‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 355 sur 889 · Aulard, Jacobins, t. V, p. 388. à · texte numérisé non relu

Aulard, Jacobins, t. V, p. 388. à

5. Décret complété le 14 septembre : tous les jours et alternativement, deux des quatre sections du tribunal seront employées à tenir l’audience publique pour juger les accusés et les deux autres à faire les instructions en chambre du conseil. Le nombre des juges est porté à seize, y compris le président et trois vice-présidents, celui des jurés à soixante, celui des substituts de l’accusateur public à cinq (Campardon, op. cit., t. Ler, p. 99). Merlin de Douai fut le rapporteur du décret du 5.

administrations ». Léonard Bourdon veut à la suite de l’armée révolutionnaire un tribunal ambulant chargé de juger dans les vingtquatre heures tous les accapareurs. Jeanbon intervient, il arrive du Comité de Salut public qu'ont mis en émoi la proposition hostile de Billaud et l'adoption probable, sous la pression de l’ émeute, de mesures aussi violentes que mal concertées. Il invective d’ abord avec la

foule « ces êtres qui nous fatiguent avec l'or de Pilt », les contre-

révolutionnaires, puis il annonce que le Comité prépare un rapport, va proposer des mesures, « on est dans ce moment à les mûrir, à les méditer ». Il est bien question de méditation ! La foule ne peut attendre, et dans la Convention les timides effrayés, les violents gagnés par la passion populaire, les ennemis du Comité enchantés de voir le gouvernail lui échapper, tous protestent. Pourtant Jeanbon s’obstine : « Je dis qu'il faut commencer par les müûrir et les méditer. Le Comité-de Salut public s’est environné des lumières de quelques bons citoyens connus dans Paris... La délibération tient dans ce moment... J'avais cela à annoncer à la Convention. Je la prie de ne pas précipiter sa détermination. Le rapporteur va paraître dans une heure, ce n’est pas un temps bien long ‘. » Billaud lui coupe la parole : « Il serait bien élonnant que nous nous amusassions ici à délibérer, il faut agir. — Mais remarquez donc, insiste Jeanbon, que je pense comme vous, qu’on à trop longtems différé d'agir... Si je vous proposais de différer un jour, vous auriez droit de nous accuser de lenteur, mais le rapport que je vous annonce sera fait dans une heure. Les meilleurs palriotes des sections de Paris sont dans ce moment au Comité et l’on délibère. » Billaud répète : « Il faut agir » et personne n’'écoute plus Saint-André.

Basire vient à son aide, demande pour le Comité de Salut public une simple demi-heure. Surgit Danton, Danton dont la voix puissante concentre et couvre tous les cris de la foule. Lui aussi juge inutile d'attendre le Comité de Salut public : « Je pense qu’il sera bon que le Comité fasse son rapport, qu’il calcule et qu’il propose les moyens d'exécution; mais je vois aussi qu’il n’y a nul inconvénient à décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. » Il ajoute « que les hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs ne peuvent aller dans les sections, que ce n’est qu’en l’absence de vrais patriotes que l'intrigue peut s'emparer des sections. Décrétez donc deux orandes assemblées de sections par semaine, que l’homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques ait une juste rétribution pour le temps qu’elles enlèveront à son travail ». Il finit par une péroraison splendide. L'Assemblée, la foule couvrent son discours

. d’acclamations, les chapeaux volent en l'air, le délire est à son

comble. L'armée revolutionnaire, des assemblées de seclion bi-hebdomadaires avec indemnité aux assistants pauvres sont décrétées, ainsi que des crédits pour fabrication d'armes. On ne songe plus au

1. Le Monileur met ces paroles dans la bouche de Drouet, mais c’est bien évidemment une erreur, elles sont de Jeanbon. Voy. Moniteur, t. XVII, p. 582.

rapport du Comité de Salut public, celui-ci est débordé, c’est Danton, Billaud qui dirigent le mouvement. Dans le tumulte qui remplit l'enceinte, dans le remous des députations qui envahissent la salle et se succèdent à la barre, les motions violentes se succèdent, acclamées, décrétées aussilôt. Billaud fait voter une indemnité pour les membres des comités révolutionnaires.

Robespierre impuissant a quitté le fauteuil, s’y est fait remplacer par l’ex-président Thuriot. Mais il a couru au Comité de Salut public dont le local est également envahi par le peuple, dont les membres sont pressés, harcelés par les pétitionnaires : Barère, sous les yeux de ceux-ci, au milieu d'eux, a commencé le rapport qu’annonçait Jeanbon. Robespierre survient, éperonne Barère, surveille les termes de son rapport, le « chauffe », il faut que le Comité reprenne tout son empire sur la foule et sur la Convention. Et Barère est un merveilleux instrument de transmission de la pensée d'autrui : dans le brouhaha, la confusion, les cris, les avis qui se croisent, avec une lucidité parfaite Barère termine son rapport. Ce rapport, ce sont les passions délirantes des assistants qui l’ont dicté, le rédacteur ne leur a prêté que son langage adroit, sa brillante rhétorique, sa faconde. Robespierre reprend possession du fauteuil à la Convention tandis que Barère monte à la tribune : dès les premiers mots de l’orateur, les applaudissements éclatent. Chacune de ses paroles est une salisfaction donnée à la fouie : « Placçons la Terreur à l’ordre du jour », s’écrie-t-il, et il fait voter l’armée révolutionnaire, l’envoi à vingl lieues des frontières de tous les militaires suspects, c’est-à-dire surtout des officiers nobles déjà frappés, l’ordre pour tout militaire en activité de service de quitter Paris pour retourner à son poste dans les vingt-quatre heures. Jeanbon demande en outre que soit levée l'interdiction de faire des visites domiciliaires la nuit, dans le désordre il n’avait pas entendu la Convention décréter une motion analogue de Billaud Varenne; il veut alors qu'on déporte les filles publiques, scandale dans une République fondée sur la vertu et « germe de contre-Révolution »; on l’applaudit, mais on passe outre, c’est là surtout une mesure de principe et l’heure est aux expédients. D'ailleurs, l'Assemblée se trouve épuisée. La foule ne l’est pas moins, ses réclamations ont été satisfaites, elle s'écoule peu à peu.

C’est la Terreur qui a triomphé dans cette journée du 5 septembre 1793 ‘. Elle est mise à l’ordre du jour, et les lois sur les subsis-

1. Moniteur, t. XVIL, pp. 580-592. Barère, Compte rendu à mes commeltunts. Mémoires, t. II, pp. 372-392. Voy. la magnifique description de la séance par Louis Blanc (op. cil., t. XI, p. 116) et Hamel, Robespierre, t. IT, pp. 121-126. Voy. sur la Terreur à l’ordre du jour, Sorel, l’Europe et la Révolution, 8° partie, pp. 473-474. En somme, sont votées : 1° une armée révolutionnaire de 6,000 hommes et 1,200 canonniers ; le 14 septembre Jeanbon en fera modifier le recrutement par décret de la Convention (Moniteur, t. XVII, p.-659); 2° l'arrestation des suspects confiée aux Comités révolutionnaires ; les décrets du 17 et du 19 septembre réglementeront cette attribution des Comités de surveillance (Procès-verbal, t. XXI, pp. 33 et 109); 3% l'envoi à vingt lieues des armées ou des frontières de tout militaire suspendu, démissionnaire ou destitué : l'autorisation de faire des visites OREMIMrES la nuit; 4° l'établissement

tances, l’armée révolutionnaire, l'éloignement des ofliciers suspects, l'augmentation des sections du tribunal révolutionnaire fondent le gouvernement de la Terreur. Ces lois, Jeanbon les a subies au lieu de les proposer, la Terreur s’est imposée à lui par les cris du peuple parisien, par la voix de Billaud-Varenne et Danton approuvés par la Convention entière, avant qu'avec le Comité de Salut public il l’imposât lui-même à toute la France; mais il a probablement accepté sans répugnance des mesures dont la rigueur n'était pas faite pour l’effrayer, des mesures qui avaient pour objet de déconcerter les malveillances et de briser les intrigues qu’il dénonçait sans cesse. La loi qui promet une indemnité aux pauvres pour leur permettre d'assister aux réunions des sections a d’ailleurs un caractère démocratique tel que Saint-André ne peut qu'y applaudir. D'autre part, le Comité de Salut public a repris en fin de compte tout son ascendant sur la Convention, il sort même fortifié du débat, car chargé d'organiser l’armée révolutionnaire il l’aura à son service et elle sera pour lui un instrument de domination; de cet accroissement de pouvoir Jeanbon a dû se féliciter.

Désormais, le Comité de Salut public évitera de se laisser dominer

ou devancer dans l’action révolutionnaire par la population pari-

sienne, de se laisser supplanter dans l'adoption des mesures de gouvernement par tel ou tel conventionnel. Le 5 septembre au soir, Billaud-Varenne son adversaire a été porté à la présidence de la Convention ‘ : le 6, Barère demande à l’Assemblée d’adjoindré au Comilé de Salut public Billaud, Collot d'Herbois qui a soutenu Billaud et qui en impose par sa haute stature, ses gestes de matamore, les éclats de sa voix brutale, enfin Granet, le Représentant des Bouchesdu-Rhône dont les conseils seront utiles contre l’insurrection toulonnaise. La Convention vote la proposition du Comité ?. Dans la même séance Gaston veut exploiter contre le Comité la trahison de Toulon, mais Danton défend le Comité de Salut public. Il est vrai qu’alors

de deux assemblées des sections par Semaine avec indemnité pour les pauvres qui y assisteront et pour les membres des Comités de surveillance; un décret du 9 réglementera les assemblées des sections (Procès-verbal, t. XX, p. 222). Un arrêté du Comité de Salut public du 12 accordera une indemnité aux Comités de surveillance, en dehors de Paris dans différentes villes (Aulard, Actes du Comité de Salut publics t. VI, p. 443). Notez qu'on agit conformément à la ligne de conduite tracée par Danton : le 5, la Convention décrète en principe toutes ces mesures, le Comité de Salut public ensuite prend des dispositions, ou présente à la Convention des projets de décrets pour les appliquer. M. Espinas (op. cit., p. 177) n’a pas vu le caractère politique de la subvention accordée aux assemblées de sections. Quant à la motion de Jeanbon sur les filles publiques, le 13 septembre leur arrestation sera encore réclamée aux Jacobins et le 18 à la Convention, le 2 octobre la Commune de Paris prendra un arrêté contre elles, et le 24 octobre-3 brumaire elles seront l’objet de visites domiciliaires et d'arrestations (Aulard, Jacobins, t, V, p. 404; Buchez et Roux, t, XXIX, p. 230: Campardon, op. cit, t. Ier, p. 216).

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