‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 369 sur 889 · Sorel, L'Europe et la Révolution, 3° partie, p · texte numérisé non relu

Sorel, L'Europe et la Révolution, 3° partie, p

3. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 554. Jeanbon revient sur cette question ‘le 30 septembre (Moniteur, t. XVIIT, p.8).

4. Moniteur, t. XVIL, p. 672. Ces lois étaient celles du 26 novembre 1792, et du 4 mai, du 18 juillet 1793; une autre sera votée Le 6 nivôse an IL, et, le 15 pluviôse la Convention votera un décret réglant l’application pratique des unes et des autres

(Procès-verbal, t. XXXI, p. 136).

salisfaisait au désir général, « d'organiser une instruction publique ‘qui puisse favoriser la classe du :peuple la plus indigente ». Le décret sollicité par les autorités de Paris, proposé par Jeanbon, fut adopté. La rédaction en fut faite par Lakanal 1, A vrai dire, ce vote élait le résultat d’une surprise et d’une équivoque : à la suite d’un incident de séance, l'audition d’une députation, certains avaient accepté comme mesure provisoire pour Paris ce que d’autres avaient ensuite transformé en syslème général pour l’ensemble du territoire. Le lendemain, d’ailleurs, le vote fut rapporté ?. Mais l’inter-

venlion de Jeanbon dans le débat est curieuse, il se montrait favorable à un plan qui rélablissait les instituts et les lycées, et ces instituts, ces lycées il les avait répudiés dans le projet Condorcet. A lire de près son mémoire de décembre 1792, on comprend néanmoins son attitude. Le nouveau projet donnait au peuple, avec les écoles primaires, des écoles d'arts et métiers, et dans ces écoles l’enseignement par les yeux, par l'expérience que souhaitait depuis longtemps le conventionnel de Montauban, ces avantages joints à celui de réorganiser l'instruction à Paris et de supprimer les derniers vestiges de l’ancienne Université, surtout les collèges, firent

sans doute accepter à Jeanbon le principe de deux degrés supérieurs d'instruction.

Le 17 septembre, on s’en souvient, après Danton qui l’avait déjà déclaré le 5, Jeanbon aflirmait la nécessité d’ « indemniser la classe du peuple qui sacrifie à l'exercice de ses droits des moments nécessaires à son existence », et il faisait assurer des secours aux citoyens pauvres de Paris pour leur permettre d'assister aux assemblées des sections. Ici encore il agissait conformément aux principes démocratiques, en même temps qu’il mettait le peuple parisien dans la dépendance du Comité de Salut public.

Enfin, le 20 septembre, dans un rapport sur la marine, parlant des réquisitions nécessaires à ce Service, Saint-André s’attachait à concilier l'intérêt de l'État et l'intérêt des individus. Quoique le moment fût critique, il disait : « La grande propriété nationale, la conservation de la liberté, le salut de la patrie exigent que toutes les propriétés particulières soient subordonnées aux besoins de la République et aux secours qu’elle a droit de commander à ses enfants », pourtant « la patrie ne demande point aux citoyens le sacrifice de leurs propriétés, elle demande, elle ordonne une préférence devenue nécessaire ». Il faut que le négociant cède à l’État plutôt qu'à sa clientèle ses marchandises; mais « il est digne de vous, déclarait Jeanbon à la Convention, il est dans votre cœur, et vous l'avez écrit

1. Moniteur, t. XVII, p. 679. Voy. Liard, op. cit., t. Î, pp. 184-192; Guillaume, t. II. Introd. pp. 28-32.

8. Moniteur, t. XVII, p. 674. Voy. sur cette manifestation des Jacobins, sur Denon de Jeanbon au débat et ses mobiles, Liard, t. I, pp. 184-192, surtout p. 188

dans la Déclaration des Droits, de vouloir que celui qui cède sa propriété à la nation en recoive la juste indemnité t ».

On le voit, Jeanbon, comme les autres conventionnels, bien qu’établissant une dictature commandée par les circonstances et immolant tout à l'intérêt de l'Etat, Jeanbon s’essayait à réaliser par ailleurs l'idéal de liberté, d'égalité, de fraternité à la poursuite duquel il eût voulu se vouer exclusivement, et pressé par les nécessités de la défense nationale il s’efforçait encore de respecter la propriété privée.

Tandis qu’en août et septembre le Comité de Salut public montagnard affermissait sa domination sur la Montagne, et par la Montagne sur l’ensemble du territoire, Jeanbon de son côté, à Montauban et dans la région voisine, assurait définitivement l'empire des Montagnards et sa propre influence ?.

En août, la résistance de Bordeaux qui chassait Baudot et Ysabeau après les avoir accueillis *, des attroupements tumultueux à Toulouse le 24 et le 25 août au cri de « Vive le Roi » pour protester contre la levée en masse *, avaient inquiété à nouveau les révolutionnaires montalbanaïis, et le club, sur ces entrefaites, perdait un de ses chefs, le pasteur Duprat qui revint à Castres *. Maïs le club, le 9 août, s'était associé par une adresse au mouvement d'opinion concerté pour obtenir de la Convention qu’elle restâl

1. Moniteur, t. XVII, p. 710. Le 26 août Jeanbon, avec beaucoup de sens politique, s'oppose dans la Convention à une rupture avec la Suède et le Danemark, membres l’un et l’autre de la diète germanique : « C’est ainsi qu'avec précipitation on prend de fausses mesures qui nuisent à la république en augmentant le nombre de ses ennemis », et il fait voter le renvoi de l’affaire au Comité de Salut public (Mercure Universel, t. XXX, p. 416). Le 29 août, dans la discussion sur le code civil, à propos de l’article II du titre V, Jeanbon demande des pénalités contre les pères et mères qui négligeraient de « procurer à leurs enfants les moyens de pourvoir à leur suhsistance », car « la république ne peut être consolidée que par l’exercice des bonnes mœurs » et le travail peut seul les faire naître (Moniteur, t, XVII, p. 531). Le 19 septembre, il demande la suppression des compagnies d'élite de la garde nationale qui sont un outrage à l'égalité (Monitéur, t. XVII, p. 711). Voy. d’autres interventions peu importantes du 14 et du 25, du 30 septembre (Moniteur, t. XVII, p. 659, t. XVII, pp. 11-12, 14).

2. Sur l'attitude du club durant cette période les renseignements nous manquent : outre la lacune existant dans le Registre de ses délibérations, dans son Registre de correspondance il n'y a pas de lettres transcrites du 3 septembre 1793 au 3 ventôse an Il.

8. Ils avaient été chargés de l'exécution du décret du 6 août qui mettait hors la loi les membres de la commission populaire.

4. Dxzu, 4. Arch. nat., Axel Duboul, L'armée révolutionnaire de Toulouse, Toulouse, 1891" in-8, p. 41.

5. 11 quitte Montauban le 28 août pour affaires de famille (Registre n° 18. Arch. du Consist. Montauban). À Castres il fut aussi le meneur des révolutionnaires.

410 JEANBON AU COMITÉ DE SALUT PUBLIC EN SEPTEMBRE : à son poste ‘. Le 27, à sa requête, le Conseil général de la commune, devançant en quelque sorte les lois des 13 et 19 septembre, lui conféra la décision en dernier ressort sur l’obtention des certificats de civisme ?, Le Comité de surveillance, le 7 septembre, fut garanti par un arrêté de Baudot et Ysabeau contre toute atteinte, et excepté de la première réquisition qui lui aurait enlevé plusieurs de ses membres *. Probablement sur la demande de Jeanbon, un arrêté du Comité de Salut public destitua toute une série de contrerévolutionnaires montalbanais réfugiés dans les administrations des armées des Pyrénées ‘, un autre avança 50,000 livres à la municipalité de Montauban pour achat de subsistances *. Un décret : rendu sur proposition de Jeanbon, au nom du Comité de Salut public, renvoya à Toulouse le conventionnel montagnard Chaudron-Roussau et maintint dans cette ville Baudot qui y était revenu dans les premiers jours de septembre frapper les fédéralistes ‘.

Sous cette impulsion, les révolutionnaires de Montauban faisaient la police dans toute la région, tançaient la tiédeur du club de Rodez, encourageaient à la résistance les montagnards de Bordeaux ” dont Jeanbon faisait dans la Convention l'apologie #. La loi des suspects, complétée pour Toulouse par l'arrêté du Comité de Salut public du 19 septembre, fit jeter en prison à Montauban, le 23, les royalistes et amis de la Gironde élargis en juillet.

Enfin, dans les derniers jours de septembre, Montauban fut comme le point de concentration des forces réunies contre Bordeaux. Un arrêté du Comité de Salut public rédigé par Jeanbon, et qui n’eut peut-être qu’un commencement d'exécution, décidait l'établissement entre Montauban et Castelsarrasin d’un camp de 10,000 hommes ?. Baudot « considérant que la ville de Montauban se trouvait sur un point de la coalition du fédéralisme qui a éclaté dans les départements méridionaux », refondit les compagnies du centre de la garde

Page 1