‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 405 sur 889 · SON RAPPORT SUR LA TRAHISON DE TOULON · texte numérisé non relu

SON RAPPORT SUR LA TRAHISON DE TOULON

- voulu, le 9, couvrir, coûte que coûte, Dalbarade attaqué derechef,

. Dalbarade dont la défaite l’eût une fois de plus exposé lui-même. En

outre Jeanbon assure que l'arrêté rappelant Trogoff, Chaussegros et

Puissant ne fut pas obéi de ces derniers, alors que ce fut le Comité

de Salut public lui-même qui en ajourna l'exécution : : probablement,

- Saint-André aura voulu dissimuler les tergiversations de ses col-

lègues à ce propos, pour éviter de donner prise aux adversaires du. Comité. Ce sont là les seules erreurs de faits que nous relevions

dans son rapport !.

Restent les jugements qu'il es sur ces faits. Pour lui les fédéralistes sont coupables de tout : alliés aux royalistes ils ont voulu livrer Toulon, et, dès la première heure, les trois chefs de la marine se sont associés à ce complot ?. Or, il est bien certain que les Montagnards comme les Girondins étaient coupables des divisions qui faisaient le malheur de la patrie. On peut croire que si le mouvement fût resté girondin Toulon n'aurait pas été livré à l'Anglais, et nous pensons que Chaussegros, Trogoff et Puissant, s'ils ont participé à la trahison, ce qui n’est pas absolument évident pour le second et est douteux pour le troisième, n’y songeaient pas le moins du monde quelques jours avant qu’elle fût consommée. Ils ont été entraînés par les événements beaucoup plus loin qu’ils n'auraient voulu. Mais Jeanbon, Montagnard déterminé, rejetait tout naturellement sur les seuls fédéralistes la responsabilité de l'insurrection départementale ; appréciant la révolution de Toulon par sa dernière phase, il ne séparait pas les Girondins des royalistes et croyait à une trahison concertée dès le début; d'autre part, Dalbarade et le Comité de Salut public avaient eu trop longtemps confiance dans les trois commandants de la marine de Toulon : maintenant, interprétant leur correspondance si étrange à l’aide des derniers événements, ils y voyaient tous les indices d’une intrigue savamment perfide.

Jeanbon, dans son rapport, chargeait le général Brunet, commandant l'armée d'Italie; deux jours avant il avait fait décréter d’arrestation le Représentant Antiboul. Mais Brunet était suspendu: depuis le 6 août par Barras et Fréron, dénoncé depuis le 16 août par Robespierre jeune et Ricord. Requis du fond de leur prison par Baille et Beauvaïs de se porter de Nice et Villefranche sur Toulon, le général n’en avait rien fait, et cette abstention devenait fort suspecte si op la rapprochait d’une lettre de Puissant à Dalbarade du 20 juillet, lettre assurant que le général Brunet était incapable de quitter son

1. « L'arrêté de votre Comité et Les ordres du ministre sont demeurés sans exécution ; on n'a pas même pris la peine d’en accuser la réception. » (Rapport, p. 14). 11 semble bien, par le contexte, que Jeanbon vise là l’arrêté du 29 Jr et non celui dn 19 août.

2. Notons que les Marseillais révoltés croyaient de leur côté à des relations de Robespierre, Marat, Danton avec la Vendée (Arch. nat., Dxru, n° 4, interrogatoire d’Antiboul), et que Jeanbon a appris et mentionné à la fin de son rapport (p. 95), la présence à Toulon, parmi les insurgés, d’un des meneurs du massacre de Montauban en 1790, M. de Villeneuve capitaine au régiment de Languedoc. :

poste devant l'ennemi pour combattre des frères ‘. Brunet avait de même refusé de détacher des troupes pour renforcer Carlteaux mal-

gré les réquisilions de Barras et Fréron, et ce refus avait été exploité

par Fréron déjà très mal disposé pour ‘Jui 2, Peut-être était-il réellement favorable aux révoltés, peut-être voulait: -il simplement ménager

Marseille et Toulon, comme l'avaient fait les chefs de la marine, dans

l'intérêt de ses approvisionnements et communications, ou craignaitil de se dégarnir devant l'ennemi et de lui céder du terrain à la “fron:

tière des Alpes pour se reporter sur Toulon. Sa conduite méritait

certainement un examen, des maladresses achevèrent de le perdre et il mourra sur l’échafaud révolutionnaire sans qu’on puisse prononcer sur son innocence *. Pour Antiboul le cas est plus clair : envoyé avec Bô en Corse, arrêté le 17 juin à Aix par les fédéralistes et conduit à Marseille, non seulement il s'était laissé imposer un interrogatoire le 24 juin par les commissaires des trente-deux sections 4e Marseille, abaissant ainsi devant eux la représentation nationale, mais dans les réponses qu’il leur avait failes il avait condamné le 31 mai, le 2 juin, et déclaré approuver toute insurrection

départementale, voire même individuelle, contre la Convention; son:

interrogatoire transmis au Comité de Salut public jee pleinement le réquisitoire de Saint-André“. Ù En somme, ni dans l'exposé des faits, ni dans leur appréciation

1. Lettres de Barras et Fréron au Comité de Salut publie, Nice, 5 août, de Robes-

pierre jeune et Ricord, 16 août au même, de Barras et Fréron, du 29, au même (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, p. 484; t. VI, pp. 18 et 182). Voy. Rapport Jeanbon, p. 53, l’assertion de Puissant, et dans Brun, t. IT, p. 215, la mention de la réquisition de Baille et Beauvais.

2. Krebs et Moris, Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution, t. I,

1792-1793. Paris, 1891, in-&, p. 299, note.

3. Krebs et Moris, p. 299; Brun, t. I, p.215; M. Cottin (p. 46) est du même avis. Brunet, destitué le 10 septembre (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 401), condamné le 14 novembre (24 brumaire), exécuté le lendemain. Brunet Gaspard-Jean-Baptiste, né à Valensoles (Basses-Alpes), entré au service le 8 mars 1749 dans l'artillerie, le 9 novembre 1755 lieutenant, capitaine puis aide-major en 1759 dans le régiment Lorraine-Infanterie, major en 1778 au régiment provincial d’Auxonne, lieutenant-colonel en 1779, maréchal de camp, puis retraité en 1791, remis en service dans le même grade en 1792, lieutenant général le 3 mars 1793 (Arch. administratives. Guerre.)

4. Antiboul, né à Saint-Tropez en 1752, homme de loi, membre de l’administration départementale du Var, député du Var à la Convention (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IV, p. 382, note). Envoyé avec BÔ en Corse par décret du 30 mai, délivré à Marseille le 24 août. (Compte rendu de dépenses de BÔô. Bibl. nat., Le? n° 145.) Son interrogatoire est Arch. nat., DxLur, n° 4, avec la mention « renvoyé au Comité de Salut public ce 2 juillet 1793. Ch. Delacroix ». Guillotiné le 31 octobre 1793. Le rapport de Jeanbon demande aussi la traduction au tribunal révolutionnaire des nunicipaux et du maitre de poste de Pignans; ceux-ci, on se le rappelle, avaient essayé de saisir Barras et Fréron. Il sollicite encore l’Assemblée de décréter mention honorable de la conduite du général Lapoype; ce dernier avait empêché la capture des deux Représentants, il était par ailleurs parfaitement incapable (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIL, p. 460), mais C’est uniquement sa fidélité et sa bravoure à Pignans que Jeanbon proposait de récompenser.

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