DIFFICULTÉS QUI RESTENT A VAINCRÉ
Aussi, tandis que les Représentants à Brest et Lorient se sont efforcés de ne nommer que des officiers capables, l’épuralion poursuivie en même temps à: Rochefort par Lequinio et Laignelot, à Cherbourg et Saint-Malo par Le Carpentier, dans les divers ports par Jullien, lequel, sans aucune connaissance de la marine, dénonce et propose à sa fantaisie, celte épuration donne des résultats véritablement déplorables. À Rochefort, par exemple, Latouche- Tréville, d’origine noble, mais l’homme de mer le plus remarquable de cette époque, se voit destituer, le capitaine Jacquelin, que Jeanbon veut appeler à Brest, est envoyé au tribunal révolutionnaire et de là
aux galères'. Les choix de Dalbarade sont dénoncés par les clubs,
il est {axé de partialité, d’incivisme. Lui-même, d’ailleurs, destitue le contre-amiral Sercey en faveur duquel Jeanbon sollicite une exception à la loi d'exclusion des ci-devant ?. L'administration de la marine n’est pas davantage à l’abri des proscriptions injustifiées.
L’épuration ainsi faite, on revient à la loi du 7 octobre, et celle-ci,
nous l’avons dit, livre aux Sociélés populaires et Comités de Surveillance le choix des officiers, en exigeant avant tout des candidats
11 brumaire ordonnant des travaux à Dieppe et au Havre (ibid., t. VIIL, p. 161); décret du 22 vendémiaire sur le rapport de Barêre mettant 30 millions à la disposition de Dalbarade (Moniteur, t. X VILL, p. 120, Procés-verbal, t. XXIII, p. 42); décret du 25 qui porte la peine de dix ans de fer contre quiconque détournera de leur destination les subsistances et approvisionnements destinés pour la marine (Procès-verbal, t. XXV, p. 248). Mais la Convention s'intéresse peu à la marine comme le constate Jeanbon (2 brumaire au Comité de Salut publie, déjà cité), et le ministre traîne en longueur l’expédition aux Iles du Vent (voy. BB: 27, fol. 326). Pour les arrêtés de Jeanbon transformés en arrêtés du Comité de Salut public ou en lois, voy. plus loin. Sur les lenteurs de l'exécution, de la correspondance, etc, voy. BB% 38, fol. 416- 418; 427-428 ; sur les ordres contradictoires du ministre et des Représentants, voy. BB3 28, fol. 302 et BB3 21, fol. 440, BB 38, fol. 33, etc.
1. Voy. Affaires étrangères. Fonds France. Registres 325, fo 157, 328, f° 312, rapport Cuny ainé sur Rochefort; Marine BB 54 f’ 125, et Procës-verbal de la Convention, t. XXIIL, p. 65. SurJacquelin, voy. pétition Lucadou au Directoire, 1e" thermidor an VII (ADvrr, n° 35, Arch. nat. et Procès-verbal, t. XX V, p. 337). Sur Le Carpentier, voy. AFrr 110, AF1 121; marine, BB19 { 121. Sur Jullien, voy. Lockroy, op. cit., p. 18. Sont ou seront d’autre part victimes de la Terreur, les amiraux Grimouard, décapité à Rochefort, d'Estaing, Philippe-Egalité, Kersaint guillotinés à Paris, meurt en prison à Poitiers Du Chaffault, sont emprisonnés Des Touches, Bernard de Marigny, de Saint-Félix (à l'Ile de France). Sont ou seront destitués ou incarcérés les capitaines Brueys, Decrès, Blanquet du Chayla, Bourdon-Grammont, Charlemagne, le major de vaisseau Nompère de Champagny, le lieutenant Magon de Médine, pour ne citer que des noms marquants. Passa dans l’armée des Pyrénées Orientales par crainte des persécutions, le lieutenant de vaisseau Caffarelli du Falga, frère des deux généraux (Gloires Maritimes, Guérin). Lacrosse patronné par le club de Brest, mentionné honorablement au procès-verbal de la Convention, est néanmoins destitué (BB? 43 f 37, Procès-verbal, t. LILI, p. 182). Lé Carpentier (J.-B), né à Hiesville (Manche) en 1759, huissier à Valognes, député de la Manche à la Convention, puis agent d’affaires à Valognes, proscrit en 1816, rentra en France, fut découvert, condamné à la déportation et mourut au Mont-Saint-Michel en 1829 (Dictionnaire des Parlementaires).
2. Cuny aîné, déjà cité (Registre 325 f° 157) et Registre 331 f° 17 (Affaires étrangères fonds France); sur Sercey, voy. Réponse de Jeanbon à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest.
aux différents grades des certificats de civisme ‘. À Brest et Lorient Jeanbon peut agir de sa personne sur les clubs et corriger les propositions, les exclusions ridicules ou scandaleuses; partout ailleurs, il est désarmé, et comme par suite des mutations beaucoup d’officiers viendront des autres ports à l’escadre de Brest, sile temps et les
occasions manquent pour les mettre à l'épreuve les états-majors de.
l'escadre seront encombrés de nullités. :
Le recrutement des marins rencontre aussi des obstacles : quand Jeanbon voudra appeler à Brest des matelols de Dunkerque, la municipalité de cette ville s’y opposera ?, De son côté, Jeanbon a cru oblenir l’obéissance des équipages en parlant à leur raison, en donnant satisfaction à leurs réclamations légitimes, il y parvient en somme, mais des Cas d'indiscipline isolés, la violence des officiers et des matelots lui prouvert qu’il ne faut pas se fier exclusivement aux
bons instincts et aux nobles sentiments. Du moins, il se hâte de répa-
rer son erreur. Le 20 brumaire (10 novembre), esl édicté un « complément au code pénal maritime en forme de règlement provisoire », il contient quarante-trois articles, et le Représentant pose en principe que le jury adopté jusqu’alors est « inadmissible et impraticable « pour la punition de plusieurs fautes de discipline, et même pour des « délits beaucoup plus graves ». D’après cet arrêté du 20 brumaire, la désobéissance sera punie des fers pour le marin, de la cassation du grade pour l'officier marinier; si elle est accompagnée d’injures, l'officier marinier aura cinq ans de prison, le matelot recevra la cale; la cale sera donnée aussi à quiconque lèvera la main sur son supérieur, et celui qui frappera son supérieur sera puni de mort. L'officier rebelle sera cassé et emprisonné pour deux ans, si sa rébellion a occasionné la perte de son vaisseau ou une défaite il sera traduit au tribunal révolutionnaire. Il est interdit de présenter au général aucune pétition collective, les auteurs, provocateurs ou porteurs de ces pétitions seront traduits au tribunal révolutionnaire. Défense est faite d'abandonner son poste dans le combat sous peine de mort. Des mesures très sévères sont édictées contre ceux qui abandonneront leur bord sans permission ou ne s’y rendront pas lors de l’'embarquement, contre ceux qui vendront ou consommeront de l’eaude-vie à bord et ceux qui se querelleront dans le service, etc., ete. Il est interdit de demander grâce pour les coupables. En revanche, tout officier ou officier marinier convaincu d’avoir frappé son subordonné aura huit jours de prison à la fosse aux lions. Sur chaque vaisseau est établi un conseil de discipline où figureront des marins de tout grade mais qui ne sera pas recruté par l'élection, qui sera composé au choix du capitaine. C'est ce conseil qui prononcera les punitions, et il tien-
1. Le décret du 20 septembre rendu sur rapport de Jeanbon, a transféré aux comités de surveillance le visa des certificats de civisme, Procès-verbal, t. XXI, p. 110.
2. Jeanbon, Tréhouart, Laignelot au Comité de Salut public, 24 nivôse (marine :
BB> 838 liasses, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 237). Cf. Hector Barère au ministre, sur les marins des bouches de la Loire (BB 38 f 161) et Tar tu au même sur ceux de Rochefort (BB 7 fe 90).