‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 484 sur 889 · L'INVASION VENDÉENNE EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

L'INVASION VENDÉENNE EN BRETAGNE

Caen avec le général Sepher, l’autre formée à la hâte de toutes les troupes du département de la Manche, à Avranches sous le général Peyre ‘. Ces différents corps, placés naguère à la garde du littoral face à la mer, étaient pris au dépourvu par le nouvel ennemi qui surgissait de l’intérieur du pays. A la vue de cette cohue roulant le long des routes à la suite des drapeaux blancs et des crucifix le flot de ses paysans à moitié sauvages, de ses gentilshommes altérés de vengeance et de ses prêtres fanatiques, à l'approche de cette masse hurlante, affamée, exaspérée, les populations croyaient à une nouvelle migration de barbares, les cultivateurs bretons, quoique secrètement royalistes, se hâtaient de cacher leurs provisions et leur bétail, les soldats et officiers stupéfaits se sentaient vaincus d’avance. Quel était le but des Vendéens ? nul ne le savait. Bien que montant vers le Nord leur colonne avait de brusques arrêts, des flottements dans la marche, des débandades de troupeau à la picorée qui faisaient que chaque ville se croyait menacée, que de tous côtés clubs et administrations s’épouvantaient, appelaient au secours, récriminaient contre le gouvernement. On réclamait des ordres, une direction dans la défense. Des ordres il en venait trop, et de tous côtés, si bien qu'on ne savait auquel entendre. Le Carpentier et Garnier de Saintes à l’armée des côtes de Cherbourg, Pocholle à celle des côtes de Brest, Bourbotte, Turreau et Francastel à celle de l'Ouest, le Tourneur dans l'Orne s’agitaient éperdus ?; Tré-

1. Sur ces deux armées, voy. Chassin, {a Vendée patriote, t. 11. Paris, 1894, grand in-8, et Guerre : armée des côtes de Brest, armée des côtes de Cherbourg. Nous avons déjà résumé la biographie de Rossignol. Voy. pour plus de détails. La vie véritable du citoyen Jean Rossignol, vainqueur de la Bustille et général en chef des armées de lu République dans la guerre de Vendée 1759-1802. Paris, 1896, in-18. Sepher avait servi de 1773 à 1777 au régiment Général-Dragons, puis dans la garde nationale de Paris; chef de bataillon, général de brigade à l’armée des côtes de Cherbourg, il devient après la trahison de Wimpfen, général de division provisoire, et le 22 juillet général en chef (Chassin, op. cit., t. III, p. 316, note 2). Il prend possession de son commandement le 3 août. Sur Peyre, voy. plus loin. Rappelons que l’armée des côtes de Cherbourg était destinée primitivement à effectuer le débarquement en Angleterre que fit ajourner l'insurrection fédéraliste.

2. Le Carpentier, envoyé le 23 août dans la Manche et l’Orne pour faire exécuter la levée en masse, et le 9 brumaire à l’armée de l'Ouest (Procès-verbal,;t, XIX, p. 191, t. XXIV p. 209). Voy. son compte de dépenses. Bibl. nation., Le’, n° 177. Garnier

de Saintes, envoyé le 1er août à l’armée des côtes de Brest, le 16 septembre dans la

Manche, adjoint le 9 brumaire à Le Carpentier (Procès-verbal, t. XVIIT, p. 17, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 537, Procès-verbal, t. XXIV, p. 209). Voy. son compte de dépenses Bibl. nation. Le, n° 127. Jacques Garnier, né à Saintes en 1755, avocat, procureur général syndic de la Charente-Inférieure, élu de ce département à la Convention, membre des Cinq-Cents, président du tribunal cri-

minel de la Charente-Inférieure en 1798, chevalier de l’Empire en 1809, président du

tribunal des douanes de la Rochelle en 1811, Représentant aux Cent-Jours, proscrit en 1816, se noya aux États-Unis dans l'Ohio en 1818 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. III, p. 540). Pocholle, envoyé le 12 juillet dans la Seine-Inférieure, la Manche, l'Eure, l’Orne et le Calvados, le 14 août dans les départements bretons (Procés-verbal, t. XV, p. 108, t. XVIII, p. 403), né en 1764, maire de Dieppe, député suppléant de la Seine-Inférieure à la Législative, élu par le même département à la Convention, commissaire du Directoire à l’armée d'Italie, puis aux îles

584 - MISSION DE SAINT-ANDRÉ CONTRE LES VENDÉENS houart garnissait les bords de la Vilaine, conjecturant que l’invasion tomberait sur le Morbihan, tandis que Prieur de la Marne concentrait des troupes à Pontivy et Lamballe ‘, Jullien courait à Saint-Malo, Jeanbon et Bréard, qui s'étaient déjà démunis pour Tréhouart et Prieur, envoyaient le 12 brumaire le général Tribout à Dinan à la tête de 1,500 hommes, tout ce qui restait de la garnison de Brest, avec l’ordre de ramasser les détachements qu’il trouverait en route et de garder la côte de la Manche ?. Impossible au surplus de se concerter, les routes étaient coupées, les courriers interceptés. L'anxiété, l'incertitude, le désarroi augmentaient de jour en jour. Le Comité de Salut public voulait la concentration des troupes et l'ensemble dans les opérations, il attribuait avec raison tous les revers passés au morcellement des forces et à la contradiction des mesures 5. D'autre part, les hypothèses formées par Jeanbon sur le plan des Vendéens se réalisèrent, il devint visible que les brigands marchaient à la côte de la Manche, et la présence au large de la flotte de l'amiral Howe fit penser qu’ils s'étaient entendus avec les Anglais pour saisir un de nos ports. Mais de Saint-Malo, Cancale ou Granville, lequel était l'objectif des ennemis ? Jeanbon penchait pour l’un des premiers, le Comité pour le dernier, et ils avaient également raison car les Anglais songeaient à Saint-Malo ou Granville et des royalistes de Normandie conseillaient aux Vendéens Cherbourg “.

Joniennes, secrétaire du préfet de la Roër, sous-préfet de Neufchâtel en 1804, proscrit en 1816, rentré en 1830, mort en 1831 à Paris (Aulard, Actes du Comité de Sakut public, t. 11, p. 526). Bourbotte, Turreau, Francastel ont été nommés le 13 octobre avec Carrier et Pinet aîné à l’armée de l’Ouest (Procès-verbal, t. XXIII, p. 42). Le Tourneur de la Sarthe a été envoyé dans l'Orne le 4 octobre (Procès-verbal, t. XXII, p. 75). Bourbotte, né à Vaux, près d’Avallon, vers 1763, administrateur de l'Yonne, conventionnel de l’Yonne, guillotiné le 25 prairial an 111 (Aulard, t. II, p. 391). Francastel, administrateur du district d’Evreux, premier suppléant de l'Eure à la Convention, y entre le 27 juin 1793, employé au ministère de la guerre sous le Directoire (Dictionnaire des Parlementaires). Turreau, né en 1761, administrateur de l'Yonne, élu par ce département suppléant à la Législative, puis, député à la Convention, garde-magasin à l’armée d'Italie, mort près de Coni en 1796 (Aulard, t. II, p. 426). Le Tourneur de la Sarthe, né à Bonnétable (Sarthe) en 1755, drapier au Mans, président du district du Mans, député de la Sarthe à la Convention, inspecteur de la loterie sous le Directoire, mort à Paris en 1830 (Aulard, t. V, p. 326).

1. Prieur de la Marne à ses collègues à Brest, 19 brumaire (AFn 271), Tréhouart au Comité de Salut public, Lorient, 4 brumaire (AFu 170, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 13).

2. Tribout part le 6 novembre (16 brumaire), Savary, Guerre des Vendéens et des Chouans contre la République française, Paris, 1824-1827, 6 vol. in-8, t. HI, p. 332. AFu 272; Marine, BB? 38 fol. 419-421. Voy. aussi Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 7 brumaire, 14 brumaire et 18 brumaire.

3. Le Comité de Salut public à Prieur de la Marne, 25 brumaire (Aulard, t. VIH, p-. 437) ; Rapport de Barère du 1“ octobre sur la guerre de Vendée (Buchez et Roux, ft X XXI, p: 210).

4, Chassin, t. III, p. 306, 264-265 ; Hettier, Relations de la Normandie et de la Bretagne avec les îles de la Manche pendant l’émigration. Caen, 1885, 1 vol. in-8, (Bibl. nat., Laï#* no 35), ch. 1v, passim; Jeankon et Bréard au Comité de Salut public, 18 brumaire.

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