‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 485 sur 889 · L'INVASION VENDÉENNE EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

L'INVASION VENDÉENNE EN BRETAGNE

Les membres du Comité de Salut publié ordonnèrent la jonction des armées de Mayence et de l'Ouest avec celle des côtes de Brest sous le commandement de Rossignol, et ils eurent recours à leurs deux collègues en mission dans l'Ouest, Jeanbon et Prieur de la Marne, pour imposer à tous les conventionnels présents dans cette région une direction unique. Prieur serait envoyé auprès des armées, Jeanbon était tout désigné par sa compétence spéciale pour mettre la côte de la Manche en état de défense contre une descente des Anglais et contre l’armée vendéenne. :

-Le 12 brumairc (2 novembre), à Ernée, le 13 à Fougères, les Vendéens anéantissaient le corps de Peyre en l'absence du général que Garnier de Saintes avait jugé bon d'emmener à Rennes ‘. Il n'y avait plus un instant à perdre. C’est pourquoi, le 16 brumaire (6 novembre), le Comité de Salut public écrivit à Saint-André la leltre qui décida du départ de ce dernier : le succès des Vendéens, lui disait-il, « peut favoriser leur arrivée à la mer par la terreur qu’ils ont inspirée. Plusieurs Représentants du Peuple sont dans les départements voisins, mais il leur manque de l'énergie ; il leur manque cette - chaleur républicaine qui a créé des bataillons, qui leur donne l'audace et qui double le courage. C’est toi que nous avons cru pouvoir choisir pour remplir cette importante et pressante mission. Nous l’engageons à partir pour Cherbourg sur-le-champ...….. Nous donnons dans le moment des.ordres pour qu’il arrive dans le département de la Manche et aux environs de nombreux secours et des troupes bien disciplinées. Tu dois y compter, et par ce moyen hardi nous sommes convaincus qu'il n’y aura plus ni guerre civile, ni brigands dans quelques jours ». Il ajoutait : « Dès cette lettre reçue, écrisnous que tu pars, dès ton arrivée envoie-nous un autre courrier. Ou à Cherbourg ou ailleurs, donne-nous très fréquemment de tes nouvelles ?. »

Jeanbon aurait préféré que Prieur fût désigné à sa place, il ne savait pas que son collègue allait recevoir, le 25 brumaire, une lettre analogue l’envoyant à l’armée de Rennes pour suppléer à la faiblesse de Le Tourneur, Pocholle, Le Carpentier et Garnier. Jeanbon ne regreltait pas seulement l’œuvre qu’il avait entreprise à Brest, il aurait voulu, en cas de sortie de l’escadre, l'accompagner à la mer *, et il lui paraissait difficile d'établir l’accord entre les Représentants qu’il allait trouver sur son parcours. Le Comité de Salut public lui parlait d'eux, dit-il, « de manière à me faire trembler pour le succès de mes opérations : que pourrai-je faire avec eux sans titre ostensible, et craignant même de produire votre lettre de crainte de bles-

1. Voy. AF11 120, 121. Guerre : armée des côtes de Cherbourg et armée des côtes de Brest; AFu 30 (lettre curieuse du citoyen Henry, volontaire de la Côte-d'Or, à son oncle, Prieur de la Côte-d'Or); AFu 268. Chassin, t. II, p. 259. Lemas, Les commissions militaires révolutionnaires dans Ille-et-Vilaine. Paris, s. d. Fischbacher, 129 p. in-12, p. 1-2).

2 Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIIL, p. 251.

ser leur amour-propre ». Effectivement, tout en le chargeant de diriger ses collègues, le Comité de Salut public ne lui donnait et ne pouvait lui donner sur eux aucun pouvoir. Du moins sa nouvelle mission ne l’écartait pas absolument des travaux qu'il avait com-

mencés pour restaurer la marine, il demeurait en correspondance

avec Bréard ! et son inspection des côtes de la Manche lui donnait l'occasion d’en visiler les ports,

IT

Saint-André avait reçu le 22 brumaire (12 novembre) la lettre du Comité. Le 28, il roulait sur la route de Paris, accompagné de Bellanger, dont il faisait son secrétaire momentanément en place de Labrouche qu'il avait expédié à Rennes aux nouvelles ?. Ce jour même, à Landerneau, avec la commission administrative du Finistère, il s'entretenait des préparatifs de défense. Le 25, il passait à Saint-Prieuc et le même jour il arrivait à Dinan *. Il y trouvait avec la division de Tribout, Prieur de la Marne venu du Morbihan. Prieur projetail, ne sachant pas encore les intentions du Comité de Salut public à son égard, de se rendre à Saint-Malo ; Jeanbon, sans se douter que tel fut le vœu du Comité, envoya son collègue à l’armée de Rennes *.

Les Vendéens étaient à Avranches, en route sur Granville, d’après les indications d’émissaires qui leur annonçaient la prochaine apparition des Anglais devant ce port ÿ. Il fut convenu avec Prieur, dit Jeanbon, « que Tribout marcherait sur Pontorson, que Rossignol se porterait avec son armée pour occuper Antrain, que je ferais avancer Sepher pour occuper Avranches, et que les irois armées agissant simultanément les royalistes seraient ensevelis dans les marais de Dol et de Pontorson ». Pontorson était à l’ouest d’Avran-

1. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 16 et voyez plus loin.

2. Jeanbon et Bréard à Prieur, 22 brumaire (AFn 277). Arch. commun. Brest, minute de Duras du 22 brumaire. Arrêté d'envoi de Labrouche à Rennes, 16 brumaire &bid., Reg. I d'arrêtés des Représentants). Jeanbon dans cette mission s’intitulera « Le Représentant à Brest et à Cherbourg ».

3. Passage à Landerneau L103 bis, fol. 10 verso, Arch. Finistère. Jeanbon au Comité de Salut public, de Saint-Brieuc, 25 brumaire (AF1r1 268, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 443). Jeanbon au Comité de Salut public, de Dinan, 26 brumaire (AF1t 268, Aulard, t. VIIT, p. 467).

4. Prieur arrive à Dinan le 25 (Registre du Comité de surveillance, Arch. commun. Dinan); Prieur à Bréard et Jeanbon, A Fu 277 ; Prieur au Comité de Salut public, de Rennes, 27 brumaire (Aulard, t. VIII, p. 503). Jeanbon à Guermeur (Dinan, 25 brumaire, AF17 58), au Comité de Salut public, de Dinan, 26 brumaire. Le 25, le Comité de Salut public écrit à Prieur pour lui donner l’ordre de se porter à l’armée de Rennes (AF11 280, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 436). Signalons dans la lettre de Jeanbon du 26 une erreur sur l'attitude des habitants d’Avranches qu’il accuse à tort de lâcheté devant les Vendéens.

Page 1