaient Nantes et la basse Loire de Tours et Orléans. Dans plus de soixante départements l'agitation fédéraliste, si vive à l'approche du 31 mai, était devenue la révolte ouverte contre la Convention depuis que celle-ci s'était laissé mutiler. ;

A la voix des Girondins décrétés d’arrestation, à la vue de plusieurs d’entre eux qui s'étaient échappés de Paris, les administrations groupaient autour d'elles tous les citoyens sincèrement indignés de l'attentat de la population parisienne, et tous ceux dont les intérêts ‘étaient alarmés des mesures violentes nécessitées par la défense nationale, À eux se joignaient aussi les gens inquiets de la marche ascendante de la classe populaire, bourgeois et rentiers, gros propriétaires enrichis par les biens nationaux, et les administrations

1. Le général Menou ayant été blessé, quand les Jacobins l’apprirent, le 17, Jeanbon refusa d'y ajouter foi (Aulard, Jacobins, t. V, p. 265). M. Chassin ne met pas en doute la blessure de Menou (Vendée patriote, t. II, p. 49: Paris, 1893, in-8).

feuillantines, et les membres du clergé constitutionnel, les ministres protestants même, ceux-ci, craignant la suppression de leur traitement par les Montagnards, ceux-là entraînés par la bourgeoisie protestante ‘, et par derrière les royalistes,. se dissimulant encore mais dont tous inconsciemment faisaient le jeu, les poussaient aux mesures extrêmes. Dans chaque département, les administrations, mettant à profit les procédés de gouvernement employés par les : représentants du peuple en mission lors: de la levée de 300,000 hommes, se réunissaient en Comité ou Commission de Salut public; elles jouaient au souverain, s'emparaient des caisses de l'Etat, essayaient de se coaliser avec les autorités des départements voisins, organisaient une force départementale. Mais elles discouraient beaucoup plus qu'elles n’agissaient. Les ciloyens aisés, très empressés à imiter leurs démonstrations, étaient fort récalcitrants aux sacrifices, les indignations les plus généreuses el les intérêts les plus pressants ne parvenaient pas à triompher de l’égoïsme bourgeois, à suggérer des actes virils. Et ces délibérations verbeuses, confuses, pleines de réticenees dictées par la peur, ces négociateurs courant inutilement d’un département à l’autre pour concerter une action commune, cette insurrection morcelant la France en une foule de petites républiques qui n'étaient même pas fédératives, puisque incapables de se fédérer, et qui confisquaient à leur profit les ressources de la patrie en argent et en hommes ou désorganisaient les armées situées dans leur voisinage, tout cela aboutissait à un mouvement d’une lamentable incohérence.

Surgissant partout, cette insurrection inquiétait grandement les Montagnards. Jeanbon, particulièrement, avait des motifs de la redouter. Pour le triomphe de leurs idées, pour le maintien de leur domination et leur sûreté même, ses partisans et lui voulaient à tout prix rester maîtres dans Montauban. Or, ils y avaient déjà lésé bien des intérêts, excité bien des haines et ils ne constituaient jusqu'alors en face de la foule de leurs adversaires qu'une minorité toujours en danger. Voilà que maintenant royalistes, feuillants el girondins s’agitaient de plus belle, et de Toulouse, de Bordeaux, leur venaient des encouragements et des exemples, comme on va le voir.

Avant même que le 31 mai fut connu dans les départements, la situation signalée par Saint-André lors de sa mission dans le Lot s'était beaucoup aggravée. Tandis que l'administration de la Dordogne se concertait avec celles des départements de l'Ouest à Saint-Jean d'Angély, le 26 mai, le Comité de Salut public de Montauban écrivait à Jeanbon que les administrations avaient voulu satisfaire le représentant jusqu’à son départ « parce qu’on redoutait vos principes, votre caractère et votre véhémence », mais qu'’actuellement elles ne se cachaient plus de vouloir anéantir le Comité qui était Sôn œuvre :

1. Cambon, dans son rapport du 11 juillet à la Convention, constate l'union des catholiques et des protestants dans le Gard (Moniteur, t. XVII, p. 102). Nous la verrons aussi à Montauban.

« Il est indispensable que vous vous occupiez sans retard de faire confirmer notre existence par un décret. » Le 29, le même Comité annonçait à Jeanbon l'élargissement des reclus par le département du Lot, et que Montauban allait retomber « dans une apathie funeste », d'abord « par sa tendance naturelle à l’impassibilité, à l’égoïsme, à la cupidité mercantile », ensuite par ses rapports avec Bordeaux et Toulouse ; cette dernière ville notamment était « revenue à ses premiers principes depuis le départ des commissaires de la Convention », et quoiqu’elle eût « besoin plus que toute autre d’un vrai Comité de Salut public conforme à la loi, en relation avec celui de Montauban », le « Comité de Surveillance qui s’y trouve établi par la Société populaire. est menacé d'être détruit par le département ! ». Ces nouvelles étaient exactes : à Bordeaux, naturellement, les Girondins dominaient ?. À Toulouse, un conflit s'était produit entre les autorités constituées délibérant en commun et un congrès de délégués des clubs des départements méridionaux ; les deux assemblées également autorisées par les représentants du peuple s’accusaient réciproquement de fédéralisme ; ce conflit se Lerminait par la dissolution du congrès les 27 et 29 mai sous la menace des autorités, et celles-ci, le 2 juin, décidaient d’opposer un autre Comité de Salut public à celui de la Société populaire *. À Moissac, où le montagnard Colombié était persécuté ‘, à Cahors le parti girondin était aussi prépondérant.

Jeanbon fit voter à la Convention, le 4 juin, un décret confirmant l'existence légale des Comilés de Salut public élablis par les représentants du peuple dans les départements ÿ. La révolte nettement royaliste de Charrier dans la Lozère réconcilia momentanément lous les républicains du Lot, et pour les remercier de la part qu’ils prirent à la répression de cette insurrection, Jeanbon fit décréter

1. L 108. Arch. Tarn-et-Garonne ; même dans le Comité de Montauban il y a 13 voix contre 5 en faveur du département du Lot. C’est donc une minorilé de 5 membres qui à ce moment mène tout.

2. Wallon. La Révolution du 31 mai et le fédéralisme en 1793. Paris, 1886, 2 vol. in-8, t. Il, pp. 64-70.

3. 11 y a eu déjà des troubles à Toulouse (nuit du 16 au 17 mai). Voy. AF1r 182.

Arch. nat. et L 2151. Arch. Gironde. Le congrès des délégués des Sociétés populaires convoqué le 14 mai par le club de Toulouse s'ouvre le 27 mai. Groussac, maire de Toulouse sous la Terreur, a été y inviter le club de Montauban et celui-ci y délègue Rivals cadet (dossier sur Dario T 733. Arch. nat.). Voy. aussi L 2128. Arch. Gironde : adresse du département de Haute-Garonne et des autorités constituées du 6 juin contre ce congrès « cette autre convention de 800 citoyens rivale de la Convention même ». - 4. Président du club en 1792, membre de l'administration du Lot élue en novembre 1792, meneur du club en mars 1793, commissaire du département pour venir en aide à Jeanbon lors de la mission de celui-ci, et dès lors persécuté; le 88 mai, le conseil général de la commune de Moissac demande au département de le l'appeler, le 31 mai le département accepte sa démission des fonctions de commissaire (1° Registre du club, 1er Registre du conseil général de la commune. Arch. commun. Moissac). Nous reviendrons sur ce personnage et ses vengeances.

5. Procès-verbal, t. XII, p. 72. Les Comités seront maintenus « provisoirement ». Le Comité en remercie Jeanbon le 12 juin (L 108. Arch. Tarn-et-Garonne).

que le Lot avait bien mérité de la patrie !. La promesse d’une belle: récolte de blé, en diminuant les craintes de disette, calma aussi les esprits ?.

Mais survint la nouvelle des 31 mai-2 juin, Comme Jeanbon, le sh de Montauban en avait prédit les conséquences au temps où il ne prévoyait pas qu’une telle insulte pût être faite à la représentation. nationale : « Pensez-vous bien, écrivait-il le 30 mars à celui d'Amiens, que des législateurs qui ont reçu sans étonnement la mort à leur poste seraient lâches au point de ne pas résister à une commune qui s'aviserait de vouloir les influencer, et que la République souscrirait au moindre acte surpris ou extorqué * ? » Le 8, se constitua à Bordeaux une « Commission populaire de Salut public du département de la Gironde », dont Pierre Sers, l’ex-ami de Jeanbon, fut président, et qui se proposait de mettre la liberté hors de toul péril en la rétablissant dans le sein de la Convention nationale *; les sections de Bordeaux déclarèrent ne plus reconnaitre les décrets de: la Convention mutilée. Le même jour, le Comité de Salut publie établi par les autorités de Toulouse, adressait à celles de Bordeaux. un appel à l’union contre les malveillants et contre le représentant Chabot. Castres, Rodez imitaient Toulouse, et les administrations du Lot-et-Garonne et de la Dordogne celle de la Gironde :.

Dans le Lot,lle département, malgré Sartre, son procureur général syndic, adhéra le 10 juin au mouvement de la Dordogne. Il envoya à Paris sou président Combes-Dounous et un de ses membres Soulhié porteurs d’une adresse fédéraliste des sections de Cahors à la Convention 5, et il arrêta la levée d’une force de 4,000 hommes. Les sections de Cahors se mirent en permanence ‘7. Une députation des sections et du club de Cahors conduite par un prêtre constitutionnel, l'abbé Brunies vint tâcher d’entraîner le club et l’administration du district de Montauban %. Le mouvement se relia d’un côté aux agitations des

1. Le département annule son arrêté d'élargissement des détenus (L 108. Arch. Tarn-et-Garonne), un détachement de la garde nationale de Montauban part le 2 juin pour Mende (papiers Bosquet, collection Galabert). Jeanbon à la Convention, le 7 juin, se plaint du dénuement d'armes dans cette région (Moniteur, t. X VI, p. 579), et le 8 juin fait décréter que le Lot a bien mérité de la patrie (Moniteur, t. XVI, p. 588).

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