ÎL ENTRAINE L'ARMÉE DE SÉPHER A RENNES
reprendre du service, fut-ce comme simple soldat, le relèveraient aux yeux de l’histoire, pourraient faire admeltre qu’il a été victime d'une contradiction entre les ordres de Jeanbon et ceux du Comité de Salut public; mais son mémoire, lotalement dépourvu de fran- : chise, le condamne. Au surplus, suivant le mot de Jeanbon, les troupes valaient mieux que leur chef. Durant la marche de Caen à Avranches le service de l'état-major avait été déplorable; au contraire, dans l’armée de l'Ouest c’est la colonne formée de l’armée des côtes de Cherbourg qui va montrer le plus de valeur, c'est elle qui, au Mans, d’un mouvement irrésistible, enfoncera la barricade des Vendéens, puis qui sauvera des outrages el de la boucherie les femmes et enfants des royalistes ‘. Quant à TilLy, M. Chassin, dans ses solides études sur les guerres de Vendée, a prouvé qu’il méditait à ce moment même des projets de trahison; mais tous les contemporains les ignoraient, et l'opinion que le Représentant avait du talent de ce général était parfaitement justifiée ?. Ajoutons que l'attitude temporisatrice de Sepher eut une dernière conséquence, même après son arrivée à Rennes : elle fournil à Rossignol.un semblant d’excuse pour l’immobililé inconcevable dans laquelle il se tint à Rennes pendant qu'Angers était attaqué par les Vendéens en retraite vers la Loire, Rossignol a effectivement allégué, dans ses Mémoires, qu'il perdit
une demi-journée à attendre l’armée de Cherbourg.
Jeanbon a donc sagement agi en faisant écarter Sepher du commandement et en fusionnant les armées des côtes de Cherbourg et de l'Ouest. Il ne fit, d’ailleurs, que prévenir une décision du Comité de Salut public qui, le 13 frimaire (3 décembre), prit un arrêté dans ce sens *. La mesure était d'autant plus opportune qu’une nouvelle révolle, survenue dans le Morbihan, obligeait dans le même temps Prieur de la Marne à s’affaiblir de la division de Tribout, trois mille
à propos de Sepher : « depuis deux jours nous avons eu beau lui annoncer qu’on entendait une vive canonnade du côté de Fougères, il a toujours répondu qu'il enverrait des patrouilles pour savoir si l’ennemi s’approchait d’Avranches ». Une lettre de Laplanche au Comité de Salut public, Avranches, 2 frimaire, explique que le 1er frimaire au soir, Sepher, arrivé à Avranches après une marche forcée, ne pouvait aller plus loin, mais elle n’excuse ni son inaction d’avant cette marche, ni sa station à Avranches les jours suivants (Aulard, t. VIII, p. 638). L'agent Perrin
de Sainte-Eumélie l’accuse aussi formellement (Arch. nat., F!* n° 551). Jomini accepte
le jugement de Jeanbon (Histoire critique et militaire des querres de la Révolution, t. IV, p. 334). M. Chassin se rend aux raisons de Sepher en ajoutant qu'une partie de ses troupes lui avait été empruntée par Rossignol pour l'exécution d’une embuscade tendue aux Anglais devant Saint-Malo (t. 111, p. 316-317). Or, les Mémoires de Rossignol induisent ici M. Chassin en erreur, cette embuscade date des premiers jours de nivôse (voy. Laplanche au Comité de Salut public, 11 nivôse, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 783).
1. Poupinet, acolyte de Le Carpentier, à Prieur en septembre (AF1r 121), CHASEIR
:t. LIL, p. 420. Journal de l’armée des côtes de Cherbourg: