Décret du 25 août (Procès-verbal, t. XIX, p
d'entente avec les fédéralistes du Finistère est destitué ‘, des agents au Havre, à Cherbourg, à Lorient sont également frappés ?. Les nouvelles de plus en plus mauvaises venues de Toulon, l'affaire de Lavauguyon augmentent l’animosité de Jeanbon contre les étatsmajors de la marine. Cette fois ce n’est plus Monge qu'il rend responsable de leur mauvais recrutement ce sont les intrigants qui l’entou- ‘raient, c’est Périgny : « une vieille erreur fait croire encore que les gens comme 1l faut sont seuls capables de commander », il faut qu'en place des nobles on appelle au commandement « des hommes capables de renouveler les glorieuses actions des Jean-Bart et des Duguüay-Trouin qui étaient de vrais sans-culottes », et Jeanbon, le 31 août, fait charger le Comité de marine d’un plan d'épuration comme il le réclamait depuis le 5 février *.
Les fédéralistes continuent à agiter le Finistère, les députés girondius s’y sont réfugiés après leur défaite en Normandie, la municipalité et le district de Brest, tout en acceptant la Constitution, se solidarisent avec l’administration départementale frappée le 20 juillet *. Ils sont dénoncés au Comité de Salut public. La Couvention voit aussitôt en eux les agents de l'étranger : les Girondins n’ont-ils pas eux-mêmes, quand ils constituaient la majorité, chargé les Montagnards de cette inculpation infamante? les rumeurs d'incendie des arsenaux, les intrigues des Anglais partout pressenties accréditent ces préventions. Aussi, après avoir envoyé en Bretagne des agents secrets *, le Comité de Salut public, le 25 août, par l'organe de Barère, fait décréter qu’une mission à Brest sera confiée à Bréard et Tréhouart, des fonds seront mis à leur disposition ainsi que des feuilles patriotiques pour répandre parmi les ouvriers et matelots la bonne parole f. Cette dernière mesure, précédemment votée, mais
1. Redon est mandé à Paris le 25 juillet (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, p. 364), destitué le 24 août après avoir été entendu par le Comité de Salut public en présence de Jeanbon (ibid., t. VI, p. 85).
2. Bleschamps, chef d'administration au Havre, Eustache, chef d'administration et Eyriès, capitaine de vaisseau commandant la marine à Cherbourg, Mauduit, sous-chef à Granville, deux employés de Lorient (Aulard, Actes du Comité de Salut public. Arrêté du Conseil exécutif du 29 août, t. VI, p. 169). Il semble que ce soit à l’instigation du jeune Jullien (Lockroy, Une ie en Vendée 1793, notes sur Jullien de Paris, 2e édition 1893, 1 vol. in-8, p. 20). Le 19 septembre, Jeanbon rédigera l'arrêté d’arrestation d'Eyriès Foi ‘Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 566, Arch. nat., AF*1r, 301). Pourtant, dans sa « Réponse à la dénonciation des : citoyens de la commune de Brest » en l’an HE, il dira qu’il a fait son possible pour le défendre. L'arrêté du Conseil exécutif ne reçut pas complètement son exécution, Mauduit demeura quelque temps en service.
3. Convention, séance du 31 août (Moniteur, t. XVII, p. 542; Procès-verbal, t. XIX, p. 389).
4. Du Chatellier, Histoire de la Révolution dans les départements de l’ancienne Bretagne, Paris, 1836, 6 vol. in-8, t. IIL, p. 86.
5. Le 13 août (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, p. 536).
6. Moniteur, t. XVII, p. 493. Arrêté du Comité de Salut public du 26 août mettant à leur disposition 300,000 livres, rédigé par Jeanbon (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 114). Autre du 25, ordonnant l'envoi par le ministre aux armées navales des Bulletins et papiers nouvelles (ibid., t, VI, p. 99). Un décret du
non appliquée, est étendue le même jour, à tous les ports et vaisseaux afin d’évangéliser le peuple des côtes et des escadres. Le Comité de Salut public presse enfin le travail d'épuration des agents et officiers que poursuit Dalbarade, en altendant la loi que prépare le Comité de marine à ce sujet !.
Actes insuffisants et prescriptions tardives: Dans celte période des derniers jours d’août, de la première semaine de septembre, où le Comité de Salut public et Dalbarade travaillent fièvreusement à réorganiser la marine, on apprend que la flotte et l'arsenal de Toulon se livrent avec la ville aux Anglais et aux Espagnols. Ce désastre sans exemple était le legs de tout un passé de fautes et d'erreurs, il a été l’objet d’un rapport de Jeanbon très contesté dans la suite, et ses conséquences furent extrêmement graves. À ces divers titres, il nous faut lui consacrer quelques pages.
On se rappelle que la flotte de la Méditerranée, grossie d’une division ponentaise, était, en février 1793, après la malheureuse expédition de Sardaigne, rentrée à Toulon. Elle devait y réparer ses avaries et se grossir de nouvelles unités de combat. Mais le désarroi signalé dans les autres ports de guerre se produisait également dans les travaux de Touion et la station de l’escadre au mouillage se prolongea. Les autorités maritimes se bornèrent à protéger le long des côtes la circulation des convois d’approvisionnement à destination des armées d'Italie et des Pyrénées Orientales, ou à favoriser PRÉTrES des blés du Levant ?. ;
Cette immobilité de nos forces navales eut des effets D pour elles. À
- Toulon était la cité où l'esprit révolutionnaire se traduisait par les pires exagérations, les violences les plus odieuses, et une populace interlope, brutale et fanatique menée par les chefs du club y avait établi la Terreur et pratiqué l'assassinat dès le début de la Révo-
15 octobre 1792, renouvelé le 3 mai 1793, avait prescrit cet envoi. M. Chevalier (op. cit., p. 97) pense que Barère mentait impudemment en prétendant que la fidélité de Brest inspirait des inquiétudes. Ce qui précède, ce que nous allons raconter de la trahison de Toulon, et plus loin le récit des séditions préparées dans l’escadre de Morard de Galles, montre que l’on pouvait tout craindre. Le Comité de Salut public, dit Barère à la Convention, avait choisi Bréard et Tréhouart comme « connaisseurs en marine et ayant de la fermeté »; nous verrons que ce dernier éloge était exagéré.
1. « Nous connaissions l’incivisme de quelques officiers : mais un travail se préparait dans les bureaux de la marine; il devait être incessamment soumis au Comité de Salut public et les destitutions comme les remplacements allaient être ordonnés » (Rapport de Jeunbon sur la trahison de Toulon). Les destitutions déjà citées étaient peut-être le prélude de ce travail. -
2. Trogoff au ministre, 17 juin 1793 (Rapport de Jeanbon sur la trahison de Toulon).
429 JEANBON ET LA MARINE, DE JUIN A OCTOBRE 1793 lution ‘. À côlé de la ville proprement dite, l'arsenal et le port militaire en constituaient pour ainsi dire deux autres, aussi turbulentes avec leur agglomération d'ouvriers et de matelots indisciplinés, bornés, et la plupart originaires du pays. L’arsenal entouré d’une muraille séquestrant les ouvriers pour la journée, l’'escadre ancrée en petite et grande rades vivaient assez en dehors de la ville pour que les événements qui agitaient Toulon n’y arrivassent qu’en rumeurs confuses, trop près cependant pour ne pas ressentir le contre-coup du heurt des factions dans Toulon mêmé. Ouvriers et matelots étaient payés en assignats dont le discrédit augmentait en même temps que devenaient plus rares les subsistances ?, Tous ayant contracté l’habitude de la paresse et pérorant dans les ateliers et à bord, les matelots mécontents d’une expédition avortée, les Bretons en querelle avec les Provençaux * et ceux-ci épouvantés d’une guerre sur une mer cernée d’ennemis *, ils étaient une proie facile pour les machinations, les intrigues de toute sorte.
- Les officiers n'étaient pas plus unis. Monge et Périgny, mal inspirés dans leurs choix, avaient nommé capitaines ou employé à Toulon des membres de l’ancien grand corps, par exemple Lebret d’'Imbert, de Goy de Bégues, royalistes forcenés * (le premier s’est même vanté sous la Restauration d’avoir redemandé du service en 179% pour travailler efficacement au triomphe de la cause royale ‘); ils avaient laissé en fonctions d’autres royalistes comme de Martel, de Missiessy, de Venel, et parmi les officiers roturiers qu'ils avaient placés à Toulon on compte Cazotte, Poulain, Amielh qui trahiront la République ?, parmi ceux qu'ils avaient promus capitaines figurent Causse, Feraud, qui seront des premiers à livrer le port aux Anglais
1. Voy. Guérin, pp. 77-84. Duruy, La Révolution à Toulon (Revue des Deux- Mondes, 1 mars, 1893). Voy. Aulard, Jacobins, t. IV, p. 680, la lettre ignoble écrite
le 16 janvier 1793 par les Montagnards du Beausset aux Jacobins. Nous compléterons en note le récit de Ja trahison de Toulon par des renseignements tirés du beau travail déjà cité de M. Cottin, lequel a mis à contribution des documents qui nous ont échappé. Voy. sur les excès à Tuulon le premier chapitre.
2. Pétition des matelots au ministre en décembre 1792 (BB? 38 fol. 156); réclamation des ouvriers, du 31 mai 1793, contre le décret du 8 avril sur le payement en assignats (Arch. nat. AFrr 183).
3. Tilly au ministre des affaires étrangères, après son passage à Toulon, 15 avril 1793 (BB? 38 fol. 179-180).
4. Ibid. Le 12 juillet Naples s’unit à l'Espagne et à la Sardaigne contre nous.
5. Guérin, pp. 315-316 d’après leurs états de services. Barras dénonce au Comité de Salut public le 1er frimaire an II, la nomination scandaleuse de Lebret d’Imbert (Aulard, Actes du Comité de Salut Public, t. VIE, p. 617). Lebret, chevalier d’Imbert, lieutenant de vaisseau en 1786, lieuténant de deuxième classe sur la liste de 1791 ; de Goy de Bègues, lieutenant de première classe sur la liste de 1791. Un décret du 24 novembre 1792, sur rapport du Comité de marine, avait réintégré d’'Imbert dans les cadres, à sa demande, comme lieutenant.
6. Dans son Précis historique sur les événeynents de Toulon en 1798. Paris, 1814, 40 p. in-8, p. 13. Voy. sur son passé et ses relations avec les royalistes. Cottin, p. 111.
7. Voy. Guérin, pp. 292, 315-316. Amielh ou Ameilh était lieutenant de deuxième classe sur la liste de 1791, tous trois sont capitaines à Toulon en 1798. :
PN
et à le défendre pour le compte de ceux-ci !. Au reste, le ministre et son adjoint élaient excusables dans une certaine mesure : pouvaient-
ils pénétrer dans la conscience des officiers ? après eux, Dalbarade,
pour les mêmes raisons, n’avail pas mieux fait : il avait employé Causse et Feraud, et Raccord, Pasquier, officiers de même origine el qui trahiront également, et Gavoty du grand corps ?. Il alléguera plus tard qu’il les avait placés sur la recommandation de Chaussegros, le commandant des armes, ignorant que celui-ci serait un des principaux acteurs de la trahison prochaine *. En réalité, dans le nombre des officiers de basse extraction, quelques-uns, une fois devenus capitaines, s’irritaient de l’indiscipline de leurs subordonnés après l'avoir encouragée quand eux-mêmes étaient dans les grades inférieurs, et maintenant ils regrettaient l’ancien régime à l’unisson des membres du grand corps “. Par contre, les officiers démocrates, en face des nobles et de leurs nouveaux alliés, s’'appuyaïent sûr les clubistes. Les états-majors étaient donc composés de gens peu sûrs ou divisés d'opinions.
Parmi les officiers généraux, même spectacle. Tandis que le contreamiral Saint-Julien affichait en toute occasion son zèle révolutionnaire *, sez égaux de Martel et de Missiessy se faisaient emprisonner par les clubistes. Le contre-amiral Trogoff chef de l’escadre, noble d’origine et néanmoins patronné par la Société populaire de Brest, aurait peut-être pu rapprocher ses subordonnés; mais c’était un caractère froid, énigmatique, il n’avait la direction de nos forces navales que par intérim à la suite de l’appel à Paris de son supérieur Truguet et de ses anciens Latouche et Landais; sans lettres de commandement, il n'avait reçu ni instructions ni lettres de Monge, ne possédait donc malgré ses services passés aucune autorité pour contenir les passions et les rancunes, et harcelait le nouveau ministre , Dalbarade, de ses demandes de rappel. A terre, le
1. Causse, capitaine du 8 février 1793, Feraud, capitaine de février 1793. Puissant signale que les deux officiers les plus acharnés à pousser Toulon dans la révolte étaient « Raccord et Feraud deux pilotes devenus par la révolution capitaines de vaisseau » (Précis de la conduite de Puissant, ordonnateur de la marine à Fawios pendant les événements de 1793, sur lequel nous reviendrons).
2. Compte rendu par Dalbarade sur la nomination des-officiers ta dan les vaisseaux de l’escadre de Toulon, en exécution d’un décret du 23 juillet. Arch. nat. Dxur n° 4. Gavoty, lieutenant de deuxième classe sur la liste de 1791. Raccord, souslieutenant de vaisseau, nommé lieutenant de troisième classe sur la liste de 1791. Sur Pasquier, voy. Cottin, p. 73. Il devint capitaine de pavillon de Trogoff.