JEANBON PRÉSIDENT DE LA CONVENTION
Jeanbon, loué naguëre aux Jacobins par Jeanbon !, était et devait être chaque jour davantage en dissentiment avec Robespierre ?. Dans la même séance, Jeaubon présenta un rapport contre Biron, et les Hébertistes, pour l'instant à la remorque de Robespierre, avaient conjuré la perte de Biron : « Nous ne pouvons pas vous dissimuler, dit-il, qu'il n'y a pas d'accusation positive contre ce général, mais on lui reproche de n’avoir pas déployé toute l’activité nécessaire aux opéralions dont il est chargé », et il concluait « puisque Biron luimême se reconnait insuffisant pour la place que vous lui avez confiée » (de guerre lasse il avait offert sa démission), « s’il la trouve au-dessus de ses forces, votre comité vous propose de décréter que le ministre de la guerre sera teau de rappeler le général Biron ». Bien que le rapporteur raisonnât ainsi d’après son collègue Gasparin et d'après la commission des Représentants du Peuple établie à Tours pour surveiller la guerre de Vendée, bien qu'il pût n’être pas au couraut de l’indignité de Ronsin, l’acolyte d'Hébert qui dominait cette commission, bien qu’enfin il ne conclût pas à la trahison et à la mise en accusation du général incriminé, il a par suite sa parl de responsabilité dans l’aveugle condamnation qui frappera plus tard le bon patriote et l’habile tacticien qu'était Biron $.
Le soir du 11 juillet, la Convention récompensa une fois de plus Saint-André de son ailitude énergique en le nommant son président, par un nombre restreint de suffrages à la vérilé, 163 sur: 268 votants, les suffrages de la Montagne sans doute “. Cet honneur venant après celui de la veille semblait désigner Jeanbon pour le rôle prépondérant dans le Comité de Salut public et dans l'assemblée.
Il n’en fut rien cependant. Durant les quinze jours qui suivirent, l’action de Jeanbon Saint-André fut vraiment de peu d'importance.
Il était au fauteuil présidentiel le 14 juillet quand Charlotte Corday vint à Paris poignarder Marat, meurtre suggéré par la haine et qui redoubla la haine, meurtre qui fit délirer jusqu’à l’idolâtrie pour
-le nouveau martyr les révolutionnaires exaltés. Il annonça à la Convention en ces termes : « Citoyens, un grand crime a été commis sur la personne d’un représentant du peuple, Marat a été assassiné chez
1. Le 5 juillet 1793, précisément à propos de la campagne contre les Lyonnais (Aulard, Jacobins, t. V, p. 286).
2. Dubois Crancé sera rappelé de mission le 15 vendémiaire an IL (6 octobre 1793).
3. Sur tous ces faits voy. Chassin, Le général Biron et la guerre de Vendée. Révolution française, t. XXV, pp. 385-412. Le rapport de Jeanbon est Moniteur, t. XVII, p. 107. Biron renvoyé par décret du tribunal révolutionnaire du 5, nivôse an II (25 décembre 1793) devant le tribunal révolutionnaire sera exécuté le 11 nivôse (31 décembre 1793). S> souvenir qu'il avait été député de la noblesse du Quercy aux Etats Généraux (voy. ch. nt, p. 55).
4. Moniteur, t. XVIL, p. 109; Procès-verbal, t. XVI, p. 55. IL succède à Thuriot et Danton lui succédera le 25 juillet. Le président était élu pour quinze jours. La présidence était un honneur conféré par les conventionnels au collègue qui s'était récemment distingué (Mémoires sur Carnot, t. I, p. 489). C’est ainsi que Dubois-Crancé avait été nommé président en février, après l'adoption de son rapport sur l’organisation de l'armée.
lui ! ». En qualité de président il eut à répondre à une députation de la section parisienne dite du Contrat social, dont l’orateur venait faire en termes lyriques l'éloge funèbre du conventionnel disparu; Jeanbon avait blâmé jadis les exagérations de Marat, il répliqua simplement à l’orateur : « La Convention partage vos regrels sur la mort d’un homme qui a constamment défendu les droits du peuple », puis il déplora le recours au meurlre comme moyen politique et cria vengeance, non pour Marat même, mais pour «la nation outragée dans la personne d’un de ses représentants ? ». Aux funérailles-de Marat, le 16, comme président de la Convention, il avait à prononcer un discours, nous ne connaissons pas le texte de cette allocution, mais ce qu’en dit le Journal de la Montagne montre que Jeanbon sy garda de toute exagération, il annonça en effet « que le temps arriverait bientôt où Maral serait vengé; mais qu’il ne fallait pas, par des démarches hâtées et inconsidérées, s’attirer des reproches de la part des ennemis de la patrie ». Il ajouta que la liberté ne pouvait périr et que la mort de Marat ne ferait que la consolider ?. = Modéré dans cette circonstance, il fut miséricordieux dans une autre. Après l’insulte qu'Elie Lacoste el lui avaient essuyée à Orléans, des violences commises contre le représentant Léonard Bourdon avaient fait envoyer au tribunal révolutionnaire et condamner à mort un certain nombre d’Orléanais, parmi eux, semble-t-il, des. proches ou des alliés des individus qui avaient arrêté au passage la voiture du conventionnel de Montauban, Le président de la Convention, c’est Barère qui nous le dit, accueillit à la barre, le 13 juilllet, des parents des condamnés qui venaient implorer l'assemblée. Les pétitionnaires furent d’ailleurs éconduits “. Jeanbon était également au fauteuil le 14 juillet, quand une députation des quarante-huit sec- : tions de Paris vint apporter le procès-verbal de l’acceptation de la Constitution par les assemblées primaires de la capitale, et il répondit à la députation dans des termes qui prouvent combien, au fort de la tourmente, les conventionnels avaient soif de légalité et espéraient dans un avenir prochain de concorde et de bonheur : « Les lois existent maintenant, s’écria-t-il, seules elles vont régner,
1. Bougeart, Marat, Ami du Peuple: Paris, 1865, 2 vol., in-8, t. II, p. 270.
2. Moniteur, t. XVII, p. 127. Cf. à l’allocution de la section du Contrat social; l'adresse des Jacobins aux Français sur la mort de Marat, véritable apologie de la délation, elle dit que Marat a mérité la reconnaissance du peuple parce qu'il a dénoncé les ennemis du peuple (Aulard, Jacobins, t. V, pp. 315-317).
3. Journat de la Montagne, t. I, n° 48. Buchez et Roux donnent pour président de la Convention en ce jour, Thuriot, mais le Procès-verbal les dément (t. X VI, p. 219) et nous ne voyons pas pourquoi Jeanbon, président en exercice, aurait dans cette CiTconstance solennelle cédé la place au président sortant. M. Biré, généralement bien informé dans son Journal d’un bourgeois de Paris sous la Terreur, conclut à une erreur de Buchez et Roux (in-12, 1895, t. LIT, p. 133). :
4. Moniteur, t. XVIL, p.122; Procès-verbal, 1. XVI, p. 121, Journal des Débats, n° 229,t. X, p.165. Le Mercure Universel, contrairement aux précédents, dit que Thuriot présidait (t. XXIX, p. 216. Bibl. nat. L c 2? n° 563). Voy. Barère, Mémoires, t. U, p. 165.