SON RAPPORT SUR L’INSURRECTION DE L'ESCADRE
Convention nationale pût nous juger », et des exemplaires en furent adressés au gouvernement et à l’Assemblée, Il forme une brochure de 129 p. in-8, de l'imprimerie Malassis à Brest !. Jeanbon est revenu sur celte affaire dans le Æapport des Représentants envoyés à Brest qu’il a lu à la Convention le 12 pluviôse an II (31 janvier 1794); il y a fait allusion dans deux proclamations du 20 brumaire an Il (10 novembre 1793) aux marins et aux officiers de l’escadre, el nous signalerons plus loin les explications qu’il dut en donner quand ses opéralions à Brest furent attaquées en l’an IIT par la réaction thermidorienne.
Le rapport débute par rappeler que l'insurrection de l’escadre à Quiberon a suivi de près la trahison de Toulon. La France étant très puissante sur la Méditerranée et l'Océan, les Anglais se sont d’abord fait livrer Toulon. Restait à détruire nos forces de l'Océan. Nos ennemis se sont fait aider des conventionnels girondins du Finistère, Kervelegan notamment, et pour soutenir ceux-ci, les bourgeois fédéralistes maîtres dans la Société populaire et les administrations égarèrent la ville de Brest et l’escadre : « Les fédéralistes donnaient la main à l'aristocratie, et la même remarque qui a été faite par rapport à la flotte de Toulon s'applique à celle de l'Océan ». Il y avait sur l’escadre des officiers nobles ou originaires de l’ancien grand corps, « jusqu'à des hommes soupconnés d’émigration ou de complicité avec les rebelles de la Vendée. Insouciants et inactifs, ils faisaient le mal qu'ils n’empêchaient pas, et ne se mettaient pas en peine de gagner la confiance ». On doit ajouter « que de grandes fautes ont été commises de la part du gouvernement », et Jeanbon blâme, nous avons dit dans quels termes, la station de Quiberon assignée à la flotte : celle-ci est restée souvent oisive à l'ancre, la communication des marins avec la côte, interdite mais non empêchée par les chefs, a permis à des individus perfides d’égarer les matelots. « N’exigeons pas des hommes l'impossible », il est déjà « étonnant que leur conduite ait toujours été patriotique et que leur égarement même soit parti d’un principe pur d’altachement à la République ». Le premier fait retenu par Jeanbon c’est la dégradation des manœuvres du Northumberland dans la nuit du 6 août, et il signale aussi l’inutilité et l’inertie de la flotte dans les parages où elle tenait sa croisière, Il observe que « les équipages avaient peu de confiance dans leurs chefs », et que « les officiers en avaient peu à l'égard les uns des autres »; du reste, « deux partis étaient très prononcés dans les étals-majors de l’escadre ; ils n’attendaient qu'une occasion pour éclater. Il y avait d’ailleurs, dans le nombre des officiers, des intrigants avides de places et d'avancements.... » C'est «au ferment de toutes ces causes » qu’il faut attribuer la révolle. « Les
1. 129 p. in-8. Brest, Malassis. Voy. l’Introduction. Voy. aussi Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public. Brest, 2 brumaire (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, p. 590), Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 5. Pracèsverbal de la Convention : renvoi du rapport au Comité de Salut public, t. XXIV, p. 329. e
marins s'insurgeaient el ils n'étaient que les instruments des amours-propres particuliers qui agissaient sur eux à leur insu. »
Jeaubon énumère ensuite les incidents qui accrurent la méfiance. Le but de la croisière assignée à Landais fut révélé par Morard de Galles aux capitaines, « l’ordre d'établir leur croisière dans le parage désigné devait suflire et des instructions cachelées auraient appris en temps el lieu convenable aux vaisseaux quelle était leur destination ». La nouvelle du désastre de Toulon fut exploitée par «la malveillance », et l’on craignit une attaque de l'ennemi. Jeanbon place à ce moment la réception par Morard de Galles de l’ordre d'aller à la rencontre du convoi avec toute Pescadre, et il avance que l'insurrection commença par la Côte-d'Or.
Ge navire, arrivé tout récemment de Brest, apportait « l'esprit sectionnaire » de cette ville. La preuve en est, dit lé conventionnel, dans la proposition faite par Lelarge au cours du conseil tenu après l'insurrection, d'envoyer porter à Brest des nouvelles de l’escadre, et aussi dans la lettre que le capitaine d'armes Audi reçut de Brest et qui annonçait la destitution des autorités et des chefs de l’escadre. Cette lettre « n’était-elle pas un appel indirect et très insidieux fait par les fédéralistes de Brest aux marins de la République de venir à leur secours » ? La preuve en est aussi dans la lettre de Kervelegan du 16 août où il annonçait l'insurrection prochaine à Brest. Jeanbon montre alors la composition du personnel de Za Côted'Or, il attaque le capitaine Duplessis Grénedan auquel il reproche : d’avoir pris part à la révolte des paysans bretons du mois de mars, le lieutenant Guignace, l'enseigne Varroc, le sous-chef d’administration ‘de Verneuil ; il insiste sur le fanatisme des matelots provenant de Za Bretagne, sur le passé tout de civisme et de bravoure de Beaussard, et rapporte d’après ce dernier que Guignace et de Verneuil auraient témoigné « une joie indécente à l’ouïe de la nouvelle de la trahison de Toulon ». Il s'attache particulièrement à ce personnage de Beaussard. Il avoue que Beaussard « ne dissimule pas qu’il a désiré que la flotte rentrât à Brest; mais il donne pour motifs la crainte qu’on avait sur le sort du port et de l’escadre fondée sur ce que les chefs ne méritaient pas leur confiance, les principaux, dit-il, étant de cette castle qui avait, par des atroces perfidies, exposé la Patrie aux plus éminents dangers ». Jeanbon ajoute : « Tout porte à croire que Beaussard était un patriote énergique, mais il était trompé. L’acharnement même qu’on a mis à déposer contre lui justifie, sinon sa conduite, du moins son civisme.….. des officiers patriotes ont facilement ramené cet homme à la raison et aux principes » ; à ce moment, au contraire, on l’aigrit en donnant à /a Côted'Or le nom de La Ferme vaisseau livré naguère dans les Antilles aux Anglais par ses ofliciers nobles. Jeanbon rapporte aussi que, durant le conseil tenu par Tréhouart en rade de Belle-Isle, l'équipage de Za Côte-d'Or voulait partir sans attendre Landais et le capitaine qui élaient à ce moment à bord de l'amiral, mais que Beaussard ramena ses camarades aux principes de la discipline. « Beaussard a-t-il été un