‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 443 sur 889 · VONT ET · texte numérisé non relu

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une justification. C’est la défense de Morard de Galles, personnage évidemment en situation d’être bien informé, caractère loyal !. C’est en la rapprochant de tous les autres documents que nous avons tenté l'historique de l'insurrection de l’escadre, c’est elle surtout qui permet de faire la critique du rapport de Saint-André. :

Incontestablement il y a dans l’œuvre de Jeanbon des erreurs matérielles. Ce sont d’abord des erreurs de dates : le Représentant dit que l’arrêté du Comité de Salut public, quiordonnait à l'amiral d’aller au convoi hollandais avec toute la flotte parvint à l’escadre avant l'insurrection, cet arrété est du 14 septembre et il y a confusion avec l'arrêté du Comité du 4, de même le rapport date faussement la lettre recue de Brest par le capitaine d'armes Audi?. Il est inexact que la floite ait passé la plus grande partie de son temps à l’ancre. Il est également faux que l’insurrection ait commencé par la Côte-d'Or, il semble peu probable que Guignace et de Verneuil aient souri à la nouvelle de la trahison de Toulon, Boissauveur et Élie Martret n’ont pas donné, en apprenant cette catastrophe, l’un un bal à Quiberon, l’autre une fête à bord, et il est fort douteux que Beaussard ait contenu ses camarades le 21 septembre *.

Jeanbon a, d'autre part, des appréciations erronées. Il exagère nos forces et nos ressources sur l'Océan durant la période antérieure à l’affaire de Quiberon ‘. Il y a peut-être eu complot royaliste pour exploiter le mécontentement des officiers et équipages, comme semblerait l'indiquer la présence de Duplessis-Grénedan et Verneuil ; mais rien ne prouve dans les lettres de Kervelegan et la déposition de Belval qu’il y ait eu complot girondin pour soulever l’escadre, et encore moins pour livrer Brest aux Anglais : l'insurrection de l’escadre date du 13 septembre, les espérances d’un soulèvement manifestées par Kervelegan sont du 16 août, et le 21 elles avaient si bien disparu qu’une partie des Girondins s’'embarquait pour Bordeaux, tandis que les autres se cachaient. D'ailleurs, la trahison, l'entente avec les Anglais étaient dans les habitudes des royalistes non des Girondins. Jeanbon avait simplement le droit de regretter que les meneurs du soulèvement fédéraliste du Finistère n’eussent pas laissé

1. Morard de Galles, ex-vice-amiral et ci-devant commandant l’armée navale de la République à la Convention nationale, Brest, 19 frimaire an LIT (BB#, 20, fol. 1-12). Précis de la conduite de Justin Bonaventure Morard de Galles pendant la campagne qu’il à faite depuis le 19 inui 1793 jusqu'au 26 octobre de la méme année qu’il a commande l’armée navale de la République en qualité de vice-amiral, Brest, 1° brumaire an III, mémoire adressé au Comité de Salut public et où il répond au rapport de Jeanbon, article par article (BB#, 20, fol. 41-55).

2. Rapport Jeanbon, pièces justit., p. 73, cette fausse date pour la lettre Audi est donnée par Beaussard (ibid). Emond, capitaine au 109 d'infanterie, a été pris par Jeanbon pour le commandant du vaisseau /’Augusle (BB, 20, fol. 201, rapport Marec).

3. Jeanbon ne mentionne pas la résistance qu'opposa Beaussard à l’officier chargé de l’arréter dans la nuit du 29 au 30 septembre (BB#, 20, fol. 50 recto).

4. I dit qu'après la prise de Toulon la marine de l'Océan « conservait sa supériorité » sur les Anglais. C’est là sans doute procédé de rhétorique et goût de l’antithèse :'il veut montrer la marine de l'Océan puissante avant l'insurrection, et annulée après.

la marine à l'écart, et d’afi rmer qu'il y avait eu répercussion fatale de l’agitation provoquée par les partisans de la Gironde sur lagitation déjà endémique dans l’escadre. Marec en niant, ie 13 ventôse an Ill, l'influence perturbatrice des intrigues girondines sur l’escadre !, s’est tout autant écarté de la vérité que Jeanbon en exagérant celte influence. Tout au plus Jeanbon pouvait-il ajouter que si les fédéralistes eussent triomphé à Brest et sur la flotte, leur victoire aurait été certainement confisquée, comme à Toulon, par les royalistes et l'étranger. Sous l'effet de ces préventions, Jeanbon a. prêté à la proposition du contre-amiral Lelarge d'envoyer porter des nouvelles de la flotte à Brest, et à la divulgation par le capitaine d'armes Audi, d'informations reçues de Brest, un caractère de malveillance que rien ne justifie. Il a vu aussi de la perfidie dans la substitution au nom de /a Côte-d'Or du nom de la Ferme pour le vaisseau de Duplessis-Grénedan, c'est douteux et cette substitution même est peu problable ?. Il considère comme une manœuvre scélérate l’'embarquement sur a Côte-d'Or des mutins de /a Bretagne, l'hypothèse est peu vraisemblable. Quelles que fussent les intentions patriotiques de Beaussard, son attitude le 14 et le 21 septembre est révoltante, et du reste la recommandation que lui fit le Représentant de se teuir désormais tranquille fut en pure perte, il fallut finalement renvoyer cet énergumène dans ses foyers ?. Morard de Galles n’a pas provoqué une délibération à son bord, il l’a acceptée, et quoi que dise Jeanbon il ne pouvait sans doute faire autrement. Enfin, les accusations de Landais ne tiennent pas debout “. Il y avait donc lieu de délivrer de toute prévention Bonnefous, Daugier, Guignace, de Verneuil, Boissauveur, et de réserver un peu de la sévérité déployée contre eux pour Beaussard. Jeanbon a aussi usé à l'égard de Coëtnempren d’une dénonciation dont il ne donne pas l’auteur, en sorte qu'on pourrait presque accuser le Représentant d’avoir recueilli des délations anonymes *.

1. Marec ne s'explique pas catégoriquement, il insiste sur ce fait qu’il n’y a pas eu complot pour livrer Brest comme Toulon à l’ennemïi, mais du texte de son rapport résulte l'impression que les menées girondines n’ont eu aucune action sur l’escadre.

8. Sur le vaisseau La Ferme et la trahison de son chef le chevalier de Rivière, voy. Guérin, pp. 286-230. Lelarge avait protesté à la Convention de son indignation contre le crime des Toulonnais et de son entière obéissance « aux lois et à nos clefs quien sont les organes » (Procès-verbal; t. XXI, p. 269).

3. [1 y a, dansla dénonciation de Beaussard, des mensonges évidents, entre autres celui-ci : qu'on aurait tardé trois jours pour assembler le conseil promis par Morard de Galles (Rapport Jeanbon, pièces justif., p. 73). La dénonciation des citoyens de la commune de Brest contre Jeanbon en l’an III lui reprochera d’avoir «absous » Beaussard; Jeanbon dans sa Reponse déclare : « nous le regardâmes comme un fou, nous crûmes qu’il était suffisamment puni par la détention qu’il avait subie, et nous lui enjoignimes de quitter Brest pour retourner dans sa commune. Ce n'est pas là ce qu’on appelle une absolution ». La défense est insuffisante.

4. Voy. Rapport Jeanbon, pièces justif., pp. 98-102. Son seoméntition n'est pas acceptée même des révolutionnaires de l’escadre (BB#, 20, fol. 201-203). Daugier, le 13 nivôse an III, prouvera qu’elle est fausse (BB#, 20, fol. 58-76), Bouvet et Villaret l’appuyeront (Dxv n° 3, Arch. nat.).

5. Voy. Rapport Jeanbon, pièces justif., p. 97, la dénonciation contre Costaemipren.

Tout ceci est grave, mais s'explique aisément. Une bonne partie des erreurs signalées dans le rapport ont pour origine le témoignage de Landaïs ou de Beaussard, et quoique le conventionnel int compte de l’affaiblissement intellectuel de l’un et de l’exaltation forcenée de

l’autre, comme tous deux étaient des démocrates fervents en butte à la haine des nobles et des fédéralistes, il a prêté l'oreille, quoiqu'il en ‘eût, à leurs propos. Il a cru, d'autre part, à un complot girondin, parce que son esprit systématique et prévenu contre les fédéralistes était hanté par le précédent de Toulon. Qu'il y eût complot, Morard de Galles le pense lui aussi ‘. A qui Jeanbon l’aurait-il attribué, sinon aux Girondins ? Sur ce point, le conventionnel a reconnu plus tard son erreur. Accusé en l'an III par les citoyens de Brest d’avoir fabriqué de loutes pièces cette prétendue conspiration, il a répondu : « Toulon venait d’être livré aux Anglais par les royalistes assemblés en sections... et un événement qui présentait au premier aspect le même caractère était-il surprenant que nous crussions devoir l’attribuer à la même cause ? Je me plais à rendre justice aux sentiments de ceux de mes collègues dont la correspondance est citée dans le rapport; mais cette justice que je leur rends aujourd’hui, m'élait-il donc si facile de la leur rendre alors ?? » La bonne foi du Représentant, qui ressortirait au besoin de cette confession, est, du reste, hors de doute : n’a-{-il pas inséré aux pièces justificatives de son rapport, et sans en suspecter la sincérité, la protestation des Brestois contre la trahison de Toulon * ?

Il faut dire maintenant qu’il y a dans ce rapport autre chose que des erreurs. Sur bien des points Jeanbon, dégagé de ses préventions, a trouvé la vérité et scruté plus profondément les faits que Bréard et Tréhouart, Il est très exact que les officiers nobles avaient pour la plupart une attitude fâcheuse, nous en avons donné des preuves, et Kerguelen, noble lui-même et mal disposé certainement pour Jean-

Dans sa Réponse à la dénonciation des citoyens de Brest, Jeanbon dit : « bien loin d’avoir provoqué des dénonciations, je les ai souvent repoussées et j'ai éconduit les dénonciateurs ». Il oublie son attitude dans cette circonstance. Daugier, né en 1764 à Courthezon (Vaucluse), entré dans la marine en 1782, lieutenant du 28 novembre 1789, lieutenant de 3-classe sur la liste de 1791, réintégré en 1795 comme capitaine de

vaisseau, combattra dans les armées napoléoniennes, contre-amiral à la 1re Restauration, retraité comme vice-amiral en 1831, mort en 1834 (Gloires maritimes, Élat de la marine de 1790. Liste de 1791).

1. Morard de Galles au ministre le 22 septembre : « Nous ne pouvons pas nous dissimuler qu'il existe dans les vaisseaux dés traîtres soudoyés par nos ennemis » (Rapport Jeanbon, pièces justificatives, p. 68).

2. Réponse à la dénonciation des citoyens de lu commune de Brest. Celle-ci, en date du 11 floréal an III, dit : « Nous l'accusons d’avoir à dessein et dans des vues perfides, transformé ên grande conspiration quelques mouvements insurrectionnels causés par le dénuement d'objets de première nécessité et par les manœuvres de quelques intrigants » (voy. ch. xxx). Cf. l’arrêté de Jeanbon du 3 brumaire an Il (AFu 294) : « Toulon fut livré aux Anglais par les sections, et les sections étaient en pleine activité à Brest, et elles étaient le levier des contre-révolutionnaires partout où ils espéraient d'avoir quelques succès ».

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