‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 409 sur 889 · Moniteur, t. XVII, pp · texte numérisé non relu

Moniteur, t. XVII, pp

7: Procès-verbal, t. XX, p. 267. Arrêté du Comité de Salut publie du 12 septembre relatif à son application (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 445). Déjà, le 3 août, le Comité de Salut public avait pris un arrêté dans ce sens (Aulard, ibid., t. V, p. 461).

de Révolution saura, dans cette circonstance comme dans toutes les. autres, faire tourner les désastres au profit de la liberté. Nos ennemis

sont loin de connaître nos ressources, les ports de l'Océan vous restent, et vous pouvez encore intimider les Anglais ». Mais pour

accélérer les travaux de la marine, toutes les propriétés particulières

doivent être subordonnées aux besoins de la République; « il est

indispensable de mettre en réquisition tout ce qui se trouve en ce

moment dans les mains du commerce qui pourra contribuer à la défense commune »; d’ailleurs l'intérêt des négociants est de ruiner l'Angleterre, notre rivale sur les marchés. « Français! qui que vous soyez, réunissez-vous tous, abjurez vos erreurs, courez à l'ennemi commun, apportez sur l'autel de la patrie l’offrande qu’elle vous demande. » Une indemnité sera accordée au négociant qui cédera sa propriété à la nation, celui qui refusera d'ouvrir $es magasins pour les besoins de notre flotte sera traité en accapareur. Et Jeanbon proposa un décret réquisitionnant « tous les objets propres à la construction, armement et équipement des vaisseaux et frégales », obligeant quiconque posséderait du matériel naval à le déclarer sous quinze jours, la marine en réserverait pour son usage les quantités dont elle aurait besoin et l'estimation aurait lieu de

gré à gré ou à dire d'experts. Venait à la suite l'énumération, « à

laquelle il ne manquait rien ‘ », de tous les matériaux auxquels s’appliquerait le décret : bois, chanvres, cordages, métaux, goudron

et brai, toile à voiles, etc. La Convention adopta le décret, vota 100 millions pour les achats. Le décret du 29 septembre, qui soumik

au maximum toutes les matières utiles à la marine, compléla celui

du 20.

Quant au recrutement du personnel nécessaire, le 21, Jeanbon fit mettre la gendarmerie et les municipalités à la disposition des officiers des classes ou de l’administration des ouvriers classés pour rechercher les réfractaires; les municipalités furent rendues respon:sables des levées de matelots et d'ouvriers, tenues de solder les frais des recherches; des punitions furent établies contre les matelots et ouvriers qui se déroberaient ou se refuseraient à partir. Les ouvriers non classés, les jeunes gens de la première réquisition destinés aux armées purent être appelés au service de la marine s'ils y consentaient. L'article 9 du décret du 29 septembre, en édictant des pénalités contre tous les ouvriers ou fabricants qui se refuseraient sans motifs légitimes à leurs travaux ordinaires, alteignit les ouvriers des classes déserteurs. |

Le 21 septembre aussi, Barère fit voter par la Convention un « Acte de navigation ». C'était une mesure à la fois de circonstance et de principe : les révolutionnaires voulaient s’assurer les moyens

1. Brun, t. II, p. 255, note. Le rapport est Moniteur, t. XVII, p. 709. Cf. Barère, le 14 nivôse, à propos de la marine de Toulon à relever : « les premiers besoins sont ceux de la patrie; la liberté est une créancière privilégiée et générale » (Moniteur, t. XIX, p. 120).

-de tenir tête à la marine mililaire de l'Angleterre, de ruiner sa marire marchande et son commerce au profit de la France. D'autre part, hériliers des préventions des économistes français contre la puissance qui accaparait le commerce de l'univers, désireux d'assurer la liberté des mers et des échanges au nom des droits naturels des nations comme d’affranchir le continent, ils opposaient à l'acte de navigation des Anglais une mesure équivalente qu'adopteraient bientôt, ils l'espéraient du moins, toutes les nations européennes, et qui obligerait l'Angleterre à révoquer l'acte de navigation de Cromwell {. Le décret du 21 septembre sera complété par un autre du 18 vendémiaire ?, et les mêmes idées qui l’ont inspiré, accentuées par treize ans d'hostilités, amplifiées dans un esprit aux conceptions colossales, aboutiront au blocus continental de Napoléon. Antérieurement au rapport de Barère, ces idées avaient été discutées en réunion des trois Comités de Marine, de Commerce et de Salut public, puis à la

. Convention le 3 et le 19 juillet *, et Jeanbon les avait résumées au cours de son rapport de la veille, le 20 septembre, dans un cri de

colère contre la concurrence du commerce anglais, dans le vœu passionné de voir ce commerce réduit un jour à la banqueroute.

Jeanbon proposa au dispositif du décret de Barère des articles additionnels : la réunion à l'administration des douanes, des archives et de la balance du commerce ainsi que du commerce d'outre-mer jusqu'alors rattachés au ministère de l’intérieur, l'attribution aux affaires étrangères et à la justice des consulats jusqu'alors dans la dépendance de la marine, Comme Ramel Nogaret s’opposait à la première de ces motions, émeltait l’avis que l’administration des douanes devait être supprimée, Barère combattit « ce système prétendu philanthropique qui n’aboutirait qu’à favoriser le commerce anglais au préjudice du nôtre » : dans sept ou huit ans, lorsque notre industrie, nos manufactures seraient capables de supporter la concurrence, on pourrait examiner l'opportunité de la suppression des douanes. En face de Ramel, on le voit, Jeanbon et Barère montraient dans cette discussion l'esprit pratique de l’homme d'Etat qui apporte aux principes tous les tempéraments commandés par l'intérêt national.

Non content de ces différentes mesures, le Comité de Salut public ajouta de nouvelles dispositions à toutes les décisions tendant à développer les travaux. Ainsi qu'avant le décret de 1791, sur rapport de Jeanbon, le 12 septembre, les arsenaux et les mouvements des ports furent soustraits à la surveillance de l’ordonnateur et mis sous la direction du chef militaire, le commandant des armes,

1. Procés-verbat, t. XXI, p. 135, Moniteur, t. X VII, pp. 718, 726. Le 18, Jeanbon avait fait décréter que les citoyens employés à la fabrication des armes ne pourraient, sous aucun prétexte, être détournés de leurs travaux (ibid., p. 692).

2. Il proscrit du sol de la France toutes marchandises fabriquées ou manufacturées dans les pays soumis au gouvernement britannique (Procès-verbal, t. XXII, p. 196).

8. Moniteur, t. XVII, pp. 44, 263; Procès-verbal, t. XV, p. %,t. XVI, p. 363.

plus compétent ‘. Le 27 septembre, sur rapport de Saint-André, les. ingénieurs furent déclarés indépendants de l'administration civile, l'ingénieur en chef dans chaque port fut admis à correspondre directement avec le ministre, et à recevoir et exécuter ses ordres sans au cun intermédiaire, Pour combattre dans la marine l'esprit de corps qui y était invétéré et que le Comité de Salut public réprimait à la même époque dans l’armée de terre, pour diminuer aussi la situation de l'ordonnateur dont Puissant paraissait avoir abusé, pour assurer une relraile honorable aux marins devenus impropres au service actif, ce même décret du 27 déclara que les ingénieurs d'une part, les administrateurs de la marine d'autre part, cesseraient de faire corps; il supprima la dénomination d'administration de la marine et les titres des fonctionnaires de cette administration, le nom de bureaux, les titres d'employés, sous-chefs, chefs des bureaux sufliraient; il supprima dans l'uniforme des administrateurs tout insigne militaire, remplaça l’ordonnateur par un principal chef, prescrivit de recruter les employés de préférence parmi les marins blessés au service de la République et possédant les capacités nécessaires ?.

Enfin, Jeanbon, en demandant à la Convention la destitution de la municipalité du Havre, établit cette règle que la trahison de Toulon rendait la sévérité nécessaire et qu’il n'était point besoin d’actes politiques ni de preuves matérielles pour frapper les administrateurs d’une place frontière *. Le Comilé envoya en Bretagne deux agents, l’un que nous avons déjà cité, l’autre que nous retrouverons bientôt, Guermeur et Hérault pour rechercher les députés girondins fugitifs, suspects de menées perfides aux abords de nos ports de l'Océan #. D'autre part, le Comité s’évertua, dans tous les ports, à susciter un mouvement d’indignation contre les Toulonnais pour réveiller le patriotisme ÿ.

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