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ponentais revenus de celle ville, l’épuralion à laquelle la commission des Représentants venait d’être contrainte, la loi d'exclusion des nobles et l’arrestation des suspects sur tout le territoire, l’'indif-
férence ou la crainte des responsabilités qui détournaient beau-
coup d'officiers de rentrer au service, l'envoi aux colonies de divisoins ou de navires dont plusieurs ne devaient pas revenir ‘, avaient totalement dégarni les cadres. Les royalistes et les fédéralistes, les nobles et les bourgeois, une fois écartés, il ne restait dans les étatsmajors que les montagnards issus du peuple, et combien étaient ignorants, sans expérience ! Que pouvait Jeanbon contre cette situation qui datait des débuts de la Révolution, et depuis s'était aggravée sans cesse? Il fit de son mieux; il viola même la loi, pour les nominations comme pour l’épuration, en faveur de quelques nobles, et en l’an IIT il pourra se rendre ce témoignage : «tous ceux que j'ai crus capables, je les ai non seulement accueillis mais recherchés ? ». Assailli de sollicitations et de récriminations, obsédé par mille ambitions adroites ou éhontées, il eut de la peine et du mérite à commettre le moins possible d'erreurs. Ajoutons que les nominations furent expressément provisoires, le Représentant se réserva derevenir sur loctroi d’un grade si l'expérience devait lui démontrer qu’ils’était abusé.
Nous allons voir que ses choix n’ont pas été faits sans mélhode, et qu'en général il ne s’est pas trompé. Il a gardé comme viceamiral et commandant des armes à Brest le vieux Thévenard *. Il a nommé contre-amiral commandant l’escadre le capitaine de vaisseau Villaret-Joyeuse, contre-amiraux sous ses ordres, les capitaines Françcis-Joseph Bouvet, Martin, Van Stabel, Cornic et Nielly *. Nous
1. Voy. plus loin même chapitre, les bâtiments qui sont aux Etats-Unis. Il faut y ajouter ceux de l'Ile-de-France, notamment les frégates Atalante et Fidèle. Laissègues, qui va être envoyé aux iles du Vent et s y comporter de façon superbe n’était pas non plus disponible. Sur le recrutement, voy. Villaret à Dalbarade, 27 mars 1795 (7 germinal an HI) : « Tu n’ignores pas sans doute que les meilleurs marins des différentes places de commerce se tinrent retirés derrière le rideau dans le commencement
- de la Révolution et qu'il s’en présenta au contraire une foule qui, ne pouvant s’em-
ployer au commerce parce qu’ils n'avaient d’autre talent que le verbiage du patriotisme à la faveur duquel ils avaient séduit les sociétés populaires dont ils étaient membres, obtinrent les premiers emplois. Les capitaines expérimentés se sont constamment refusés depuis à prendre la mer, et, par un amour-propre inexcusablé, préfèrent encore aujourd'hui le service de la garde nationale à celui de la mer, où, disent-ils, ils seraient obligés de servir. sous des capitaines auxquels ils ont souvent refusé le commandement d’un quart ». Dans une autre, Villaret écrit : « Les sociétés populaires ont cru qu'il suffisait à un homme -d’avoir beaucoup navigué pour être marin si d’ailleurs il était patriote... sans songer que tel homme est souvent dans un navire comme un ballot. » Il ajoute que les pilotes de l’ancienne marine qui ont presque tous obtenu des places ne savent qu'estimer la route, faire le point «et pointer la carte d’une manière routinière ». Nous n’avons pu retrouver l'original de ces lettres, citées par Troude, Batailles navales de lu France, t. If, p. 367.
2. Réponse à la dénonciàtion des citoyens de la.commune de Brest.
3. Noter qu’il avait été dénoncé par Lucadou à Jeanbon. Il fut suppléé en brumaire, pendant une maladie, par le contre-amiral Le Dall Kéréon, que nous retrouverons.
.4. Villaret, nommé par arrêté du 1° brumaire, Cornic, par arrêté du 3 (d’après sa
notice à voir plus loin). Nous n’avons pas retrouvé les arrêtés nommant Cornic, Bou-
connaissons les grands mérites de Thévenard. Villaret-Joyeuse était un ci-devant : Louis-Thomas Villaret de Joyeuse, né à Auch en 1748, entré dans la marine à dix-sept ans, avait héroïquement pris part, sur terre il est vrai, à la défense de Pondichéry, ce qui lui avait valu, en 1780, le grade de capitaine de brüûlot; aux Indes, sous les ordres de Suffren, commandant la corvette a Naïade, il ne s'était rendu au vaisseau anglais le Sceptre qu'après une résistance dont Suffren le récompensa par la croix de Saint-Louis et le grade de lieutenant de vaisseau. L'organisation de 1791 en faisait uu capitaine, les habitants de Pondichéry] le chargeaient de les représenter à la Législative. Après une campagne déjà pénible à bord d’une frégate, il embarquait sur le vaisseau le Trajan au 1% février 1793, et commençait en -avril, à la tête d’une division, la croisière qui, continuée par l'escadre Morard de Galles, ne se termina qu’au 30 septembre : durant cette période, il s'imposait à un équipage peu docile par lautorité de sa personne et par la conscience avec laquelle il remplissait son devoir; il ne pérorait pas dans les clubs, affirmait son républicanisme sans vacarme, el cependant nul ne metlait ses opinions politiques en doute, ou ne lui reprochait ses origines; la facon dont il remplissait son service, lui méritait en rai la confiance du ministre, lui permettait d'écrire le 29 septembre à Dalbarade : « soit bonheur : soit adresse, jamais équipage ne fut meilleur que celui du Trajan. Le vice-amiral de Galles a constamment cité ce vaisseau pour sa précision dans toutes les évolutions ». De retour à Brest, il comptait trentesix mois de services consécutifs à la mer, était atteint du scorbut, demandait un séjour à terre pour se remettre ; mais, afin de ne pas demeurer inutile, il offrait de remplir un emploi dans le port de Lorient, après quoi, disait-il, il solliciterait de nouveau du service au large, dans l'Inde principalement L, Guérin prétend qu'il était « vul-
vet, Martin, Van Stabel et Nielly, ni la date de ces arrêtés. Un arrêté du Conseil exécutif du 26 brumaire ratifie les décisions des Représentants pour Villaret, Bouvet, Martin, Van Stabel, Cornic qui seront considérés comme promus au choix et devant prendre rang à partir du 26 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 455). Nielly dut être promu postérieurement au 6 brumaire, car à cette date il est nommé au commandement du vaisseau le Sans Pareil sans qu’il soit fait mention de sa promotion au grade de contre-amiral (AF11, 296).
1. BB3, 19, fol. 31, 36, 44, 69; dépêche de lui au club de Lorient, lue en séance du 8 octobre (Registre dés séances D3, n° 9, fol. 15 recto. Arch. commun. de Lorient); offrande patriotique et adresse des soldats de la garnison du Trajan (Convention, séance du 12 brumaire, Procès-verbal, t. X XIV, p. 269). Villaret de Joyeuse (Louis- Thomas, né à Auch le ‘29 mai 1748, entre dans la marine en 1765, enseigne de la Compagnie des Indes en 1768, lieutenant de frégate en 1778, capitaine de brüûlot le 22 août 1780, chevalier de Saint-Louis et lieutenant de vaisseau le 15 juillet 1782, capitaine le 1er janvier 1792, capitaine de 1r° classe le 5 février 1793. [1 sera nommé vice-amiral le 27 septembre 1794, commandant de la division navale pour Saint- Domingue le 14 décembre 1801, capitaine général de la Martinique et dépendances le 3 avril 1802, membre de la Légion d'honneur le 11 décembre 1803, grand officier de la Légion d'honneur le 14 juin 1804, grand cordon le 2 février 1805. Après la prise de la Martinique par les Anglais le 4 février 1809, revenu en France, il est nommé gouverneur de Venise le 29 août 1811, y meurt le 24 juillet 1812 (Arch. de la marine, dossier Villaret; la date de sa nomination comme lieutenant donnée d’après
halle. de nn cf A à D rés nt tn
gaire et inconnu », que ce furent là tous ses titres à la faveur de Saint- André !, on avouera qu'il en avait d’autres, et bien qu’il n'eût jamais dirigé d’ escadre, dans la pénurie où le gouvernement se trouvait il se recommandait comme un chef énergique et dévoué à son devoir. Peut-être, comme l'insinue Guérin qui a pu autrefois consulter le dossier de Villaret aux archives de la marine, le Représentant et le capi-
taine du 7rajan avaient-ils noué antérieurement des relations ?; mais
Jeanbon n’eût certainement pas, en pleine crise de méfiance contre les nobles, nommé commandant en chef un ci-devant, un capitaine de la flotte Morard de Galles, sans des raisons sérieuses de croire à son mérite. Villaret fut, il est vrai, recommandé à la commission des conventionnels par une lettre de quelques officiers montagnards de l’escadre, cette lettre était d'opinions très exalltées et deux de ses signataires, Lucadou, Le Francq, étaient de tristes personnages; observons, toutefois, que les motifs pour lesquels ils réclamaient Villaret lui font honneur, «la fermeté et les talents du citoyen Joyeuse le rendent digne de votre choix, disait la lettre, nous ne craindrons jamais un homme ferme, c’est ce qu’il faut pour commander une armée * ». Jeanbon écrivit au Comité de Salut public du nouveau contre-amiral : «il a le suffrage de tous les marins $Sans-culottes qui joignent l’iustruction au patriotisme ». Au reste, il le nomma provisoirement, déclara qu'il le jugerait à l’œuvre #.
Francois-Joseph Bouvet, officier roturier, né en 1753, passé du service de la Compagnie des Indes à celui de l’État en 1779, avait été enseigne sous les ordres de Suffren; lieutenant de 1786, capitaine d'avril 1793, il avait mainteuu l’ordre à sou bord durant l'insurrection de Quiberon, c'était un homme d’expérience, sérieux, modeste, excellent subordonné *. Pierre Martin, maître pilote durant la guerre
l'Etat de la marine de 1790, tandisque son dossier la met au 15 juillet 1784). D’après
les Gloires maritimes il avait servi d’abord aux gendarmes de la maison du roi,
était entré dans la marine à la suite d'un duel où il avait tué son adversaire. Il fut
sous le Directoire, én 1797, député du Morbihan aux Cinq-Cents et fructidorisé, il
échappa aux poursuites et, après le 18 brumaire, fut rappelé au service par Bonaparte. 1OprCit-"p:390:
2. P. 335. I n'y en a plus trace dans le dossier qui a été mis sous nos yeux.