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CONCLUSIONS DÜ RAPPORT 519
sacrifices, an choisirait dans son sein les plus capables, les plus inslruils pour remplacer les-oficiers et les administrateurs écartés. De la sorte, on aurait-un personnel parfaitement homogène. Ses divers éléments sur l’escadre, sur le port et dans Brest seraient animés d’un seul et même esprit, se soutiendraient et s'exalteraient mutuellement pour la défense de la République montagnarde et dela patrie, les querelles de parti ne les diviseraient plus, l'intrigue et l’or de l'étranger n'auraient plus prise sur eux, aucuue ambition particulière ne détournerait leur énergie et leur élan. Docile à la voix des Représentants du peuple cette foule leur donnerait tout son lemps, tout l'effort dont elle était susceptible, et travaillerait sous leur direclion à reconstituer la puissance navale de la République dans l'Océan.
Il fallait done épurer simultanément, d’une part l’escadre, l’admiuistration de la marine et l'arsenal, d'autre part la société populaire, les administrations et la population de Brest, et aussi former « l'esprit public» parmi les officiers, employés, matelots et ouvriers, parmi la classe populaire. Ainsi serait constituée une agglomération toute montagnarde et aux ordres du gouvernement montagnard dans un pays royaliste et fédéraliste, une citadelle révolutionnaire en territoire ennemi.
Ce plan élait celui de tous les hommes d’État de la Montagne. Les Représentants du peuple en ont tous plus ou moins tenté l’application dans les villes où ils se trouvaient en mission. Cependant, il n’a été formellement exposé par aucun d’eux. Saint-Just, dans son rapport du 10 octobre, s’est contenté de l'indiquer ‘. Il est probable que ce plan ne se dessinait pas dans leur esprit avec la précision que nous lui donnons ici, qu’ils voulaient simplement briser l’opposi-
1. Saint-Just : « IL est temps d'annoncer une vérité qui désormais ne doit plus sortir de la tête de ceux qui gouverneront : la République ne sera fondée que quand la volonté du souverain comprimera la minorité monarchique et régnera sur elle par droit de conquête » (Buchez et Roux, t. XXIX, p. 159). Robespierre a développé cette même pensée, mais dans des notes qui n’ont pas vu le jour de son vivant. « Il faut une volonté une. IT faut qu'elle soit républicaine ou royaliste. Pour qu’elle soit républicaine, il faut des ministres républicains, des papiers républicains, des députés républicains, un gouvernement républicain... les dangers intérieurs viennent des bourgeois, pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple... Il faut que le peuple s'allie à la Convention et que la Convention se serve du peuple... que les sans-culottes soient payés et restent dans les villes. IL faut leur procurer des armes, les colérer, les éclairer. Il faut exalter l'enthousiasme par tous les moyens possibles »; et plus loin, il veut la proseription des écrivains perfides et contre-révolutionnaires, la propagation des bons écrits, « la punition des traîtres et des conspirateurs, surtout des députés et des administrateurs coupables », des « subsistances et lois populaires » (Courtois, Papiers saisis chez Robespierre, Buchez et Roux, t. XXX, pp. 126-128). Nous verrons que cest tout le plan de Jeanbon. La parole que prête La Révellière- Lepaux à Jeanbon, à propos dé l'établissement du tribunal révolutionnaire (v. ch. Iv, p. 250) et qui sous la forme absurde et abominable qu'il lui donne n’a probablement jamais été prononcée, est l’exagération de cette même idée. Cf. Mallet du Pan « Les Républicains dans la guerre actuelle » ont voulu remettre « la souveraineté, le pouvoir, la force, les places et les trésors aux sans-culottes exclusivement » (CGonsidérations sur la nature de la Révolution de France, s. d. Londres, 65 p., in-8, p. 30), et tout cet ouvrage merveilleux de clairvoyance.
tion des adversaires de la démocralie et de la Montagne; ils n’en arrivaient pas moins pratiquement à sa réalisation. Jeanbon déclarait sans ambages dans son rapport vouloir appliquer ce système à la marine ; il n’annonçait pas aussi nettement, dans sa proclamation à la Société populaire, qu’il l’étendrait à la ville de Brest ‘, mais les faits se chargeront de préciser ses intentions. L'opération élait d’ailleurs conforme aux principes et aux tendances des Montagnards, autant qu'à leurs besoins, puisqu'elle devait assurer, et assurer despotiquement, l’avénement définitif de la démocratie, le triomphe de l'égalité, en même temps que l’affermissement de la Montagne et l'unité de vues et de sentiments nécessaire contre l'étranger.
A l'heure où les Représentants allaient aborder la réalisation de ce programme, un événement imprévu se produisit. Le 22 vendémiaire (13 octobre), mouillèrent en rade les vaisseaux /e Patriote et l'Entreprenant, de l’escadre de Brest, envoyés lors de l'expédition de Sardaigne à Toulon. Dégarnis de leur artillerie, ils étaient surchargés de matelots, soldats de marine et ofliciers Ponentais, renvoyés de Toulon par les Anglais le 16 septembre. Comme par le passé, le capitaine Boubennec commandait l'Entreprenant, le capitaine Bouvet, Le Patriote. Bouvet annonça que Trogoff avait expédié de conserve avec eux et sous sa direction l’Orion, commandé par son ancien chef Puren Keraudrin, Apollon, commandé par des lieutenants de vaisseau en place de Lebret d’Imbert, l’Orion à destination de Lorient, / Apollon à destination de Rochefort?. À l'appui de ces assertions, Bouvet montrait des instructions de Trogoff du 15 septembre où il était dit: « d’après le désarmement de l’armée navale qui est à Toulon, parmi laquelle il s’est trouvé plusieurs équipages des ports de Brest, Lorient el Rochefort que les amiravx anglais et espagnols ont cru devoir faire passer par mer à leurs ports respectifs, il a été
- 1. I n’y parle que de l’épuration de la société même; mais le 4 brumaire, il écrit au Comité de Salut public, à propos de l’épuration de la marine, « l'administration’ civile de la marine va avoir son tour ainsi que les autorités constituées. Nous rassemblons pour cela tous nos moyens, en attendant nous nous occupons de l’épurement de la Société populaire, car ici tout était gangrené. Tout avait besoin du scalpel du patriotisme » (AF11 294, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 14) etle 6 brumaire, Damour, « au nom d’un grand nombre de sans-culottes », en présentant aux Représentants la liste des douze membres qui formeront le noyau de la Société populaire régénérée, ajoute : « Vous nous aiderez à bâtir l'édifice jacobin que nous avons dessein d'entreprendre » (Du Châtellier, Révolution en Bretagne, t. HE, p. 110).
2. Bouvet au ministre, le 14 octobre (23 vendémiaire) (BB# 22, fol. 159); les Représentants à Brest au ministre, 14 octobre (BB? 38, fol. 392) et au Comité de Salut public (Registre IT de correspondance des Représentants ; Aulard, t. VII, p. 414);
Sané au ministre (BB? 23, fol. 21); Thévenard au ministre (BB? 22, fol. 375), Secq- .
ville, commandant d'armes de Lorient au ministre 25 vendémiaire (BB* 23, fol. 283).
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