‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 469 sur 889 · PO EE EN PEN TE · texte numérisé non relu

PO EE EN PEN TE

HUUNEAS :

én

gens honnêtes, capables et laborieux, stimulée d'ailleurs par Jean-

bon, elle secondera les conventionnels avec un zèle éclairé que les

thermidoriens même seront obligés de reconnaitre ‘. Enfin, Jeanbon et ses collègues s’appuyaient dans Brest, contre les malveillants, d’une garnison qu'ils renforcèrent des gardes nationaux à cheval du Finistère; elle était commandée par un ancien tambour-major, général improvisé, nommé Tribout, dont les aptitudes militaires étaient dérisoires, mais dont les opinions étaient montagnardes, et celles-ci étaient plus précieuses tant que sa mission se bornait aux mesures de sûrelé générale dans le périmètre de Brest ?.

Les conventionnels se restreignirent d'abord à l’épuration üe la Société populaire. Une fois régénérée, elle les renseignerait sur les changements à opérer dans les administrations diverses . Elle siégeait ordinairement rue de Siam, une des deux grandes artères de la ville, et tenait ses séances solennelles à la salle de spectacle *. A Brest, comme ailleurs, le club avait compté dans son sein depuis le commencement de la Révolution tous les personnages ambitieux et tous les convaincus, mais dans le faubourg de Recouvrance, situé au-delà du port et que ne joignaient pas encore à la ville un pont tournant et des ponts flottants, les ouvriers se réunissaient le soir dans une salle du quartier pour entendre la lecture des journaux, causer des

événements, etc., ils formaient ainsi ce qu’on appelait « la congré-

gation de Recouvrance ÿ ».

Jeanbon et Bréard espéraient qu’effrayée des premières arrestations opérées, la Société populaire excluerait spontanément de son sein tous les fédéralisites marquants. On y parla effectivement de

1. Sur elle, voy. Du Chatelliér, Brest et le Finistère sous la Terreur, p. 31 ; Levot, p. 99; sur son républicanisme, voy. Procès-verbal de la Convention, t: XX, p. 369, et I, 103 bis, fol. 3 recto. Arch. du Finistère; sur ses mérites, lettre d'A. Faure, 15 brumaire an III (AFn 174).

2. AF11 102, arrêté du 11 octobre, Guerre, armée des côtes de Brest. Jeanbon au Comité de Salut public, de Coutances, 28 brumaire (Guerre, armée des côtes de Cherbourg; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 534); Tribout, né en 1766, dans le département du Nord, soldat de 1783 à 1789, caporal dans la garde nationale soldée de Paris, tambour-major au 2e bataillon de la Seine-Inférieure en janvier 1791, élu lieutenant-colonel du bataillon, général de brigade, général de division du 30 septembre 1793, successeur à Brest du général Serre-Degras, chef de bataillon sous le Directoire, réformé en 1810, retraité en 1814, mort en 1834 (Arch. administratives de la Guerre; Levot, p. 106), épouse en 1793 la première chanteuse du théâtre de Brest au pied de l'arbre de la liberté (Du Chatellier, Révolution en Bretagne, t. III, p. 234, note 1).

3. Bréard au Comité de Salut public, 5 frimaire (BB3 38, fol. 457; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 702).

4. Nous n’avons rien retrouvé, à Brest et Quimper, des papiers du club, nous ne savons donc pas grand chose de lui. Voy. Du Chatellier, Brest et le Finistère, p. 93; AFu 102, arrêté de Jeanbon du 27 nivôse sur les séances publiques à la salle de spectacle; AFn 186, lettre de Philippe Barère, 27 brumaire, mentionnant dans le club un Comité des Douze, et un Rapport est fait au club le 25 prairial an II, au nom de son Comité d’Instruction publique (2948. Bibl. commun. Brest).

5. « Composée toute entière de ces hommes précieux qui par leur travail contribuent essentiellement à la gloire du port de Brest et au salut de la République » (Arrêté des Représentants du 1 brumaire AFn 268).

scrutin épuratoire, mais, dirent les Représentants dans une proclamation du 3 brumaire (24 octobre), « l’intrigue s’est encore agitée. On tient à une réputation de patriotisme qu’on ne mérite pas et l'on craint de se voir démasquer. Cependant tels sont les principes des Sociétés populaires qu’elles ne doivent souffrir aucun alliage impur. Ce n’est pas le nombre qui fait la force, mais la vérité, mais l'amour de la patrie. Devenues par la nature même de leur institution et par le vœu de la loi l’œil du gouvernement républicain, elles doivent répondre à cette sublime destination et n’admettre ou ne conserver que des hommes d’un caractère fortement prononcé et d’une franchise inaltérable. Si l’'épurement de la Société se fut fait d’après ces principes, nous aurions gardé le silence, ou nous ne l’aurions rompu que pour applaudir à la sagesse de vos mesures. Mais les ennemis des fédéralistes, les amis de la patrie, plusieurs de ceux qui ont été de bonne foi dans l'erreur et qui l’ont sincèrement abjurée, réclament notre intervention et nous la leur devons. Il faut que le patriotisme triomphe, que toutes les parties de la République se rattachent au centre du gouvernement, à cette Convention épurée par les mémorables journées des 31 mai et 2 juin. Ne pensez donc pas que nous usurpions vos droits quand nous les défendons.. vous débarrasser de vos fers ce n’est pas porter atteinte à votre liberté ». Suivait un arrêlé portant dissolution de la Société et constituant un noyau régénérateur, dont étaient Julien Jullien, Philippe, Roxlo, Tempié, Bellanger, etc. ‘. La classe populaire fournit l’appoint.

Avant même cette épuralion les Représentants du peuple avaient, à l’aide des Comilés de surveillance des sections, poursuivi la série d’arrestations commencée par Bréard et Tréhouart. L'assurance donnée par Guermeur qu'un convoi de Girondins s'était embarqué dans la nuit du 20 septembre en rade de Brest, eut pour résultat de faire incarcérer le Breton, Lebronsort, sur qui pesaient déjà d’autres soupçons et qui furent accusés d’avoir aidé à cette fuite, plus deux officiers de marine, Garraud et Bergevin, ce dernier de la famille citée plus haut ?. La lettre que Belval eut la faiblesse d'écrire aux Représentants, et où il s'accusait d’avoir collaboré à cette évasion des députés proscrits, détermina l'élargissement de Le Breton et Garraud, que remplacèrent dans les prisons Belval et un de ceux qui avaient aidé son entreprise. Un troisième échappa *. À la Convention même, les aveux de Belval faillirent perdre Blad et Gomaire, malgré

1. AFu 294 ; Registre I d’arrêtés des Représentants du peuple, Arch. commun. Brest, arrêté du 7? brumaire ; Damour aux Représentants du peuple, 6 brumaire (Du Chatellier, Révolution en Bretagne, t. I, p. 110).

2. Arrêtés du 23 vendémiaire, du 24, du 28 (AFn 102, Registre 1 d'arrêtés des Représentants du peuple ; Marine BB 8, fol. 249; Levot, p. 139, note 1). Jeanbon dira en l'an [LI : « presque toutes les détentions ont été faites pendant le séjour de Bréard à Brest, et le plus grand nombre avec les notes qu’il avait rassemblées avant mon arrivée » (Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest).

3. 30 vendémiaire, 10 brumaire (Registre I d’arrêtés des Représentants du peuple)

leurs dénégations pusillanimes !, Jeanbon et Bréard songèrent à demander tout au moins l’arrestation du premier, ils y renoncèrent cependant, ce dont Blad se montrera peu reconnaissant plus tard. Rideau, Siviniant, autres chefs des fédéralistes brestois, furent aussi incarcérés ?. Mais Jeanbon et ses collègues accueillirent favorablement des sollicitations appuyées par la commission de Landerneau, en faveur de trois des membres de l’ancienne administration départementale. Jeanbon demanda expressément au Comité de Salut public la grâce de Bernard, substitut du procureur de la commune de Brest, et trois des collègues de Bernard à la municipalité, mandés avec lui à Paris y restèrent sans êlre poursuivis, simplement en surveillance*. Les municipaux faisaient d’ailleurs amende honorable, s’efforçaient d'établir auprès de Jeanbon qu’ils n'avaient été au fédéralisme qu'après longue résistance, que leur erreur avait été de courte durée, qu’ils n'étaient pour rien dans l'évasion des députés proscrits *. Toutefois, l'indulgence des conventionnels n'allait pas jusqu’à les garder à l'Hôtel de Ville, et seule la multiplicité des affaires, la difficulté de trouver à la municipalité en exercice des successeurs résolumentmontagnards, déterminèrent provisoirementson maintien.

Une recrudescence des menées contre-révolutionnaires, le décret porté le 19 vendémiaire contre tous les sujets du roi de la Grande- Bretagne activèrent les arrestations . Un autre décret ordonna d’écarter les religieuses insermentées du service des hôpitaux ; après s’y être conformés pour les hôpitaux de la marine, les conventionnels trouvèrent sans doute un moyen de tourner la loi, car les sœurs de la congrégation des Filles de la Sagesse paraissent être revenues au chevet des malades quelque temps après f. Sur des dénonciations de forçats auxquelles Prieur et Bréard attachaient aveuglément créance, auxquelles Jeanbon lui-même prêta l’oreille quoi qu’il

1. Du Chatellier, Brest et le Finistère sous la Terreur, Levot, op. cit. p.295. C’est alors que Gomaire publie Suis-je assez puni? Ai-je mérité de l'être ? Paris, 1793, 2 p. in-8. Marec ne montre pas moins de timidité (Le Guillon-Penanros, p. 357). Gomaire, né en 1749, vicaire général à Quimper, député du Finistère à la Convention, l’un des 73, membre des Cinq-Cents, rentré dans la retraite en 1798 (Dicl. des Parlementaires).

2. 17 et 30 brumaire (AF1 102; Registre I d’arrêtés des Représentants du peuple).

3, Arrêté du 5 brumaire sur les administrateurs Descourbes, Postic, Derrien (Registre I d’arrêtés des Représentants); Jeanbon au Comité de Salut public, 22 brumaire, à propos de Bernard (BB? 38, fol. 432; Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. VII, p. 366). Voy. aussi Levot, p. 130. Sur les collègues de Bernard, voy. Moniteur de Brest et du Finistère,an IT, n° 5 (Recueil, n° 2948 ; Biblioth. commun. Brest). Autres mesures de clémence dans AFn 102. L'administration nouvelle du Finistère emploie comme chef de ses bureaux Julien Pruné; un des administrateurs

fédéralistes. : NE Er ; 4. Lettre qu’elle écrit aux Représentants, 14 brumaire (Délibérations du Conseil

jcipat, t. Il, p. 20).

un Comité de Salut public, 27 vendémiaire. Décret du 19 dans le Procès-verbal, t. XXII, p. 215, et arrêté des Représentants l’appliquant à Brest (AFu 102). Le 6. Dxvi, n° 1, Arch. nat. ; AF1 102, ibid ; le décret est du 3 octobre (Procès-verbal, t. XXII, p. 49). Un article que nous reverrons dans la France maritime, Les colons à Brest en 1794, signale la présence des religieuses en prairial an I.

en dise, on soupéonna un complot .fédéralisie parmi les agents du bagne et plusieurs furent emprisonnés. Dans les emplois des douanes s’élaient réfugiés beaucoup de nobles, effrayés de l’inquisition établie ils cherchaient maintenant à se placer sur l’escadre, ils furent mis pareillement en détention !.

Ces mesures ne suffisaient pas. Dans les rues étroites et obscures qui faisaient alors de Brest « une des villes les plus sales de la République », s’entassait une population de matelots, soldats de marine, el ouvriers, tous grossiers, bruyants, querelleurs, faciles à émouvoir et ameuter, que l’arrivée des recrues de tout genre, particulièrement des paysans royalistes arrachés à leurs terres par la première réquisition, grossissait constamment de, nouveaux éléments de désordres, et dont vivait une tourbe de cabaretiers et de filles. « Il n'est pas de jour et de nuit qu’il ne se commette quelque délil de différent genre », écrit un contemporain ?. Jeanbon et Bréard instituèrent la police la plus sévère et réussirent à mettre l’ordre dans ceile cohue, à tenir en bride les gens sans aveu qui sy mélaient *.

Un autre problème, plus grave encore, fut résolu : nourrir la population de la ville et du port sans préjudice de l’escadre. Les cultivateurs refusaient obstinément de vendre leur blé et leur bétail au prix du maximum ; ils organisaient la disette bien que le pays, du Morbihan à Morlaix, eût toujours été le grenier dela marine, et les pêcheurs les imilaient. Le peu de vivres laissé à découvert étaitenlevé à l'avance par l’armée des côtes de Brest. Les Représentants du peuple eurent des moments d’inexprimable angoisse : un jour de famine, et la foule agglomérée dans Brest, trop ignorante pour entendre raison, trop mêlée de malveillants pour prendre patience, se

1. AFr 102. Protestation d’un des agents du bagne Neubourg, 30 pluviôse (Biblioth. du port Brest); Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 2 brumaire. Bréard au Comité de Salut publie, 30 brumaire (BB* 38, fol. 453; Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. VIII, p. 583); Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 20; Adresse des citoyens dé Brest, du 17 brumaire an [I (Biblioth. du port, Brest). Accusé par la dénonciation des citoyens de Brest en l’an IT d’avoir accueilli les dépositions des forçats, Jeanbon le nie et rejette le fait sur Prieur, « à qui même, dit-il, j'avais représenté combien peu l’on devait s’en rapporter aux témoignages de ces êtres avilis » Réponse à la dénonciation des ciloyens de la commune de Brest.

. &. Cambry, Voyage dans le Finistère ou état de ce département en 1794 et 1795, déjà cité, t. II, p. 129. Lettre de René Dayot (Arch. nat., Dxzu n° 6). Sur le mauvais esprit des réquisitionnés, arrêté du 15 brumaire (AF11 272); Bréard au Comité de Salut public, 27 septembre (A1 298, Aulard, Actes du Gomité de Salut public, t. VII, p. 89), lettre de la commission administrative du Finistère. Landerneau, 13 brumaire (L103 bis, Arch. du Finistère, fol. 5 verso). Du moins ces levées sont composées d’individus honnêtes, tandis que le régiment de Provence compte des filous (l’accusateur militaire à Bouchotte, Brest, 9 germinal. Guerre : armée des côtes de Brest). Un canonnier de marine essaie d'entrainer des soldats à trahir en faveur des Vendéens (Registre du tribunal révolutionnaire, fol. 32 recto. Arch. du Finistère).

3. AFrr 102. Registre ne I de correspondance des Représentants. Arch. commun. de Brest. Un décret du 8 octobre augmente le corps de la gendarmerie du port de Brest (Procès-verbal, t. XXII, p. 160).

fût portée aux pires excès!. Pourtant les conventionnels firent face à tous les besoins, à coups de réquisitions cela va sans dire el en réglant les distributions de vivres par des dispositions draconiennes. Ils purent même venir en aide à Saint-Malo affamé.Et néanmoins c'est presque au jour le jour qu'ils assuraient les approvisionnements ?. s

- Limitées à Brest, les mesures de sûreté générale eussent été sans eflicacité, toute la région environnante élant inféodée au royalisme et à la cause de la Gironde. Les montagnards se trouvaient à Brest comme dans une place assiégée, il leur fallail faire des sorties pour en dégager les abords, c’est-à-dire intimider les campagnes el établir partout la domination de la Terreur*. D'ailleurs, le ressortdes Repré-: sentants du peuple, nous l'avons dit, comprenait outre Brest et Lorient le reste du Finistère et du Morbihan avec les Côtes-du-Nord.

La mission d’agir au dehors fut confiée par la commission des Repré-

sentants à ce personnel de montaguards qui s'était groupé autour d’elle : le 23 vendémiaire, le jeune Jullien fut envoyé à Quimper pour épurer les autorités fédéralistes et incarcérer les suspects, il devait s’y rencontrer avec Guermeur,et le 25, dans une cérémonie théâtrale, les deux missionnaires de la Montagne reprochaient aux Quimperois leur complicité dans l'évasion des députés proscrits, lisaient solennellement la correspondance saisie par Guermeur, supposaient d’après elle des projets de trahison de Kervelegan et de ses acolytes, faisaient honte à leurs auditeurs d’avoir prêté les mains à de pareils complots, renouvelaient les administrations et le comité de- surveillance “*. D'autres agents des Représentants allèrent

1. Cambry, t. I, pp. 38-46, proclamation de Bréard (AF11 294 et Levot, p. 185), arrêté de Jeanbon et Bréard du 26 vendémiaire (AF17 102) et opinion de Prieur sur les ressources du Morbihan (A F1 126). Sur l'état d'esprit des paysans, voy. adresse du elub de Rennes du 5 septembre (Bibl. nat., Lh*0, n° 2906). Sur la disette menaçante et la concurrence de l’armée, Bréard au Comité de Salut publie, 7 octobre (AF1r 294. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIL, p. 283). Ajoutons que l'hiver fut très long et très rigoureux, qu'il y eut trente et quelques jours deneige.(Du Chatellier, Brest et le Finistère sous lu Terreur, p. 91.)

2. Arrêtés du 27 vendémiaire, 1er 2, et 23 brumaire (AF1r 102). Les Représentants à Dalbarade, 4 brumaire (BB 38, fol. 403). Envoi à Saint-Malo, Dxvi, n° 1. Arch. nat. Un décret du 25 brumaire, un arrêté du conseil exécutif du 10 essayaient aussi de trouver des ressources (Procès-verbal, t. XX V, p. 247; Aulard, Actes du Comilé de

Salut public, t. VILL, p. 144). Le 5 frimaire il n’y aura que quatre-vingts quintaux de

grains à Brest (Levot, p. 167). Bréard, dans les premiers jours de vendémiaire, avait d’ailleurs effrayé les paysans par une proclamation sur laquelle nous reviendrons (AFH 294, Levot, p. 125).

3. « Plusieurs communes sont tellement fanatisées que si on y établissait des comités de surveillance ils seraient composés de citoyens plus que suspects » (Le district de Brest aux Représentants, 2? vendémiaire, Registre [ de correspondance des Représentants). Lettre de René Dayot en frimaire « de temps à autre les campagnes se soulèvent encore, mais Brest fait des sorties et rétablit promptement. l’ordre » (Arch. nat., Dxur n° 6). Il y a, par contre, quelques localités très montagnardes, Carhaïx par exemple (Procès-verbal de la Convention, t. XXI, p. 97).

4. AFu 102; arrêté d'envoi de Jullien et Guermenr avec pouvoirs de remplacer, destituer et incarcérer, sur avis par écrit des bons citoyens, en exposant au peuple les motifs de leurs actes et en rendant compte journellement aux Représentants. (Regis-

surveiller les juges de paix des villes et des campagnes, presser : l'exercice de la police de sûreté confiée à ces magistrats, ou se

mirent à la poursuite de Kervelegan ‘. Dagorne, coupable sans que l'on s’en doutât, de malversations dans la gestion des biens nationaux,

fut chargé d'une enquête sur la dilapidation de ces biens *. Des sou-

lèvements de paysans près de Morlaix, à Lesneven, furent réprimés, el les arrestations multipliées par la commission administrative départementale. Les comités de surveillance encouragés, subventionnés par les Représentants du peuple, durent prêter leur appui aux investigations *. Sous peu, Tréhouart, Juilien, Prieur de la Marne vont

répéter les mêmes opérations à Lorient et dans tout le Morbihan. …

Jeanbon et Bréard ne se proposaient pas, ne se flattaient pas de ramener de la sorte à la Révolution les départements bretons, ils ne visaient pour l'heure qu’à préserver des menées des partis adverses Brest et Lorient, nos deux ports de guerre.

Tandis que dans la ville et la région de Brest, dans le port et sur l'escadre, cette épuration rigoureuse écartait les éléments les plus réfractaires, les conventionnels pratiquaient la propagande la plus active des principes de la Montagne : aumônes et secours aux indi-

gents, distribution de journaux et allocutions patriotiques, tous les

deux jours à la Société populaire séance publique où étaient convoqués les marins et les ouvriers, où les discours les plus véhéments confondaient dans la même réprobation Pitt et Kervelegan, la perfide Albion et l’hydre fédéraliste “. Dans la première de ces réunions, les marins gagnés par l’exaltation de l’auditoire jurèrent par acclamation la perte des Anglais, et les conventionnels présents à la scène recurent solennellement leur serment *. La congrégation de Recouvrance fut associée au club dans cette œuvre de prosélytisme, chargée de répartir parmi les nécessiteux du quartier les libéralités de la

tre III de correspondance des Représentants. Arch. commun. de Brest). Procèsverbaux des séances de l’assemblée générale des citoyens de Quimper (Arch. nat., F1: Finistère 1). Lockroy, Une mission en Vendée, p. 40-43. Le 8 brumaire, la Con-

vention recevra une adresse d'adhésion au 31 mai du club de Quimper régénéré

(Procés-verbal, t. XXIV, p. 187).

1. Registre I d’arrêtés des Représentants. Grâce à la loyauté de ses anciens électeurs, Kervelegan échappa, sa tête fut en vain mise à prix.

2. 22 vendémiaire (AF11 102); sur ses malversations, voy. rapport de Donzé-Verteuil du 12 fructidor dans Le Guillon Penanros, p. 375.

3. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 108. Désordres près de Saint-Brieuc signalés le 24 séptembre (Guerre : armée des côtes de Cherbourg). Insurrection près de Morlaix (AF11 102) et à Lesneven (lettre de Philipe Barère. 27 brumaire, AFn 126). Subvention au Comité de surveillance de la société populaire de Landerneau (AF1r 170).

4. AF11 102, 170, Etat des dépenses des Représentants; lettres diverses des Représentants au Comité de Salut public, en vendémiaire et brumaire déjà citées. Adresse portée au département, à la commune et aux quarante-huit sections de Paris, au nom des Jacobins de Brest régénérés, par Damour et Crampon, 23 brumaire (Bibl. nat., Lh#0, n°0 2594). Députation de la Société des amis de la liberté et de l'égalité de Brest à la Convention, 11 frimaire (Procès-verbal, t. XX VI, p. 289).

5. Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 10 brumaire (AFu 298; autre dans Aulard, résumée, t. VII, p. 151 d’après BB? 38).

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Représentation nationale, consultée par Jeanbon et son collègue en diverses circonstances ‘. Allernant avec les assises du club, le théâtre, qui déjà sous l'ancien régime était à Brest une véritable institution d’État, le théâtre eut la mission d’édifier la foule par la représentation de pièces révolutionnaires, el les acteurs eux-mêmes, grandis à leurs propres yeux par l'apostolat dont ils étaient investis se montraient parmi les plus fervents adeptes du nouveau régime 2. La bourgeoisie demeura secrètement attachée au fédéralisme *. Mais

la plus grande partie des habitants appartenait désormais à la classe

populaire, elle était composée surtout d'employés, d'ouvriers et de fournisseurs attachés au service de la marine, elle suivit docilement l'impulsion donnée.

C'est ainsi que dans Brest même les Représentants continuërent l’œuvre d'épuration et de régénération politique commencée sur lPescadre et dans l'arsenal. La ville, les chantiers, les vaisseaux furent également peuplés d’une populalion démocratique, fanatisée, disciplinée, absolument homogène. Les Représentants en profitèrent

pour restaurer notre puissance maritime.

Les décrets du 15 août et du 20 septembre avaient mis à la disposition du gouvernement toutes les ressources disponibles dans le pays pour les constructions navales. Jeanbon voulut les accroître par lPexploitation des bois de la liste civile, et il pria le Comité de Salut public de charger de cette tâche le conventionnel Niou, ancien ingénieur de la marine, « que vous avez envoyé en commission auprès des armées et qui a de très grandes connaissances en cetle partie »; les bois de Versailles, Marly, etc., seraient flottés jusqu’au Havre, d’où par mer ou les expédierait à Brest“.

1. AF11 170. Registre I d’arrêtés des Représentants. Arch. commun. de Brest.

2. Le théâtre a été construit en 1766 avec les cotisations des officiers de marine, sous l’ancien régime il est en régie et les fonds sont fournis par l’intendant (M. Loir, La marine française en 1789, p. 301). Le décret du 2 août 1793 a ordonné de ne jouer que des pièces propres à animer le civisme des citoyens (Procès-verbal, t. XVIIE, p- 52). On joue au théâtre de Brest « le jugement du dernier des Rois » et « Lucrèce ou la royauté abolie » (Levot, p. 176). La municipalité règlemente son fonctionnement et édicte à ce propos des prescriptions minutieuses dans lintérêt dela morale. (Délibérations du conseil municipal, t. 1, pp. 66, 98.) Cf. Le Carpentier établissant à Coutances, le 16 messidor, un théâtre dans la cathédrale (Arch. commun., Coutances, carton 149). Songer que Jeanbon, dans son projet d'éducation nationale, recommandait l'institution de fêtes nationales (Guillaume, 0p. cüt, t, L, p. 280), et que Sieyès dans le sien y ajoutait un théâtre national (ébid., p. 515).

8. Encore beaucoup de familles bourgeoises profitent-elles de la situation en louant des logements garnis à la foule d'officiers, administrateurs, ete. qui arrivent (Arch. nat., Dur n° 349).

4. Décrets déjà cités, le décret du 15 août ordonnait aux autorités de protéger le

=: Dans le port, pour diriger les travaux, Jeanbon trouvait un ingénieur en chef, Vial, bien intentionné et d'expérience, mais d'âge trop avancé et assisté d'ingénieurs trop jeunes pour la plupart, Or, Brest possédait le plus grand constructeur de la fin du xvrrre siècle, Sané, surnommé le Vauban de la marine, à qui l’on devait des vaisseaux de soixante-quatorze canons considérés comme des modèles, et qui avait mis le sceau à sa réputation en construisant l'admirable vaisseau de cent trente canons, nommé à l’origine es États de Bourgogne, devenu depuis la Côte-d'Or et qui maintenant s'appelail la Montagne et portait le pavillon amiral de Villaret. Sané avait été nommé principal chef des bureaux civils de la marine en place de l'ordonnateur Redon, et la loi par laquelle Jeanbon avait institué le grade de principal chef, défendait le cumul de ces fonctions et de celles de chef des travaux. Jeanbon n'hésite pas à ee lui-même la loi dont il était l'auteur, et le 4 brumaire (25 octobre), i

prend l'arrêté suivant qui honore à la fois celui qui l’a rédigé et ane qui en fut l’objet : « Les Représentants, considérant que le citoyen Sané, principal chef des bureaux civils de la marine, a donné depuis beaucoup d'années des preuves distinguées et constantes de capacité dans l’art de la construction des vaisseaux, et de son zèle et activité dans la direction des travaux du port dont-il était chargé antérieurement en qualité de chef de travaux ; Arrêtent provisoirement que vu l'urgence des circonstances, et nonobstant les dispositions du décret

qui interdit aux chefs principaux des bureaux civils de s’'immiscer dans les travaux de ports, le ciloyen Sané reprendra la direction de

tous les travaux du port de Brest. » Gependant, par égard pour la situation du « bonhomme Vial » et pour ses services passés, Jeanbon ajoute : « celte disposition ne changera en rien néanmoins au titre

et aux appointements du citoyen Vi al, au civisme duquel les Représentants du peuple rendent hommage ? ». Pour justifier cette déroga-

transport des matériaux et denrées nécessaires à la marine, celui a 20 septembre mettait en réquisition tous les objets propres à la construction, armement et équipement des vaisseaux. Le 17 septembre, Bréard et Tréhouart adressaient déjà un appel énergique aux départements bretons pour avoir des bois et des chanvres. Voy. Jeanbon le 2 brumaire au Comité de Salut public (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIF, p. 590, AF1r 268 et le même jour au ministre (BB? 38, fol. 397). 1. Jeanbon à Dalbarade, 10 floréal (IV* Registre de correspondance des Représen-

tants du peuple. Arch. commun. Brest), arrêté de Jeanbon du 4 brumaire (AF1 294).

Sur les ingénieurs (âge moyen : 18 à 25 ans), voy. Arch. nat. Dxvi n° 4. Les mouvements du-port sont confiés sous les ordres de Thévenard, à trois lieutenants, trois enseignes, plus trois lieutenants et trois enseignes de relève (décret du 28 juin 1793, HSE verbal, t. XIV, p. 408.

2. AFn 294; Marine BB: 23, fol. 28. Sané Jacques? Noël, né à Brest en 1740, élève ‘constructeur à l’arsenal de Brest en 1755, ingénieur, sous-directeur des constructions navales à Brest en 1790 avec rang de major de vaisseau, directeur à la fin de 1792, inspecteur des constructions maritimes de Saint-Malo à Bayonne sous le Directoire, inspecteur général du génie maritime, baron et oflicier de la Légion d'honneur sous le Consulat et l'Empire, chevalier de Saint-Louis sous la Restauration, retraité en 1817, grand officier de la Légion d'honneur sous Charles X (Etat de la marine de 1790, Revue maritime et coloniale, t, LXXV, p. 175; Rapport des Représentants

tion à un décret, Jeanbon diva plus tard à la Convention : « l'intérêt

public l’exigeail », et il déclare Sané « l’un des hommes les plus utiles à la République ! ». Dès lors, une extréme activité règne dans

Tarsenal et la rade, et aux équipes du jour succédent les équipes

de nuit. Le Comité de Salut public, en supprimant pour les ouvriers le repos dominical et des jours fériés pendant la durée dé la guerre, porte au maximum l'effort des construclions à Brest ?, « Travailler à la manière des despoles ne convient pas à des républicains, écrivait Jeanbon, et la négligence d’un tyran endormi et de ministres qui sommeillaient ne s'accorde pas avec nos principes ?. »

Le port élait encombré de radoubs qu’il fallait terminer avant de commencer de nouvelles constructions. Tandis que les ouvriers marins embarqués à bord de l’escadre réparaient en diligence sur les vaisseaux les avaries les moins importantes, stimulés qu'ils étaient par un supplément de solde, les bâtiments réellement maltraités entraient dans les bassins. Bienlôt six vaisseaux, trois frégates, deux corvettes furent ainsi livrés aux travailleurs, et l’on poursuivit concurremment les derniers aménagements sur le vais-

seau le Nestor, mis à l’eau en juillet. À peine un vaisseau quittait-il

le bassin de radoub qu’un autre lui succédait. Sur le Patriote et l’'Entreprenant les ouvriers furent consignés jusqu’à l'achèvement des travaux, on leur portait leur nourriture à bord. A la fin de brumaire, douze vaisseaux, (rois frégates, cinq corvetles étaient complétement ou presque complètement réparés, et l’on préparait la mise en chantier de nouveaux vaisseaux à construire .

Pour ceux-ci Jeanbon avait ses idées. Il aurait voulu qu’en temps de guerre il n’y eût à Brest que des armements et des radoubs. Néanmoins, dans les circonstances présentes, il acceptait qu'on y construisit cinq vaisseaux dont un de cent dix-huit et un de quatre-vingts canons, et une frégate, comme il était décidé avant son arrivée. On en avait aussicommencé sur les plans de Monge trois corvettes”. Mais le Représentant désirail par dessus tout des frégatesetcorvettes,ilen

envoyés à Brest, p.13. Son chef-d'œuvre, la Montagne, devenu depuis l'Océan, n’a été démoli. qu’en 1850 à'Brest.

1. Jeanbon au Comité de Salut public, 4 brumaire (AF1 294, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIL, p. 14); Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 13. Jeanbon au Comité de Salut public, 27 vendémiaire, déjà cité.

2. Arrêtés du 3 et du 4 brumaire (AF11 294), (Registre [ d’arrêtés des Représentants du peuple. Brest). Sané n’était pas très partisan du travail de nuit (BB? 23, fol. 11). L'arrêté du Comité de Salut public supprimant le repos dominical dans Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 291.

3. Jeanbon à Chevillard cadet, à Rochefort, 21 brumaire (BB: 38, fol. 474-475); Sané, qui avait travaillé sous l’ancien régime, aurait pu démontrer à Jeanbon qu'on faisait cependant sous Louis XVI de bonne et d’active besogne.

4. BB3 23, fol. 19; arrêté du 8 brumaire (Registre | d’arrêtés des Représentants) ; BB° 22, fol. 384; BB3 38, fol. 410; BB> 22, fol. 416; BB? 22, fol. 411, 414; BB? 21, fol. 418; BB? 22, fol. 394, 422; Jeanbon au Comité de Salut publie, le 4 brumaire; BB 23, fol. 11.

5. Jeanbon au Comité de Salut publie, 12 nivôse (AFn 269, Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. X, p. 16); Levot, p. 165.

réclame dans toutes ses letlres au ministre et au Comité de Salut pu-

blic; «notre pénurie à cet égard est grande et déplorable » dit-il ; ïl rappelle que «il y a déjà bien longteinps que dans le sein du Comité

de Salut public, on a parlé de cet objet important et il a malheureusement toujours été négligé ». Les frégates que demande Jeanbon, il

les veut de faible calaison, portant des canons de 12 et de 18, elles seraient « d'autant plus nuisibles à l'ennemi qu'avec une force très redoutable, elles n'auraient qu'une médiocre apparence ». Vial, de son côté, combat le projet de Dalbarade de bâtir des frégates portant des canons de 36, c’est-à-dire d’un tirant d’eau trop fort !. Comme la place manque à Brest pour en construire plus d’une, le Représen- {ant et les ingénieurs font établir non loin, à l’anse de Laninnon, des chantiers pour construire trois nouvelles corvettes.

Sur l'idée de Jeanbon approuvée par Bréard, el déjà exprimée par le Représentant durant son séjour au Comité de Salut public, Sané entreprend de raser trois vieux vaisseaux jusqu’à la deuxième batterie, et d’en faire des frégates. Jeanbon est très fier de cet expédient : « l’ancienne marine avait accoutumé de rebuter les vaisseaux qui ne lui plaisaient pas, sous prétexte qu’ils étaient hors d'état de

servir », dit-il avec dédain, et de fait les Anglais nous emprunteront plus tard ce procédé ?, Pour suppléer au manque de frégates, Jeanbon -

arme une corvette et un corsaire anglais capturés, il demande des corsaires de vingt canons, il achèterait des bâtiments de commerce armés en guerre, sil en trouvait d'acquisition avantageuse *.

Pour le gréement et l'équipement, les Représentants réclament un appel au commerce des neutres, aux Américains principalement, et un décret du 27 vendémiaire suspend l'acte dé navigation pour toutes les subsistances et approvisionnements nécessaires au service de la République ‘. Une tonnellerie de Quimperlé, trois corderies dans le port de Brest et aux environs, sont mises à contribution ainsi qu'une grande fabrique de toile à voile dont Rideau avait l’entreprise; au malheureux industriel emprisonné, l'arrêté même qui prononcait son ‘incarcération donne un successeur, en sorte que les travaux ne subissent aucun arrêt. Néanmoins, la disette de matériel est si grande, que Jeanbon est obligé de réquisitionner toutes les lunettes

1. Jeanbon au Comité de Salut publie, 27 vendémiaire, 2 et 4 hbrumaire; BB! 7, fol. 97. Il n’y avait que des frégates de vingt et de vingt-six canons.

2. L'idée est de Jeanbon (séance du Comité de Salut public, 27 juin 1793 ; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, p. 97), Bréard demande à Sané, en l’absence de Jeanbon parti pour Cherbourg, de l’appliquer à Brest (BB? 23, fol. 39). Voy. BB? 38, fol. 477, BB? 11, fol. 54 verso. Jeanbon s’en félicite dans le Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 18. Guérin montre que les Anglais imitèrent ce procédé (p. 397).

3. AFu 277, 294; BB 21, fol. 8. Jeanbon au Comité de Salut public, 22 brumaire (BB* 38, fol. 429 recto. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 367).

4. Voy. déjà arrêté du Comité de Salut publie du 13 septembre, Jeanbon présent (Aulard, t. VI, p. 461); Jeanbon au Comité de Salut public, 14 brumaire (BB: 88, fol. 413 recto, Aulard, t. VIT, p. 235). Voy. BB3 39, fol. 242 et 245, dispositions des neutres. Décret du 27 vendémiaire dans Procès-verbal, t. XXIII, p. 143.

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des ofliciers de l’armée navale; il n’en laisse qu’une par bâtiment pour le commandant, et distribue les autres aux vaisseaux qui en manquent'. À Les armes et munitions font également défaut. Le gouvernement

cherche à perfectionner les projectiles creux, et Choderlos-Laclos,

Berthollet y travaillent dansle laboratoire du parc de Meudon, mais

en attendant, à Brest il faut tout créer, etl’on ne peut compter sur des

arrivages de charbon et de minerais de l'étranger. Comme naguère

dans le. Lot et aux frontières de l'Est, Jeanbon ramasse et fait réparer toutes les armes des particuliers, il établit une commission pour fabriquer du salpêtre, Bréard et lui ordonnent une enquête sur un

gisement de houille signalé à Morlaix, tandis que le Conseil exécutif presse l'exploitation de ceux de Montrelais. Les Représentants uti-

lisent aussi les mines de plomb de Coat-an-Nos et de Poullaouen dans

Y'Ille-et-Vilaine. Ils font descendre et envoyer aux fonderies toutes

les cloches d'église inutiles. La principale des forges de la ma-

rine, Indret, traverse une crise qui ralentit la production ?; cepen-

dant, les conventionnels commencent à remplacer par de nouvelles pièces, dans les batteries et forts de la côte, les canons de marine

empruntés naguère à l'arsenal, et ceux-ci sont restitués aux vaisseaux.

La manufacture de Rideau habille la chiourme, remédie au dénue-

ment des marins et soldats. A travers mille difficultés, à côté

des approvisionnements pour Brest, les Représentants en trouvent pour l’escadre, en amassent même suffisamment pour faire face à

une campagne d'hiver, ils réquisitionnent des magasins pour les loger,

mettent en train la fabrication du biscuit *. El comme si ce n’élait

pas assez de tous les travaux absoluments urgents, une loi du 17 bru-

maire vient ordonner l’installation de fourneaux à reverbère auprès

de toutes les’batteries côtières pour permettre le tir à bouletsrouges“.

1. Cambry, op. cit.,t. I, p. 83; Arch. nat. Dxvi, n° 1; AFu 102; Bréard, Tréhouart au Comité de Salut public, 11 octobre (AFn1 268, Aulard, Actes du Comité de Salut public. t. VIH, p. 365). Les Représentants au Comité, 2 brumaire.

2. Sur la fabrication des projectiles, voy. Aulard, t. VII, p. 513, Arch. nat., DxLiv n° 1. Pour Brest voy. AF1 102, arrêté du 21 brumaire établissant une salpêtrerie (Registre I d’arrêtés des Représentants du peuple) et Jeanbon, Bréard au Comité de Salut public, 18 brumaire (BB 38, fol. 418 recto. Aulard, t. VIIT, p. 296). Les canons étaient dits de 36, 24, 18, 12, 8, 6, d’après le poids en livres du boulet qu’ils lançaient. Quant aux mines de charbon, le Comité de Salut public en demande l’état à tous les districts le 18 brumaire (L 10, fol. 199, Arch. Finistère). Le district de Brest répondra qu’il n’en existe aucune dans son ressort (L 90, fol. 199. Arch. Finistère). 10 brumaire, arrêté du Conseil sur Montrelais (Aulard, t. VIT, p. 144). Sur Morlaix, arrêté du 28 vendémiaire. Registre I d'arrêtés des Représentants du peuple. Voy. aussi AFur 102, et sur Indret Jeanbon, Bréard au Comité de Salut public, 14 brumaire (BB?

°38, fol. 411 recto, Aulard, t. VIII, p. 235) et BB3 61, fol. 59 ; le Comité de Salut public

aux Représentants près l’armée de l'Ouest, 19 brumaire (Aulard, t. VIIT, p. 306). 3. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 6, Arch. nat. Dxvi, n° 1. Voy, sur les mesures du gouvernement, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIT, pp. 250 et 407, et le décret du 25 brumaire punissant de dix ans de fers quiconque détournera de leur destination les subsistances et approvisionnements destinés à la marine (Procès-verbal, t. XX V, p. 248).

4. Procès-verbal, t, XX V, p. 39; il y a eu un décret précédemment rendu sur ce

A Lorient, pareille activité fut déployée par l'ingénieur en chef, Segondat, que Tréhouart el Prieur de la Marne furent chargés d’aider et stimuler à leur passage dans ce port. Les ouvriers ne manquaient pas, deux cales de construction pouvaient servir, une troisième fut mise en réparation à Candau. Suivant les prévisions, Lorient devait avoir construit six vaisseaux et une frégate avant la fin de l'hiver. Mais des retards étaient à craindre tout au moins pour l'envoi de ces bâtiments en rade de Brest, la rade de Lorient étant une espèce de souricière où les vents contraires et l'absence de marées assez fortes retenaient les navires souvent six semaines à deux mois!.

Non content de surveiller les constructions de Brest el Lorient, ;

Jeanbon s’inquiétait des armements en cours dans tous les ports de l'Océan. Il n’était plus au Comité de Salut public et sa mission était restreinte à deux de nos ports de guerre, cependant les armements de toutes les côtes de l'Océan n’étaient-ils pas destinés à renforcer la flotte de Brest? ;

Rochefort surtout attirailt ses regards. À son avis ce devait être « le grand atelier, la grande manufacture navale de la République ? », Or, d’après ün rapport du 11 brumaire (1 novembre), aucun navire n’y étail terminé. Jeanbon en témoigna sa colère. A la vérité, il n'avait pas qualité pour rien ordonner à Rochefort, car deux Représentants, Lequinio et Laignelot, s'v trouvaient en mission, mais ils avaient, le premier du moins, le bon sens de reconnaître que leur métier n’était pas la marine et de transmettre à Jeanbon l’état des travaux. « La lécture de cette pièce nous a étrangement surpris, écrivit Saint-André l'ingénieur en chef, Chevillard cadet, est-ce là la célérité convenable en temps de guerre et dont les circonstances où nous sommes nous font le devoir le plus impérieux ? » Et il réclamait à Chevillard les trois vaisseaux, le Pelletier, le Mont Blanc, le Marseillais, plus deux frégates, il le pressait de se montrer plus diligent : « c’est dans votre place le vrai moyen de servir la patrie ». Toutefois, n'ayant pas d’aulorité immédiate sur cet agent Saint-André fut réduit à écrire au Comité de Salut public et au “ministre de le faire marcher plus vite *.

Il n’oubliait pas non plus les ports secondaires, Bayonne, Bor-

LA

même objet, mais le ministre de la marine annonce qu’il n'a pu le retrouver. Le 6 frimaire, le Comité de Salut public se restreint à la construction des fourneaux les plus urgents (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIT, p. 712).

1. BB? 38, fol. 402, BB“ 19, fol. 39. Sescondat-Duvernet ingénieur sous-directeur des constructions, avec rang de major de vaisseau, en 1790 (Etat de lu marine de 1790).

2. Jeanbon, Bréard à Chevillard cadet, à Rochefort (BB 38, fol. 474). Lequinio, né à Sarzeau (Morbihan) en 1740, juge au tribunal de Vannes, député du Morbihan à la Législative et à la Convention, membre des Cinq-Cents, inspecteur forestier, puis sous-commissaire des relations commerciales à Newport (États-Unis) sous le Consulat, rentre en 1804, s’occupa d'agriculture, mourut en 1813 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IT, p. 63).

3. Lequinio et Laignelot ont été envoyés dans la Charente-Inférieure, le 9 septembre (voy. ch. x1, p. 450) : « mon métier n’est pas la marine » (Lequinio au ministre, BB 38; fol. 102). Jeanbon à Chevillard cadet, renvoyé au Comité de Salut public,

deaux, Paimbœuf, Redon, Saint-Malo, où les travaux languissaient

également. Comme les chefs de la marine de l’ancien régime, il aurait voulu réserver # ces chantiers de moindre importance la construction des frégates et corvettes : « je suis absolument du même avis, écrivait Sané, et par suite d'une longue expérience, je penche à ce que les grands ports ne doivent s'occuper que de la construction des vaisseaux de guerre, de leurs radoubs et armements !, » Jeanbon demandait en conséquence à Chevillard s’il ne serait pas possible de construire à Rochefort quelques frégates : « Vous n’avez pas besoin pour: cela d’avoir des cales libres, car dans un moment pressé il n’y a pas de point sur votre rivière où vous ne puissiez établir des chantiers ?, » Surtout il priait le Comité de Salut public de faire construire sur-le-champ douze à quinze navires de ce type au Havre, à

Honfleur, Saint-Malo, Lorient, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne. Il ne

demandait pas « le luxe de la perfection dans ces bâtiments; pourvu qu’ils soient bien liés, de bon bois, capables de porter leur artillerie, cela doil nous suffire. Il faut se battre et non briller ». Le Comité de Salut public prit aussitôt un arrêté prescrivant là construction de douze frégates *.

Jeaubon n 'élait pourtant pas encore satisfait. A l'instar de l’ancien régime, Bréard et lui projelaient de s'adresser à l’industrie privée, d'autant qu’à la suite de l'embargo les chanliers du commerce étaient condamnés à l’oisiveté : on leur donnerait l'entreprise de frégates portant des canons de 12, celles destinées à porter du 18 exigeant plus d’art seraient réservées aux chantiers de l’État. Les Représentants demandèrent donc à Saint-Malo, après avoir averti le Comilé de Salut public, s’il n’y aurait pas quelque industriel qui voulût se charger d’un travail de ce genre : « il faudrait pour traiter ne nous adresser que des hommes de confiance, capables de remplir leurs engagements, et qui eussent l'intention de bien servir la République, qui de son côté leur ferait des conditions dont ils auraient lieu d’être salisfaits. » Ils envoyaient la même leltre à Bayonne, cherchaient à Vannes‘. « Cela ne doit pas empêcher le ministre, observaient-ils au

BB 38, fol. 474, Jeanbon au Comité de Salut public, 27 vendémiaire. Chevillard, en frimaire, peut-être pour éviter l'orage, fera un don patriotique de 300 livres (Aulard, Actes du Comilé de Salut public; t. VIH, p. 602). Le commandant d'armes à Rochefort jusqu'au 28 septembre est L'Etanduère, à partir du 3 octobre Le Dall Kéréon que nous retrouverons (BB3 27, fol. 291). Chevillard cadet, ingénieur sous-directeur des constractions, avec rang de major de vaisseau, en 1790 (Etat de 1790):

1. BB3 23, fol. 25. Sur les constructions dans les ports secondaires sous l'ancien régime, v. Maurice Loir, La Marine royale en 1789, p. 807. En vendémiaire fut établi à Cherbourg, au Havre et à Saint-Malo, un capitaine de vaisseau chargé des mouvements et faisant fonctions de commandant des armes (BB° 22, fol. 387).

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