‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 452 sur 889 · Procès-verbal, t. XXII, p · texte numérisé non relu

Procès-verbal, t. XXII, p

« Vive la nation et le Roi ». Les lettres adressées de Toulon à des marins de Rochefort et interceptées en juillet, exprimaient l'espoir que ce port suivrait l'exemple des Toulonnais. Les papiers anglais, des rapports de nos consuls annoncaient de prochaines tentatives des Anglais et des royalistes sur nos ports de l'Océan ‘. De l’étonnement, la réflexion faisait passer à la méfiance. D'ailleurs, la France étant tout entière une place assiégée, il.ne fallait pas en permettre inconsidérément l'accès ?.

Ce raisonnement élait si naturel que Boubennec le comprit, ne s’étonna point que l’on prit des précautions à l'égard de son équipage *, et qu’à Lorient, avant de recevoir aucune instruclion, le Conseil général de la commune mît l’Orion en surveillance. Les Représentants à Brest avaient des motifs tout particuliers d'inquiétudes : ils croyaient avoir découvert un complot dans la ville et l’escadre, l’arrivée des navires de Toulon pouvait bien s’y rattacher, des propos de marins de l’Entreprenant descendus à terre parurent suspects. N'y avait-il pas, à l'insu même de la majorité, parmi ces équipages, des individus venus pour livrer Brest aux Anglais? Pourquoi Bouvet avaitil laissé de suite ses hommes communiquer avec la terre ? Pourquoi avait-il dispersé ses quatre navires dans les trois ports de l'Océan ? Sans doute, c'était l'ordre de Trogoff, mais qui l’obligeait d’obéir à Trogoff, une fois loin de Toulon? Agir ainsi, c'était risquer d'apporter le désordre et la trahison dans les trois ports à la fois. Et dans ses explications, Bouvet inculpait Saint-Julien que Jeanbon, mal informé, considérait encore comme un héros ‘. Enfin, même si les officiers et les équinages revenus de Toulon n’avaient point d’intentions malveillantes, le délégué du Comité de Salut public à la marine songeait qu’en leur présence notre grand port et notre escadre de la Méditerranée avaient été livrés aux Anglais. Qu’avaient-ils fait pour empêcher ce malheur? Quelle avait été leur conduite dans cette crise? « Le plus mince officier est traduit par nos lois devant un tribunal militaire quand il a perdu la plus mauvaise barque de la République »,

1. Arch. nat., DxLu, n°4; AF1r 183 ; AF1r 294; BB3 39, fol. 46.

2. Déjà d’Ollioules, le 30 septembre, Gasparin et Saliceti, écrivant au Comité de Salut public, se méfient des marins qui s’échappent de Toulon pour rejoindre les républicains (AF11 44; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, p. 158). Sur les méfiances à l'égard de tout Français arrivant de l'étranger, voy. Aulard, t. VIT, p. 191; Arch. Marine, BB? 17, fol. 137; Le Carpentier, au Comité de Salut public, 6 germinal (AFu 177).

3. « À fa réflexion, je pensai que ces mesures de précaution étaient nécessaires d’après le malheureux événement de Toulon pour pouvoir connaître les traîtres à la patrie et déjouer les projets des malintentionnés s’il s’en trouvait dans le nombre des individus venus de Toulon » (Mémoire du citoyen Boubennec, capitaine de vaisseau, commandant ci-devant le vaisseau de la République, « l'Entreprenant », venant de Toulon, à tous mes concitoyens de Brest, frères et amis, déjà cité, 1794). M. Cottin trouve absurdes ces soupçons (op. cit., p: 230), on voit que les intéressés eux-mêmes

n'étaient pas de cet avis.

4. Lettres déjà citées des Représentants au ministre et au Comité de Salut public, autre des mêmes au Comité, 9 brumaire (30 octobre) (Registre II de correspondance des Représentants) Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 9.

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