ARRIVÉE DES VAISSEAUX RAPATRIÉS DR TOULON
disait le Représentant, et devant eux, sous leurs yeux, la France avait perdu « une flotte entière et sans tirer un coup de canon ! ». Une enquêle s ’imposait. *
La commission des Représentants fit donc remonter sur l’Entreprenant et le Patriote les marins qui en étaient descendus, consigna “également à bord les officiers et les deux capitaines, ordonna l’apposition des scellés sur tous les effets et papiers qu’ils avaient apportés. Les Représentants prescrivirent à Lorient et conseillèrent à Rochefort les mêmes mesures ?. Ils n'étaient poussés par aucun ressen: timent particulier ; Jeanbon ne s'élait pas opposé, le 1e août, à la proposition du ministre de nommer Bouvet pour remplacer Trogoff à la tête de l’escadre de la Méditerranée, et d’après un témoigage, non contemporain d’ailleurs, son premier mouvement fut tout de confiance et de joie à l' arrivée des deux vaisseaux *. Mais le
fait était vraiment trop déconcertant. La commission écrivait au Comité de Salut public que cet événement élait venu augmenter ses craintes : « vous sentez combien la prudence est ici nécessaire : d’un côlé, 6,000 matelots rentrés dans nos ports peuvent être infiniment utiles, mais si leurs intentions étaient mauvaises, combien ne pourraient-ils pas être dangereux “? »
Il eut fallu être au courant des péripéties du drame de Toulon pour agir autrement que ne le firent les conventionnels de Brest. Nous avons vu que les équipages ponentais n'avaient guère pu S'Opposer à l'entrée des Anglais, el que les sections de Toulon leur ayant promis de les laisser repartir par terre ou par mer afin d'éviler de leur part un accès de désespoir, cette offre avait été acceptée. Après la livraison de la ville aux Anglais, ni ceux-ci, ni les royalistes leurs complices, n'avaient songé à éluder cette promesse, pressés qu’ils étaient de se débarrasser à lapproche des troupes républicaines de plusieurs milliers d’adversaires énergiques et irréductibles. L’amiral Hood ne tarda à effectuer l’opération convenue que faute de bâtiments de transports; puis, sur les sollicitations du comité des sections, il fit le sacrifice de quatre des vaisseaux ponentais pour rapatrier équipages el officiers, il se contenta de dégarnir ces bâtiments de leur artillerie *. Peut-être le gouvernement de Pitt
1. Réponse de Jeanbon à la dénonciation des citoyens de la comnrune de Brest.
2. BB, 38, fol. 391, 393; Arch. commun. de Brest, arrêtés des 22 et 23 vendémiaire ; Mémoire de Boubennec. Tréhouart au Comité de Salut Public, Lorient, 4 brumaire (25 octobre), (AF11, 170, Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. VIIL, p. 13) et BB, 38, fol. 440-445. Levot cite une réponse du Comité de Salut publie aux Représentants à Brest, que nous n’avons pas trouvée ailleurs, en date du 29 vendémiaire, approuvant les mesures prises et disant : «le renvoi de ces deux vaisseaux n'avait pas été fait à bonne intention » (op. cit, p. 155).
3. Arrêté du 1# août, déjà cité, voy. ch. x1, p. 432. Sur la première impression de Saint-André, voy. Les Bouvet, Voyages et combats, Paris, 1867, in-8, anonyme, et Critique maritime. Les volontaires et les officiers auæiliaires (Rennes, 1842, in-8. Bibl. nat., Lh8, no 7). Levot conteste le fait, p. 154.