SON RÔLE EXACT
Pour l'exécution, les ministres sont réduits au détail et à l’administration, besogne d’ailleurs immense. Ministres et Représentants en mission se résignent à obéir au Comité de Salut public : les premiers, fréquemment attaqués par les administrations locales et les clubs, ou inculpés dans la Convention pour des mesures mal interprétées ne vivent que par la protection du Comité de Salut public; les Représentants sont, en septembre 1793, abandonnés définitivement par la Convention au contrôle du Comité pour tous les actes de leurs missions. À la vérité, dans les services où les questions à régler sont d’une nature telle que la section compétente du Comité de Salut public n’y
. peut suffire, la guerre et la marine par exemple, le ministre continue
à collaborer à travail égal avec le Comité de Salut public. Il ést plus qu’un commis. Mais en somme, à dater d’une période qui s'étend de juillet à septembre 17953, si les Comités chargés par la Convention de
lui préparer le travail législatif continuent à fonctionner, si bien des
conventionnels présentent directement à l’Assemblée des projets de lois, on peut dire que le Comité de Salut public a une grande part de l'iniliative en matière de législation, on peut dire aussi qu'il se réserve l’exécution au-dessus des ministres, des Représentants du peuple en mission et des administrations locales. Il est de ce fait le véritable détenteur du pouvoir.
Les membres du Comité se sont distribué le travail. Le Comité de
- Salut public se divise en sections, composées chacune d’un ou de
plusieurs de ses membres et de bureaux. Après le départ de Thuriot en 1793, le Comité demeurant composé de Robespierre, Saint-Just et
. Couthon, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois et Barère, Carnot,
Prieur de la Côte d'Or, Prieur de la Marne, Robert Lindet et Jeanbon Saint-André, (nous ne citons que pour mémoire Hérault-Séchelles voué à une mort prochaine), les trois premiers se réservent l’instruction publique, la direction de l'esprit public, la législation et la police générale, on les nomme les « gens de la haute main »;, Billaud, Collot et Barère ont la correspondance générale, les mesures révolutionnaires et ils sont appelés les « révolutionnaires » ; les autres sont les spécialistes, « les gens d'examen », Carnot dirige la guerre, Prieur de la Côte d’Or les manufactures d'armes et de munitions, les hôpitaux, Lindet a les subsistances, les transports, l'habillement, et Jeanbon la marine, Prieur de la Marne aux rares moments où il est présent travaille avec Lindet. Barère est en outre chargé des affaires extérieures, pure sinécure en ce temps de guerre avec toute l’Europe, et véritable Maître Jacques du Comité il aide ou supplée en cas
toutes les armées de la République. Comme elle est purement réglementaire il l’a ordonnée par un arrêté ». Voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, passim, et dans les chapitres suivants les arrêtés de portée générale pris par le Comité de Salut public à la demande de Saint-André. Cf. Cambon, le 11 thermidor, parlant de la place prise par le Comité de Salut publie dans le gouvernement : « insensiblement tous les comités de la Convention doivent se trouver sans occupation ou sé trouver en Concurrence avec le Comité de Salut public » (Moniteur, t. XXI, p. 362),
d'absence ses différents collègues !. Cette répartition dés affaires à traiter ne correspond pas exactement à celle qui existe dans le Conseil exécutif entre les différents ministères, et chaque ministre est aux ordres de plusieurs sections du Comité de Salut public.
Mais, dans le Comité de Salut public, au-dessus des membres de chaque section, il y a tout le Comité. Le Comité de Salut public est toujours tout entier responsable de l’action gouvernementale : il n’y. a pas responsabilité individuelle de tel ou tel de ses membres selon les cas, mais responsabilité collective. Le décret d'institution du Comité le spécifiait déjà, car il exigeait pour tous les arrêtés les deux tiers des signatures des membres présents. Le Comité de Salut public ne s’est pas constamment ‘conformé à la lettre de ce décret, mais il en respecte l'esprit : quand on l’interpelle sur ses décisions, il les déclare prises à l'unanimité; si l’un des membres du Comité se prépare à risquer une entreprise très grave, ses collègues lui rap- . pellent qu’ils sont solidaires de ses actes et supporleront comme lui les conséquences d’un échec ?.
Et, de fait, le Comité ne s’en émet} pas du travail de chaque section aux membres de cette section, la spécialisation établie dans la pratique n’a rien d’absolu. D’abord, aucun de ceux qui font partie du . Comité de Salut public ne s’enferme dans sa section, il est chargé de rapports en dehors de sa compétence : pendant un temps, tous, suivant un roulement, ont été délégués à la correspondance *; le Comité en désigne deux, plus tard un seul, pour à tour de rôle recevoir les pétitionnaires *. Sur le domaine de chacun peuvent intervenir les autres et ils ne s’en font pas faule : Robespierre, par exemple, essaie de lire les cartes et de faire des plans de campagne comme Carnot; la section de correspondance générale, celle de l'esprit public et de la police générale touchent à tout; enfin, tous les membres du Comité délibèrent en commun sur les grandes mesures à prendre.
En somme dans le Comité de Salut publie, « nul ne fait œuvre distincie et personnelle * », et en cela ses membres diffèrent grandement des ministres, agents à compétence spécifiée et à responsabilité personnelle.
1. Barère, Mémoires, t. II, p. 105. Compte rendu à ses commettants en floréal an IT (ibid., p. 347). Cambon à la Convention le 11 thermidor an Il (Moniteur, t. XXI, p. 362). Discours de Carnot à la Convention le 3 germinal an III (cbid., t. XXIV, p. 50). H. Carnot, Mémoires sur Carnot, témoignage de Prieur de la Côte-d'Or, t. [, pp. 341-347. Aulard, Etudes sur la Révolution, 1re série, pp. 195-196.
2. Discours de Saint-Just au 9 thermidor (Buchez et Roux, t. XX XIV, p. 19). Séance de la Convention du 12 vendémiaire an III, témoignages de Barère, Carnot, C.-A. Prieur (Moniteur, t. XXII, pp. 138-142); séance du 25 septembre 1793, déjà citée, où tout le Comité de Salut public prend la responsabilité des mesures contre les généraux. Voy. plus loin la lettre du Comité de Salut public à Jeanbon au moment où celui-ci part en croisière en floréal an II, et H. Carnot, déjà cité, t. I, p. 360.
3. Voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IV, p. 185; t. VI, p. 539, etc.
4. Arrêtés du 21 et du 23 FÉPORREE 1793. Aulard, t. VI, p. 588, t. VII, p. 15.