Guérin, p. 322-323, note
3. Voy. Lebret d’Imbert, Précis historique sur les événements de Toulon, p. 21; Pons, op. cit., p. 8; Gauthier de Brécy, p. 77; l'Histoire de l’armée départementale des Boüches-du-Rhône, déjà citée, dit que Le Comité des sections invita Trogoff à aller à bord de La Perle faire signal de ralliement à tous les vaisseaux et qu'il accepta (p. 129). La relation anonyme du 3 septembre est très aflirmative : Guérin lui refuse toute créance, car, dit-il, elle se trompe sur un autre point en affirmant que Cazotte voulait se défendre; or, elle attribue cette intention à l'équipage et non à Cazotte. La lettre de Régat, déjà citée, porte «la peur s’empara de partie des équipages qui $e jetèrent à l’eau pour déserter, M. Trogoff profita de ce moment pour aller arborer le drapeau amiral sur une frégate qui était restée dans les bons principes ». Henry (t. IL, p. 63), M. Cottin (p. 128) aussi l’assurent.
4. Nous n'avons pas retrouvé l'original de cette lettre mentionnée au rapport de Jeanbon. M. Cottin en cite in extenso une du 7? septembre (op. cût., p. 185). Mais il y en a évidemment une première antérieurement car Jeanbon n’aurait pu connaitre le 9 septembre celle du 7. Voy. Chevalier, p. 75, son jugement sur Trogoff qui p#ait exact et modéré. Un ouvrage intitulé : La grande trahison des Todléneats Étude historique sur les événements de 1793. Paris, Duc, 1894, in-8&, par M. E. Sambue, raconte un fait qui semblerait montrer que Trogoff ne passait pas pour un traître aux yeux des républicains toulonnais : quelques individus auraient formé le projet d’enlever les vaisseaux anglais dégarnis de marins dans la nuit du 12 au 13 septembre,
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Mais les trois chefs de la marine ne sont pas seuls coupables. Saint-Julien l’est aussi, non qu’il faille, à la manière de Puissant, tout rejeter sur lui : il avait assumé, avec le commandement, la tâche de sauver l’escadre, la tâche était difficile, nous l’accordons; il suffit de constater qu'il s’y déroba, qu’il amena son pavillon quand celui de Trogoff reparut pour appeler l'ennemi, et qu’il prit la fuite. Il ne mérile donc point la légende d’héroïsme dont le gratifièrent les premiers rapports sur l’événement ‘. D'autres encore sont responsables jusqu’à un certain point : Dalbarade, qui a laissé Trogoff à Toulon en dépit de l'amiral lui-même ?, et qui a nommé des capitaines contre-révolutionnaires ; avant lui, Monge, qui a nommé Trogoff et Puissant, qui a promu également des officiers de civisme douteux, et à côté de Dalbarade et Monge, tous les partis au même degré, car tous depuis 1789 ont détruit dans le corps de la marine toute homo: généité, développé l’indiscipline, l’égoïsme et la jalousie déjà endémiques, troublé les consciences, obscurci la notion du devoir. L’ar: mée navale de Toulon était désorganisée moralement autant que matériellement; il n’y subsistait plus ni abnégation des inférieurs, ni patriotisme des supérieurs, ni concert des volontés, ni énergie, ni idées nettes : à la voir s’immobiliser en rade et s’y anémier sur l’ordre d’un chef impénétrable, puis, abandonnée par lui délibérer, disputer et s’agiter à l'approche de l'ennemi au lieu de combattre, à considérer ces officiers qui n’osent agir d'eux-mêmes, qui refusent d'assumer: avec le commandement les résolutions viriles, on se prend à songer à des catastrophes moins lointaines, plus terribles encore, et non réparées. Ê
La nouvelle de l'entrée des Anglais dans Toulon fut un coup de foudre pour Paris et pour la Convention déjà épouvantés des progrès des coalisés à la frontière du Nord-Est, de la révolte de la Vendée, de l'insurrection de Lyon. Nous avons déjà dit que le Comité de Salut public sur qui, naturellement, retombait toute responsabilité, faillit être renversé. Il le prévoyait bien : le 2 septembre, aux questions de Billaud Varenne, son adversaire du moment, sur les
et demandé dans ce but des canots à Trogoff, mais le complot aurait échoué (p. 47); seulement l’auteur ne cite pas ses sources.
1. Voy. Rapport de Jeanbon, et Ja suite du récit, sur les illusions des montagnards à son sujet. Voy. Brun (t. Il, p. 224), Rouvier qui lui concède de bonnes intentions et ajoute qu'il manqua d’héroïsme (pp. 95-97). Henry nie que Saint-Julien ait été adonné au vin et considère que c’eût été folie de tenter la résistance (t. IL, pp. 284-285). La lettre de Régat porte que si Saint-Julien avait tiré sur les forts il les aurait réduits aisément, aurait ensuite pu canonner la ville et que « les Anglais au lieu d’entrer, auraient attendu de savoir à quel parti le succès aurait resté ». Chevalier, qui pense qu'il fut fort au-dessous du rôle qu’il avait pris (p.77), M. Cottin (p. 130), le jugent exactement. Adet, dans son rapport de Marseille, 28 septembre, raconta au ministre comment Saint-Julien avait fui de crainte d'être pris par les Toulonnais, et était allé sé rendre à Hood; celui-ci l’envoya à l’amiral eSPAGNROL Langara, il mourut peu après.
2: Barras, dans sa lettre du 1° frimaire an II au Comité de Salut public, charge avec raison Dalbarade sur ce point (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIN, p. 617)..
premiers bruits du désastre, il répondit en niant tout ‘. Deux jours après, Jeanbon fut obligé, au nom du Comité, d’avouer la réalité des faits, il lut ce qu’il savait, ce que disaient les dépêches des Repré- . sentants du peuple à Marseille ?. L’émoi provoqué fut, avec la cherté des vivres et l'insolence des royalistes parisiens, une des causes de l’envahissement de la Convention le 5 septembre par la foule, et. dans cette journée le Comité de Salut public fut à deux doigts
de sa chute. Le 6, le Comité fut encore attaqué à propos de la trahi-
son de Toulon ; défendu par Danton, il apaisa les colères de l’Assem-
blée en leur donnant libre cours dans un manifeste adressé aux. Français des départements méridionaux, manifeste rédigé par Barère,
et qui, en termes superbes, flétrissait la trahison et ses auteurs *.
Le 7 septembre, Barère et Jeanbon firent décréter d’arrestation le général Brunet commandant l’armée d'Italie et le conventionnel Antiboul, suspects de complicité avec les Toulonnais “. Le 9, Jeanbon lut à la Convention un long rapport sur la trahison de Toulon ÿ.
Chargé de la marine dans le Comité, très au courant des péripéties du soulèvement fédéraliste, il était tout désigné pour ce rapport. I conclut à la mise hors la loi de Trogoff, Chaussegros et Puissant, à la mention honorable de la conduite de Saint-Julien. Quelques instants avant que lecture du rapport fut faite à la Convention, une section de Paris était venue réclamer l’arrestalion du ministre de la
1. Le 22 août, Robespierre jeune et Ricord lui avaient écrit que Toulon allait se livrer aux Anglais (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 67). Le-31, Barère à la Convention faisait lecture d’une lettre des Représentants du peuple à Marseille, donnait des détails et annonçait que Trogoff dirigeait à Toulon la contrerévolution (Moniteur, t. XVII, p. 540). Les questions de Billaud, le 2 septembre, étaient motivées par les bruits que répandait un certain Soulès, arrivé du Midi; Soulès soutint ses dires à la barre de la Convention, Barère le chicana sur les détails et nia les faits (Moniteur, t. XVII, pp. 552, 556). M. Cottin semble dire que le Comité communiqua de lui-même l’événement à la Convention le 2 septembre (op. cit., p. 138), on voit que c'est inexact. Il cite (ibid.) une lettre de Dalbarade à Puissant et Chaussegros démontrant que le ministre croyait encore, le 3 septembre, à leur loyalisme.