DIFMICULTÉS QUI RESTENT A VAINCRE
dra également regisire des peines infligées el des actions d’éclat !.
Tel est le code pénal de la marine de la Terreur. Il a été jugé attentatoire à la dignité des officiers parce qu’il leur appliquait comme aux matelots les fers et la fosse aux lions, mais l'officier de l'an II, de même origine que le matelot, grossier et turbulent à l’égal du matelot, ne parut pas au Représentant devoir être traité avec plus de ménagements. Ce règlement n'était pas d’une sévérité exagérée, il fut reçu sans trop de murmures à bord des vaisseaux et nous verrons
qu'il remplit parfaitement son but ?.
Les constructions navales ne donnent pas non plus toute salisfaction. Le port de Brest est absolument encombré par les armements. multipliés qu'on y poursuit, il y règne de l'embarras et de la confusion,
on se dispute les cales de constructions, les bâtiments pressés se touchent, « un incendie en dévorerait la presque totalité ». Malgré les règlements, et quoique le zèle soit: général, les ouvriers gâchent à plaisir des matériaux rendus plus précieux par le dénuement où l’on se trouve, il en est qui perdent du temps, il en est d’autres et avec eux des ingénieurs qui ont été requis pour aller avec la force armée comprimer l'insurrection des environs de Morlaix, et le premier ingénieur du port ayant refusé, avec l’autorisation des Représentants, de se joindre à cette troupe se voit momentanément emprisonner.On ne parvient pas à se procurer assez de mâts, de chanvres, de cuivres $.
À Lorient, la population, composée surtout de matelots et d’ouvriers, est portée à une exaltation extraordinaire par les discours enflammés de Tréhouart, Jullien, Prieur de la Marne, alors elle se dérobe à toute direction, et la Société populaire ne cesse d’inquiéter les ingénieurs et administrateurs de la marine trop lièdes à son gré, le chef des travaux, l'ingénieur Segcondat, perséculé par elle,
demande en vain protection à Prieur de la Marne ‘. À Rochefort,
1. V. AFïr 206, Dxvi, n° 1 ; Registre [ d’arrêtés des Représentants (Arch. commun. de Brest), Collection des arrétés. pris par le républicain Jeanbon. Ce code fut lu et affiché sur les vaisseaux le 13 frimaire. On se souvient que Jeanbon n'avait pas eu le temps, avant de quitter le Comité de Salut public, de faire décréter un code pénal. « Donner la cale », c’est suspendre un individu au-dessus de la mer, l'y laisser tomber, le remonter et le replonger une ou plusieurs fois. Sur l’absence de jury, voy. BB! 10, fo 177: « tant que les marins et ouvriers seront jugés par leurs camarades, presque toujours leurs complices, il sera bien difficile de rétablir la subordination ».
2. Voy. Rouvier, p. 118,James, The Naval History of Great Britain from the Decla-
ration of war by France in 1793 lo the accession of George IV. Londres 1837,
6 v. in-8, t. [, p. 123. Levot reconnaît que ce code n'avait rien d’exorbitant (p. 161).
Sur l’accueil fait au code, voy. BB# 19, fol. 328, Villaret au ministre 12 frimaire,
Rapport des Représentants envoués à Brest, p. 9, et Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest. Ce code sera écarté définitivement en l’an VI comme « fait dans des circonstances extraordinaires pour des temps qui n'existent plus » (ADvr1, 35 Arch. nat.).
3, V. Cambry, t. Il, pp. 94-100 et 125-127; Marine BB3 38, fol. 39-40, BB? 11, fol. 129; Arch. nat. DxLu, n° 6, AFu 277 ;. Marine BB* 22, fol. 421 et BB1 7, fol. 97, BB# 36, fol. 231. Ajoutons les mauvais temps de novembre qui retardent les travaux (BB* 21,
. fol. 418, BB* 38, fol. 403, 413 verso).
4. Le Morbihan avait d’abord pris part à l’agitation fédéraliste (AFn 45). Sur l’exal-
l'inertie persiste et l'on manque de matériaux !. À Cherbourg, Le. Carpentier a remplacé les ingénieurs de la marine par des sansculottes que leur précédent emploi de « conducteurs géographes des ponts et chaussées » ne désignait guère pour les constructions navales. À Paimbœuf, les armements traînent faute d'hommes, de vivres et de matériaux ?.
L'industrie privée n’est d'aucune ressource, les entrepreneurs, troublés d’ailleurs par le maximum, sont trop appauvris par la crise politique pour prendre en adjudication des travaux importants ou
les mener à bien *. La garde des côtes se ressent de l'absence d'une
direction unique : le ministre a envoyé aux batteries côtières une liste des signaux par lesquels se feront reconnaitre les bâtiments venant du large, Bréard et Tréhouart subslituent à cette liste une autre, que Jeanbon remplace par une troisième à la suite de la perte de signaux à l’île de Batz : « Les municipalités ne savent plus auquel entendre et pourront très bien recevoir en ennemis des vaisseaux amis et vice-versa ‘. »
Enfin, ilest bien urgent d'exercer officiers et équipages. Une frégate de Cherbourg, la Réunion, se laisse prendre le 28 vendémiaire par une frégate anglaise sans grande résistance et en vue du port; les canonnières de la rade auraient pu aller la secourir, mais leurs équipages ne se trouvaient pas à bord ÿ. Sur l’escadre de Brest, l'inexpérience est telle que Villaret s’en épouvante, en pleine rade la Convention aborde la Montagne, une autre collision se produira au moment de l’appareillage de Van Stabel: la frégate /a Pomone, en sortant pour aller à Cancale a failli se jeter sur un écueil, elle a été. sauvée par l’habileté de son commandant d’après Jeanbon, en dépit de son commandant d’après Villaret f, et l'amiral, optimiste par moments, nous l’avons vu, s'épouvante aussitôt après et se décourage. Le 15 brumaire Villaret offre sa démission. « Je ne puis faire mon
tation de Lorient à partir de vendémiaire, voy. Procès-verbal de la Convention, t. XXIII, p. 43, Lockroy, op. cil., et Arch. commun. Lorient, Registre du club D# n° 9, fol. 92 recto, 102, 114 verso (affaire Segondat).
1. BB? 28, fol. 292, BB 27, fol. 329, 353. De même à Bordeaux (BB? 28, fol. 269).
2. Arch. nat. AFir 120, F', n° 551 : rapport de l’agent Perrin de Sainte-Eumélie ; marine BB% 23, fol.178, 180. Noter qu'il y a à Cherbourg un excellent commandant des armes, Vautier, nommé le 15 septembre 1793, et que nous retrouverons à Brest (Voy. France maritime, t. IV, p. 312).
3. BB 23, fol. 178 verso. BB! 9, fol. 54, 239 et BB? 28, fol. 290 sur l’industrie privée...
4. BB* 19, fol. 205, BB3 38, fol. 15-16, BB? 21, fol. 261, BB3 38, fol. 389, lettre du 4 brumaire des Représentants à Brest à leurs collègues dans la Seine-Inférieure (Reg. IIL de correspondance des Représentants. Arch. commun: Brest); BB3 38, fol. 20 et 472. D’après cette dernière pièce il semble qu’il y ait eu un quatrième changement de signaux après la prise de la frégate la Réunion. Il semble aussi que la chaîne de croiseurs qui protège les côtes fonctionne mal (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 209). Pourtant Thévenard écrit le 30 brumaire au ministre que les flottes de cabotage circulent sans encombre (BB° 22, fol. 428).
5. Ft n° 551, Arch. nat. Guerre : armée des côtes de Cherbourg; Marine, BB 20, fol. 209.
6. BB 19, fol. 320, 323, Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 15, Voy. encore BB! 7, fol. 109, sur le naufrage de la frégate l'Hermione en septembre.