SON VOYAGE DE BREST A COUTANCES
ches, Antrain au sud, l'ennemi devait donc être enfermé dans un cercle, et ce plan était conforme à celui des Représentants en mission auprès de Rossignol ‘. Jeanbon lança donc immédiatement Tribout vers Pontorson, mais pourquoi Rossignol demeurait-il immobile à Rennes depuis l'affaire d'Ernée ? « Est-ce frayeur, est-ce inertie ? » se demandait Saint-André, et il expédia à Rennes pour mettre Rossignol en mouvement, Guermeur, qui avait suivi Prieur de la Marne à Dinan ?. Jeanbon ne savait pas que Rossignol attendait l’arrivée des armées de Mayence et de l'Ouest réunies, et celles-ci ne vinrent le joindre que ce même jour, 25 brumaire (15 novembre) #.
Le 26 au soir, tandis que Prieur partait pour Rennes, Jeanbon allait coucher à Saint-Malo, non sans faire une apparition à la Sociélé populaire de cette ville. Le lendemain, il visitait la place qu’il trouvait en bon état de défense et pourvue d’un commandant temporaire, Damar Létang, capable de suppléer à la nullité du chef de brigade Cadenne placé à la tête des troupes par Pocholle *. Il supprimait une commission militaire exécutive formée de la réunion des corps administratifs et judiciaires et qui présentait à ses yeux un caractère fédéraliste ; il formait une commission militaire pour juger dans les vingt-quatre heures une poignéede prisonniers vendéens, commission qui du reste ne siégea que deux jours et se montra fort indulgente ÿ,. Jeanbon visitait aussi les chantiers du port, prenait des mesures pour activer les constructions, et il apprenait avec joie, communiquait au Comité de Salut public la nouvelle que les Vendéens avaient échoué le 24 et le 25 brumaire devant Granville énergiquement défendu par Le Carpentier. Il pouvail revendiquer une petite part dans ce succès pour son secrétaire Labrouche qui, revenu sur son ordre de Rennes
1. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p.16. Note remise à Labrouche par Pocholle et presque identique (Biblioth. du Port. Brest).
2. Jeanbon au Comité de Salut public, de- Dinan, 26 brumaire. Noter qu’il était bien disposé pour Rossignol, l’avait défendu le 9 juillet contre Biron (voy. ch. vi, p. 348). Rossignol avait visité Brest le 25 vendémiaire (lettre de lui à Bou chotte. Guerre : armée des côtes de Brest). Sur Guermeur à Dinan, voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, p. 503, et sur son envoi à Rennes AFn 58.
3. Sur la position de ces différentes armées, voy. Savary, t. 11, pp. 821-336, Chassin, (IE, pp. 277, 279.
4. Lettre de Jeanbon de Saint-Malo, 27 brumaire (Moniteur, t. XVIII, p. 510). L'agent Leclerc-Sempré à Desforgues, même date. (Affaires étrangères, fonds de France, Reg. 325, n° 195), Sur la défense de Saint-Malo, voy. Guerre : armée des côtes de Brest, Savary, t. 11, p. 331, rapport de Leclerc-Sempré (Affaires étrangères, France, Reg. 325, n° 263). Sur Cadenne, voy. les mêmes et Chassin, t. IT, p. 274, note 2.
5. Le principal chef au ministre, Saint-Malo, 15 brumaire (BB 21, fol. 222), arrêté de Jeanbon, 27 brumaire (Guerre : armée des côtes de Brest); Jeanbon au Comité de Salut public, Saint-Malo, 27 brumaire (BB? 38, fol. 449, Aulard, t. VIIT, p. 502), Lemas, op. cit. p. 109 sqq. Le Carpentier qui, le 1? messidor, écrit au Comité de Salut publie que la commission militaire révolutionnaire a été instituée par Tréhouart se trompe évidemment (AF11 179). La commission prononce une condamnation à mort et deux renvois devant le tribunal criminel du département. Plus tard, elle sera réorganisée par Tréhouart. Du Chatellier attribue à tort à Jeanbon l'institution de la commission révolutionnaire d'Antrain (Révolution en Bretagne, t. LV, p. 89).
à Cancale, avait dépêché aux Granvillais des munitions, des vivres, deux chaloupes canonnières envoyées de Saint-Malo par Jullien *.
Parti le même jour pour Cancale, Jeanbon y ordonna des mesures de défense, et de là par mer il passait à Granville. Recu avec joie par Le Carpentier, il prit avec ce Repré$enlant un arrêté en vue d’indemniser provisoirement les habitants des sacrifices qu'ils avaient consentis pour repousser l’ennemi. Puis il se rendit à Coutances 2. Il y était le 28 brumaire (18 novembre). ;
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Il se trouvait maintenant dans le département de la Manche, c’està-dire dans le ressort de sa nouvelle mission. Il rencontra à Coutances le conventionnel Laplanche et l’armée de Sepher venus du Calvados. Laplanche, personnage hâbleur et grossier, s’était conduit naguère dans le Loir-et-Cher comme un énergumène, il fut piqué de voir arriver auprès de lui un membre du Comité de Salut public *. Quant à Sepher, il venait de faire une campagne de cinq jours qui pourrait passer pour le chef-d'œuvre de l’absurde, se reportant de Vire sur Coutances par Saint-Lô le 23 brumaire pour couvrir Cherbourg au lieu d'aller défendre Granville, puis accourant le 26 au secours de cette place alors qu’elle s'était déjà sauvée elle-même, et rétrogradant ensuite de nouveau sur Coutances *. Il avait du moins élevé de grands travaux en avant de Carentan et Saint-Lô pour
1. Jeanbon au Comité de Salut public, 27 brumaire. Sur Labrouche, voy. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 15 : « Nous devons rendre justice à l’activité intelligente de ce jeune homme ». Voyez aussi Lockroy, pp. 77 et 85. Sur le siège de Granville, voy. rapport Le Carpentier (AFn 121) et procès-verbal de la Convention, t. XXV, p. 321, Chassin, t. IIT, pp. 283-308.
2. Arrêté pour la défense de Cancale, Cancale, 27 brumaire (Guerre : armée des côtes de Brest). Voy. abbé Boulene, Cancale, son origine, son histoire. Paris, 1886, in-80). Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 16. Jeanbon à Bréard Granville, 28 brumaire (Biblioth. du Port. Brest); le même à Prieur, même date (AFu 277), arrêté de Jeanbon et Le Carpentier (AF17 268). Le 14 messidor, le Comité de Salut public accordera un million aux Granvillais (AFn 81). Jeanbon au Comité de Salut public, de Cherbourg, 18 frimaire (AF11 300, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 264). Jeanbon au même, Coutances, 28 brumaire (Guerre :
armée des côtes de Cherbourg, Aulard, t. VII, p. 534). Coutances était et resta.
jusqu’en l’an IV le chef-lieu du département.
3. Laplanche, envoyé dans le Loir-et-Cher le 23 août. Voy. Lemas sur cette mission, Révolution française, t. XX VIII, p. 496. Envoyé dans le Calvados par décret du 28 octobre (7 brumaire) (Procès-verbal, t. XXIV, p. 181). Jacques Léonard Goyre de Laplanche, moine bénédictin, vicaire de l’église cathédrale de Nevers, député de la Nièvre à la Convention, rentré ensuite dans la vie privée (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IE, p. 414).
4. Savary, t. IL, p. 335. Guerre : armée des Côtes de Cherbourg. Sepher rejettera la responsabilité de cette marche sur Laplanche. Voy. aussi Journul de l’armée des côtes de Cherbourg. Caen, de l'imprimerie de la Guerre suivant l'armée, par Derché, juillet 1793-16 frimaire an IT. Bibl. Nat. Le?, n° 2583.
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