SOLIDARITÉ PARMI SES MEMBRES K AL
«un bon enfant ! », dit-il. Et Barère nous paraît, en effet, un de ces
bons garçons si nombreux dans le Midi, camarades à l'humeur
joviale, prompts à la poignée de main et aux paroles chaleureuses
qui donnent un lemps l'illusion de l’amitié et du dévouement : dans
les longues séances du Comité, entre ses collègues obsédés de soup- Gons et d’inquiétudes, Barère d’un mol enjoué prévenait les heurts,
d'une saillie il faisait oublier un instant les préoccupations, « ramenait le sourire sur les lèvres ? ». Ces qualités aimables auront séduit. Jeanbon. |
Mais Barère est une exception dans le Comité, les heures d’expansion y sont rares. Chacun reste sur son quant à soi, non seulement par caraclère, mais par la fatalité même de la situation ; à leur insu, la terreur qu'ils font peser sur la Convention et sur le pays, pèse sur eux-mêmes : chacun se sent responsable de ses actes à l'égard de la collectivité, est bien persuadé que toute défaillance de sa part l’exposerait à être sacrifié par les autres. :
Au reste, cet état de choses ne nuit pas à l’entente commune. Une estime réciproque de leurs capacités, le sentiment des dangers par-tagés, l'amour du pays unissent les membres du Comité, et « quand nuit et jour on travaille pour la patrie, il ne reste plus de temps pour. intriguer * ». Tous, sauf peut-être Barëre, ont la conviction qu’ils sont destinés à sauver la France et que son triomphe leur permettra de réaliser les principes démocratiques dont ils sont enthousiastes #. Tous s’attellent à cette tâche du même dévouement, du même désintéressement. Cette autre idée les rapproche aussi qu’ils vivent l’histoire, qu'ils seront grands devant la postérité.
De telles pensées décuplent leur énergie. Unis et rivaux, leur foi patriotique et républicaine s’exalte au-delà de toute expression. Coiffé du bonnet rouge, en carmagnole de laine et sabots, Jeanbon dans son bureau travaille sans répit : a-t-il faim et soif, il mange à la hâte un morceau de pain, boit un verre de mauvaise bière, se remet à la besogne ; il n’en sort que pour aller à la Convention ou aux Jacobins. À la séance de nuit du Comité, ses collègues et lui délibèrent jusqu’à deux et trois heures du matin. Parfois, épuisés, ils perdent le fil de la discussion; Barère, doué
1. H. Carnot, t. I, p. 510. Cf. du même, préface aux Mémoires de Barëère, Lacre-" telle jeune, Précis historique de la Révolution française, Paris, 6 v. in-8, 1801-1806, : t. I, p. 151, et Michelet qui dit de Barère, « un charmant faiseur, improvisateur du Midi » (Revolution., t. VIIT, p. 53). :
2. Témoignage de Prieur de la Côte-d'Or dans H. Carnot, Mémoires sur Carnot, dre-édition, t. 1, p.345. 5
3. Prieur de la Côte-d'Or à la Convention, le 12 vendémiaire an INT (Moniteur, t. XXII, p. 142). Cf. H. Carnot, « ces dictateurs n’ont entre eux d'autre lien que la pensée commune de sauver la patrie » (t. I, p. 356), et Billaud-Varenne dans la Nouvelle Minerve, t. 1, pp. 355-356, 10 vol. in-8, 1835-1837, Paris.