CONSÉQUENCES DE LA TRAHISON DE TOULON
le rapport de Jeanbon ne mérite les sévères critiques dont il a été l'objet ; dans ses grandes lignes il est exact.
Nous n'avons pas à raconter le siège de Toulon par l’armée con< ventionnelle aux ordres de Dugommier, la prise de la ville rebelle le 29 frimaire an II (19 décembre 1793), l'incendie par les Anglais des magasins et des vaisseaux qu'ils ne purent emmener. Il sufira d'indiquer ici les conséquences de la trahison.
Jeanbon en avouait une partie dans son rapport. L'Anglais, disaitil, va régner sur la Méditerranée et usurper le riche commerce du Levant !. Effectivement, le gros de nos forces navales dans cette mer livré à l'ennemi, les divisions qui étaient délachées au loin anéanties par les Anglais ou bloquées dans les ports neutres, la France coupée définitivement de la Corse où triomphe l'insurrection de Paoli, la Toscane accédant à la coalition, l’arrivée des blés et bois de construction du Levant et des pays barbaresques rendue très difficile, notre littoral insulté faute de frégates stationnaires, les convois et le cabotage nécessaires à l'approvisionnement des armées d'Italie et des Pyrénées Orientales devenus impossibles, voilà les résultats immédiats ?.
D’autres suites de l'événement apparurent peu à peu dont notre marine de l'Océan, elle-même, subit les effets désastreux. On avait dégarni les magasins de Brest et diminué les effectifs de la flotte du Ponant au profit de Toulon et de l’escadre du Levant: il n’en revint presque rien à Brest * au moment précis où la victoire des Anglais dans la Méditerranée nous contraignait à reporter la guerre sur l'Océan. Le personnel des escadres fut plus désorganisé que jamais. Chez les marins l’insubordination et la défiance furent portées à l'extrême, au moindre incident le mot-de trahison fut dans leur bouche *. Des matelots et ofliciers s'étaient échappés de Toulon, d’autres