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plus le peupie de Paris qui pèse sur la Montagne, se verront forcés de remettre aux membres du Comité de Salut public tous les pouyoirs, plus le despotisme croissant du Comité les effrayera ; et les mêmes hommes qui, pour combattre l'ennemi extérieur et intérieur, abañndonneront au Comité de Salut public la dictature, crieront ensuite à la tyrannie du Comité s’il ne justifie pas cette dictature par des succès immédiats. De même, plus la Convention augmentera les pouvoirs des Représentants du peuple en mission, moins ceux-ci se résigneront à obéir au Comité de Salut public, à abandonner sur ses ordres leur proconsulat dans les départements pour revenir se confondre dans l’Assemblée.
Aussi pendant les derniers jours d’août, durant tout septembre 1793, on assiste à ce double spectacle : acheminement du Comité de Salut public vers la dictature, attaques violentes de la Convention et surtout des conventionnels rappelés de mission contre le Comité de Salut public. I1 en sera ainsi jusqu’à ce que ce dernier s'impose en maître absolu à la Montagne dans l’Assemblée, et aux démagogues les plus récalcitrants dans Paris. Il nous faut examiner cette lutte du Comité de Salut public et de la Convention, et la part que Jeanbon Saint-André y a prise, sans préjudice des manifestalions personnelles de notre conv entionnel en faveur tour à tour des principes D Hnpiques et de la raison d’État.
Jeanbon était despote d'instinct, despote depuis qu'il maniait les hommes, despote par ambilion depuis qu'il siégeait au Comité de Salut public, despote par patriotisme depuis ses missions dans le Lot et aux armées, depuis que, chargé au Comité de Salut public de régénérer la marine, il voulait agir sur elle avec énergie, enfin despote parce qu’il tenait à assurer le règne de la démocralie. Jeanbon va donc s’employer à établir la Terreur montagnarde dans tout le pays, el à placer sous l'autorité du Comité de Salut public tous les agents de cette Terreur.
Le procès de Custine conduit avec une lenteur que des démarches en faveur de l’accusé rendaient suspecte, fournit à Jeanbon l’occasion de communiquer aux Jacobins les résultats de sa mission aux armées. Le 25 août, Robespierre venait à la tribune du club de signaler la tiédeur du tribunal révolutionnaire et les vices d'organisation du Comilé de Sûreté générale, il demandait le renouvellement de ce Comité, et qu’il fût cantonné dans son département sans empiétements possibles sur le domaine du Comité de Salut public. Jeanbon vint répéter sur la trahison de Custine tous les propos qui depuis longlemps avaient cours, el, à défaut de preuves, il conclut que, puisqu'avec des forces imposantes ce général n'avait rien fait, il était certainement coupable; Jeanbon se plaignil aussi que l'exécution des
décrets fût négligée, qu’il y eut peu de concert dans les opérations du gouvernement tandis que ses ennemis agissaient « avec convention », tendaient tous «au même but ». Il fit décider que le club soumettrait à la Convention ces desiderata par une pétition dont la rédaction fut confiée à Robespierre !. Le ?8 août, Custine fut exécuté. Maïs, le 27 août, la Convention repoussa une demande présentée par Jeanbon au nom du Comité de Salut public et. qui tendait à prononcer la peine de mort contre les administrateurs qui s’opposeraient aux réquisitions lancées par des Représentants du peuple pour approvisionner les places fortes el les armées ?. Jeanbon n’en persista pas moins à réclamer des mesures de rigueur, et cette obstination même lui fit, le 29 août, commettre une fausse manœuvre qui faillit être funeste au Comité de Salut public tout entier.
Une députation de la ville de Saint-Quentin demandait à la Convention des secours. Jeanbon exposa dans quel abandon se trouvaient les fortifications de Péronne, puis les friponneries commises à Metz, d’après lui, par Gigot. Sur ce intervint Billaud-Varenne, personnage fanatique dont l'apparence étriquée, le visage blême et sans expression, le front étroit, le regard éteint dissimulaient l’ambition têtue. Il rentrait d’une mission dans le Nord au cours de laquelle il avait vu l'armée venant d'évacuer le camp de César *, et il décrivit le désarroi qui avail accompagné ce mouvement effectué en présence de l'ennemi. Jeanbon, plein de son sujet, fit chorus, dauba sur l’inertie générale, le système défensif, traça le tableau de l'abandon de la manufacture d’armes de Charleville. Il ajouta, il est vrai, que le Comité de Salut public s’occupait de remédier à cette situation. Mais il dut bientôt regretter amèrement son imprudence. Billaud-Varenne aux yeux de qui tout allait mal parce qu’il n’était pas lui-même du Comité de
Salut public, déclara en effet : « Vous avez tous été témoins des maux :
qu'a occasionnés dans la République l’inexécution des décrets de la Convention. Je demande enfin qu’une pareille négligence (je pourrais dire : trahison) ne soit pas renouvelée, qu’il soit créé une commission chargée de surveiller le pouvoir exécutif dans l’exécution des lois, et que, dans le cas où il y aurait des coupables, leur tête tombe sur l’échafaud ». Or, le pouvoir exécutif appartenait au Comité de Salut public au-dessus du Conseil exécutif. Un plan d’attaque à l'égard du Comité de Salut public se dessinait.
1. Aulard, t. V, p. 377, Jacobins. C’est, en d’autres termes, la conclusion du rapport de Jeanbon sur sa mission aux armées et le programme des mesures de gouvernement qui doivent établir la dictature du Comité de Salut public. Le 24 août, la Convention s'était occupée des querelles entre le club et la municipalité de Nancy que Jeanbon mentionne dans son rapport sur les armées.