‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 423 sur 889 · JEANBON ÉLOIGNÉ DU COMITÉ PAR UNE MISSION À BREST · texte numérisé non relu

JEANBON ÉLOIGNÉ DU COMITÉ PAR UNE MISSION À BREST

Mais la désorganisation antérieure de nos forces navales continue à produire sés effets. Après la trahison en août de la flotte de la Méditerranée, le Comité de Salut public apprend maintenant l’insurrection de la flotte’ de l'Océan stationnée dans la baie de Quiberon sous les ordres de l’amiral Morard de Galles. Cette nouvelle le décide : à envoyer à Brest et Lorient, où se trouvent déjà Bréard et Tréhouart, Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne. Un arrêté est rédigé dans ce sens le 22 septembre. Jeanbon va donc abandonner on l'exercice du pouvoir central pour des pouvoirs ocaux

Comme Dalbarade et le Comité de Salut public avaient été ses collaborateurs à la marine, en son absence Dalbarade prendra la plus grosse part du travail, Barère fera l'intérim de la section de marine et tout le Comité continuera à discuter en commun les questions essentielles de ce service ‘; les avis de Jeanbon garderont d’ailleurs un certain crédit auprès de ses collègues. Mais la portée de ses conseils sera affaiblie par l'éloignement, limitée par les bornes et les lenteurs d’une correspondance, d'autre part, Barère et le Comité n’ont pas une compétence suffisante; Dalbarade et les bureaux ministériels ne peuvent suflire à la lâche, leur autorité sur les Représentants du peuple en mission et les administrations locales est insuffisante. L'action révolutionnaire du pouvoir central sur la marine va donc perdre de son énergie, et, pour les plans d’opérations, chacun au Comité de Salut public suivra son idée sans que Jeanbon puisse faire prévaloir l'avis du ministre ou le sien propre.

Jeanbon envoyé en mission à Brest voudra concentrer dans ce port toutes nos forces navales de l'Océan, conformément au plan du 24 juin, et diriger de Brest le travail de tous les ports et arsenaux. Maïs les Représentants du peuple en mission dans les différents ports n'auront plus à lui obéir, car il abdique sa situation prépondérante à leur égard et il perd toute action sur eux en s’éloignant du Comité de Salut public. La Convention nationale, Jeanbon lui-même le dira un jour, « en envoyant des Représentants du peuple dans les ports, n’a pas entendu les subordonner les uns aux autres et augmenter le pouvoir de quelques-uns par la diminution de ceux de leurs collègues ? »; le Comité de Salut public même, jaloux de son autorité, n’acceptera pas qu’en dehors de lui et au loin, un de ses membres dirige souverainement toute la marine de l'Océan. Le départ de Jeanbon Saint-André en mission est donc tout à fait malencontreux.

A-l-il sollicité cette mission? Oui, d’après Barère qui, le 12 vendémiaire de l’an III, accusé dans la Convention d’avoir, de complicité avec Robespierre, éloigné Jeanbon et Prieur de la Marne, répondra que « Jeanbon s’élonnait {oujours qu’on l’eut fixé au Comité. Il :

LA

1. H. Carnot, t. I, p. 343, Barère, Mémoires, t. IL, p. 141, et voy. les chapitres sui-

vants.

2. Lettre du 27 vendémiaire an II, de Port de la Montagne au Comité Salut

public (BB? 62, fol. 260).

demandait sans cesse à aller à Brest et dans nos ports activer la marine » ‘. Peut-être Barère parlait-il pour lés besoins de sa cause; cependant il était nécessaire qu’un Représentant du peuple compétent, en communion d'idées avec le ministre de la marine et membre du Comité de Salut public allât sauver de l'anarchie la seule flotte qui nous restait et presser dans notre grand port mililaire de l'Océan la reconstitution de la marine: Carnot quittera lui aussi le Comilé de Salut public pour aller à la frontière du Nord conduire la campagne de Watignies. Mais l'éloignement de Jeanbon sera de longue durée, et si vraiment il a demandé à partir pour Brest, il ne prévoyait probablement pas que son absence énerverait l’action du pouvoir central sur la marine, et que sa présence dans un port déterminé l’empêcherait d'intervenir dans les autres. Il est malheureux qu'il n’ail pu laisser au Comité un collègue ayant ses connaissances et son autorité.

Jeanbon quitte donc le Comité de Salut public dans les premiers jours d’octobre 1793 ?. Il n’y reviendra qu’à deux reprises, en pluviôse de l’an II pour un mois, en messidor de l’an IT pour quelques jours. Ceci nous explique la rareté des renseignements donnés sur son passage au Comité par ses collègues et les contemporains.

Dans le temps même où il s'éloigne, la Convention, nous l'avons dit, décrète que le gouvernement sera révolutionnaire jusqu’à la paix, et ainsi elle ajourne le régime constitutionnel, proclame franchement la dictature terroriste *. Un décret du 4 octobre rendu sur rapport de Barère réquisitionne, à l'exception des caboteurs, tous les bâtiments de commerce. Ce décret complète celui du 22 juin sur lembargo en assurant à la marine de guerre le service de tous ouvriers et matelots; il met à la disposition du gouvernement tous les bâtiments de transport, si nécessaires au moment où l’on projette une descente en Angleterre ‘. Le 7 octobre, le Comité de marine présente à la Convention le plan d'épuration méthodique des étatsmajors dont Jeanbon l'avait fait charger par l’Assemblée. Le ministre

Page 1