‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 351 sur 889 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

* Situation du Comité de Salut Public en août et septembre. — Son acheminement vers la dictature et la Terreur, part que Jeanbon a prise à cette évolution, journées du 5 et du 25 septembre, leurs conséquences. — Intervention de Jeanbon à propos des événements de Saint-Domingue, pour faire appliquer dans toute leur rigueur les lois de la guerre, et d'autre part en faveur des lois de bienfaisance, de l’organisation de l'instruction publique et du respect de la propriété privée, — Le parti de Jeanbon, maïtre à Montauban, y établit la Terreur.

Durant le séjour de Jeanbon aux armées, la Convention de son côté s'était acheminée vers la constitution d’une dictature et de la Terreur. Après des velléilés de clémence chez les membres du Comité de Salut public, un décret du 6 août avait mis hors la loi les membres de la Commission mixte populaire de Salut public de Bor- -deaux et leur président, Pierre Sers, l’ancien ami de Saint-André *. Dans les premières semaines d’août, l'Assemblée avait appris la ratification de la Constitution nouvelle ou Constitution de l'an I par les citoyens réunis en assemblées primaires; et cette ratification, Gossuin l’indiqua dans le rapport dont elle fut l’objet, impliquait à la fois l'approbation du 31 mai et la reconnaissance par le peuple de l'Assemblée qui avait rédigé la constitution, c’est-à-dire de cette Convention que les fédéralistes proclamaient déchue et mutilée ?.

La Constitution nouvelle était désormais exécutoire. Pouvtant la Convention était demeurée en fonctions sur l'invite des révolutionnaires de Paris, des clubs et autorités montagnardes des départements dociles à un mot d’ordre parti des Jacobins. Elle continuait à siéger, en apparence pour organiser l'instruction publique et codifier les lois, pour parfaire son œuvre; en réalité, gouvernement provisoire mais seul gouvernement établi, elle refusait, sans oser se l'avouer à elle-même, de céder la place à un gouvernement conforme à la constitution, elle ne voulait pas faire dans les circonstances

1. Procès-verbal, t. XVIII, p. 171. Une lettre de Blad du 5 août 1793 à la municipalité de Brest mentionnait que Barère s’intéressait aux administrateurs du Finistère frappés, laissait entrevoir que « l'époque mémorable du 10 serait un jour de clémence », que Robespierre était dans des dispositions contraires (Révolution française, LNXTLÉ D, 007).

2. Rapport de Gossuin du 9 août au nom de la commission chargée de réunir les procès-verbaux d'acceptation de la Déclaration des Droits de l'Homme et de l’Acte Constitutionnel (Procès-verbal, t. XVIII, pp. 232-241).

présentes l'expérience toujours délicate d'un nouveau régime, et transmeltre à d’autres, au risque de l’énerver, le pouvoir que, devant

Lyon, Toulon, Bordeaux et la Vendée soulevés, devant les frontières

menacées et la marine à réorganiser, il était urgent de renforcer et

de maintenir dans les mêmes mains !.

La Commune de Paris lui proposait de fortifier ce pouvoir par la Terreur. Elle recula devant le mot, suivit le conseil. Un décret du 12 août, sollicité par les députés des communes de la République qui étaient venus apporter à Paris l'acceptation de l'acte constitutionnel, ordonna la mise en arrestation de tous les suspects. Un autre, du 16 août, condamnait à dix ans de fer tout administrateur de département qui surseoirait aux arrêlés des Représentants en mission. Ainsi fut augmentée l’action de ces dictateurs multipliés et itinérants ?.

Au-dessus d'eux la Convention maintenait, le 13 août, le pouvoir suprême au Comité de Salut public du 10 juillet. Elle n’y remplacait plus, comme naguère, les absents : Jeanbon Saint-André et Prieur partis aux frovtières et donnait de la sorte au nouveau personnel gouvernemental la stabilité *. Au Comité ainsi prorogé entraient, le 14 août, Carnot, Prieur de La Côte-d'Or qui, par leur compétence indiscutable, leur puissance de travail el les services prodigieux qu'ils devaient rendre, autant que par leurs convictions désintéressées et leurs opinions avancées, allaient lui être à la fois un honneur et un appui “.

Cependant, il restait à stimuler l’action des administrations, des clubs dans chaque localité, comme le faisait Jeanbon en établissant . des Comités de Salut public. Il restait à obtenir de la Commune de Paris la soumission exigée de toutes les autres communes de la République. Il fallait aussi coordonner les efforts des Représentants du peuple en mission, en les mettant absolument aux ordres du Comité de Salut public. Cette double opération va désormais se poursuivre, par à coups, au jour le jour, sous l'impression des mauvaises nouvelles ou des meneurs. Mais plus la Montagne dans la Convention,

1. Le 11 août, la Convention déclare sa mission remplie (Moniteur, t. XVII, p. 366). Le soir, aux Jacobins, Robespierre suggère la proposition que la Convention ne se sépare point avant la fin de la guerre (Aulard, Jacobins, t. V, p. 343). Le 12, les délégués des Assemblées primaires qui apportent l’acceptation de l’Acte constitutionnel de tous les points de la République et qui ont été nommés parmi les démocrates fervents sous l'influence de la répression de l'insurrection fédéraliste, viennent, mêlés aux délégués de la Commune de Paris, demander à la Convention la « levée en masse du peuple » et « l’arrestation de tous les gens suspects », Danton déclare qu'ils viennent « d'exercer parmi nous l'initiative de la Terreur » (Moniteur, t. X VIT, p. 387).

2. Procès-verbal, t. XVIIL, p. 363, t. XIX, 28. Le décret du 12 est renvoyé au Comité de Législation pour proposer le mode dr

3. Delacroix fait ressortir que « ce serait une Calamité publique que de renouveler en entier ou même en partie, un Comité dont les membres tiennent en ce moment le fil de tous les plans militaires » (Moniteur, t. X VII, p. 391).

4. Procès-verbal, t. XVIII, p. 408. Le 15 août, Garat, trop tiède, quitte le ministère de l'intérieur.

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