CONCLUSIONS DU RAPPORT
tribunal militaire révolutionnaire à Brest, proposé par Bréard el Tréhouard et accepté par Prieur. Jeanbon considérait, nous le vérifierons plus loin, que l'institution de cette juridiction dépassait les pouvoirs des Représentants du peuple, qu’elle était inopportune et qu'un tel tribunal ne présenterait pas assez de garanties : « il faut ici une forme particulière, affirma-t-il, et peut-être est-ce à la Convention nationale à la prescrire ‘ ». On attendit la décision de l’Assemblée.
Ges derniers détails achèvent d'éclairer la conduite de Saint- André dans toute cette affaire. Son rapport n’est pas une œuvre de mensonge et de haine. Il a cherché la vérité consciencieusement, il Va exprimée telle qu’il croyait l'avoir trouvée, même alors qu'elle pouvait déplaire au gouvernement, et dans ses appréciations il y a une part indiscutable de vérité ?, Cependant l’ensemble du rapport est contestable, il a été rédigé sur des documents inspirés ‘par l’esprit de parti, et que Jeanbon a interprétés avec un certain esprit de parti. En réalité, comme la catastrophe de Toulon, les événements de Quiberon et de Belle-lsle, loin d’être le fait exclusif du parti girondin, nous semblent la conséquence fatale de la marche de la Révolution, chaque faction a une part égale dans la responsabilité de ces faits déplorables, non seulement les royalistes et les nobles, les fédéralistes et les bourgeois, mais les Montagnards et le peuple des escadres et des ports dont la Montagne avait flatté les appétits, cultivé les soupçons et les haines, encouragé linsubordination. Ceci, pas plus que dans son rapport sur Toulon, Jeanbon ne pouvait l’avouer. Il ne s’en rendait même pas compte. Son esprit était trop prévenu en faveur de la démocratie et de ses défenseurs.
Disons plus, l'intérêt de l’État, la règle du Salut public chère au gouvernement montagnard ne permettait pas à Jeanbon de distribuer équitablement le blâme. C’est par le contlit du royalisme et du fédéralisme avec la Montagne, des nobles et des bourgeois avec le peuple, que l’escadre et la marine du port de Brest avaient été désorganisées : reconnaître les fautes de la Montagne et du peuple, c’eut été rendre des forces à leurs ennemis. Dans l’état des choses, le seul moyen d'empêcher la prolongation de la querelle et de l'anarchie qui s’ensuivait, c'était d'achever la victoire de la Montagne et de la-démocratie puisque à elles appartenait le gouvernement, puisqu'elles avaient assumé la tâche de conduire les affaires et de vaincre l'étranger. Le salut du pays était alors au prix de l'unité, l'unité n’était réalisable que par l'oppression des dissidents
1. Réponse à la dénonciation des citoyens.de la commune de Brest ; Rapport Jeanbon. Voy. ch. xv, xvI et xvil.
2. Nous différons donc complètement d'avis avec M. Cottin qui ne voit dans cette affaire d’autres coupables que des officiers et sous-officiers avides de popularité et d'avancement. À côté des Crevel, Baron, Beaussard, il y a un Duplessis Grenedan, un Verneuil, et déclarer « sans fondement » les attaques de Saint-André contre les marins impliqués dans l'affaire de Quiberon c'est être trop catégorique (voy. Cottin, Toulon et les Anglais en 1793, pp. 33, 35).
politiques. Théorie féconde en couséqueuces injustes et cruelles, théorie de circonstance qu’avaient déjà mise en pratique Richelieu et Louis XIV, que retournaient contre les partisans de l'Ancien régime les hommes de la Terreur, que la justice immanente devait retourner bientôt contre eux-mêmes et qui était cependant commandée par la nécessité.
Il n’est pas certain que cette théorie ait dicté à Jeanbon son rapport, mais, consciemment ou non il s’en est inspiré dans les conclusions qui le terminent. Ces conclusions, notre conventionnel les avait déjà formulées dans l'exposé de la trahison de Toulon, mais trop tard pour les appliquer dans les ports et sur l’escadre dela Méditer-
ranée. Il les reprend ici pour la flotte de l'Océan, et pour tout le per-
sonnel de nos forces navales indistinctement. Dans le paragraphe intitulé « Résultats généraux » de l’enquête, il déclare : « L’amalgame des ci-devant nobles, des officiers de l’ancienne marine avec les citoyens qui de la marine du commerce ont passé au service de la République nuit essentiellement au bien de la chose publique.
L'antique rivalité n’est pas détruite, elle existe encore dans toute sa |
force... La première mesure à prendre doit donc être lépurement de la marine, et la destitution pleine, complète, absolue, de tous les ci-devant nobles qui servent sur l’escadre pour être remplacés par des officiers qui joignent à la bravoure et à la capacité l'amour de la Patrie etide l'Égalité ».
D'autre part, les divisions de la marine avaient été exploitées par les aristocrates et fédéralistes de Brest, du Finistère et des autres départements bretons. Il n’était plus possible, dit Jeanbon à la Société populaire de Brest, de méconnaître quel parli dans la Convention nationale voulait la liberté et la République une et indivisible ; « sans un noyau de patriotes formant la Montagne » la République était perdue, et pourtant « à Brest on déclamait contre la Montagne ! ». On devait donc épurer Brest de tous les adversaires de la Montagne. Une fois les officiers nobles et girondins chassés de la marine, les bourgeois girondins chassés des administrations et de la Société populaire, il ne resterait que le peuple, c’est-à-dire le matelot qui « fait partie du peuple » ? et les ouvriers ainsi que la classe populaire. Ge peuple, il suffirait de l’instruire de ses devoirs par une forte éducation civique et de le discipliner pour er obtenir tous les
1. Considérants de l’arrêté des Représentants du 3 brumaire, ordonnant la dissolution du club de Brest (AF1 294), dénonciation des citoyens de la commune de Brest contre Jeanbon, déjà citée. Cf. la lettre des Représentants au Comité de Salut publie, 23 vendémiaire, Brest : « District, municipalité, tribunal, tout est ou aété fédéraliste. Le peuple même a été trompé » (déjà cité). BB* 65 fol. 56, mémoire sur les fédéralistes du Finistère : d’après la loi «les dix-neuf vingtièmes de la population de ce département seraient frappés, il n’est peut-être pas une administration, pas un tribunal qui n'ait pris’une part plus ou moins active dans cette rébellion ». Voy. aussi le rapport de Cuny jeune du 6 brumaire : « En général, il y a très peu de patriotes à Brest, les “habitants sont presque tous modérés (Arch. des affaires étrangères, fonds : France, registre.332, n° 97).
8. Rapport Jeanbon, «il veut la liberté et l'égalité » ajoute Jeanbon,
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