‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 496 sur 889 · MISE EN DÉFENSE DU COTENTIN · texte numérisé non relu

MISE EN DÉFENSE DU COTENTIN

fédéraliste, Prieur de la Côte-d'Or et Lecointre avaient été « hués en passant par Granville, épierrés à Avranches », et où, malgré l’épuration récemment effectuée par Le Carpentier el Garnier de Sainies, les administrateurs restaient suspects ‘. Enfin, quoique la majorité de la population se fût soulevée contre les Vendéens, des individus s'étaient joints à ces derniers, des arbres de liberté avaient été abattus “e

a Jeanbon néanmoins rassembla dix mille hommes à Mortain, Avranches et Granville, élablit des postes à Saint-Hilaire, Domfront et Vire. À Mortain, position intermédiaire entre les Vendéens etla côte, un Camp fut fait de baraquements construits par les soldats mêmes, avec les bois de la forêt de Mortain. « Les troupes en s’instruisant défendront le département de la Manche écrivait le Représentant, et à mesure qu'elles deviendront propres à faire la guerre pourront filer vers l’armée de Rossignol $. » Jeanbon réunit aussi 4 à 500 chevaux et prit un arrêté pour faciliter la tâche de Garnier de Saintes qui, placé à Alençon, s’efforçait de former quelques escadrons. Garnier, peu habitué par Le Carpentier à de bons procédés, fut tout étonné de trouver un collègue qui l’aidât « sans jalousie comme sans ombrage * ». Les cloches de Coutances furent envoyées à la fonderie de canons récemment organisée à Saint-Lô, Jeanbon projetait un dépôt d'artillerie légère à Valognes ÿ. Des exemples rigoureux affermirent la discipline f. Mais le Représentant ne savait quelle organisation donner aux troupes qu’il rassemblait : à part quelques détachements de l’armée révolutionnaire de Paris, c'étaient des hommes de la première réquisition, la loi du 2 frimaire (22 novembre) défendait de former de nouveaux bataillons avant que les anciens cadres

1. Voy. Wallon, Le 31 mai, t. I, pp. 425-428 et 463, Arch. Nat. Dxziv, n° 21, AFrr 45; sur Prieur et Lecointre, voy. Hettier, op. cit., p. 50. Sur les épurations yoy. AFn 120, 121. L’agent Perrin juge les habitants fort tièdes (F'* n° 551).

2, Enthousiasme patriotique réel (Reg. de délibérations de la municipalité de Coutances du 21 septembre 1793 au 4 vendémiaire an IV, Arch. commun. fol. 22-24). Voy. AF11 121 les sacrifices de la commune de Saint-Vaast la Hougue. Sur les complices des Vendéens, voy. Archives départementales. Registre de délibérations du conseil général du district d’Avranches, n° 2. Saint-Lô.

3. AF1t 268; Guerre : armée des côtes de Cherbourg ; Jeanbon au Comité de Salut public et à Bouchotte, déjà cité.

4. AFn 268. Garnier à Jeanbon, Alençon, 1 nivôse (Biblioth. du Port, Brest). Sur les dissentiments de Garnier et Le Carpentier, voy. Garnier au Comité de Salut public, le Mans, 4 frimaire (Guerre : armée des côtes de Brest, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIIE, p. 682).

5. AFu 120; sur cette fonderie, voy. Le Carpentier à Prieur de la Marne, 2 septembre et au Comité de Salut public, 19 frimaire (AF11 121. Aulard, t. VI, p. 240 et t.. IX, p. 289). Jeanbon au Comité de Salut public, Cherbourg, 23 frimaire (Aulard, t. IX 376.

6. ÀFn 268, 121. Voy. Procès-verbal de la Convention, t. XX VI, p. 392, et Aulard, t. VIIT, pp. 495, 554, t. IX, pp. 46 et 799 sur la mutinerie d'un bataillon de ‘Paris dit des Tuileries. À ces mesures se rapporte une lettre de Jeanbon au citoyen Pille, commissaire du mouvement ges armées. 21 floréal an II, collection Et.

Charavay.

fussent portés au complet, et les anciens cadres étaient loin !. Jeanbon ne savait pas davantage à qui donner le commandement..Il dut se contenter de l'adjudant-général Beaufort, amené par Laplanché dans le département, soldat énergique, mais brutal et fanfaron ?. Il ébaucha de la sorte, en huit jours, les éléments d’une petile armée, Il ne s’illusionnait pas cependant sur l’imperfection de son œuvre. A l’idée d’un retour de l’ennemi dans la Manche, ils ’épouvantait : « Que ferions-nous sans général et avec une arméé sans organisation °? »

Entre temps le Représentant à Mortain, à Vire épurait les autorités *. Une commission avait été instituée par le conseil général du district d'Avranches pour rechercher les individus qui s’élaient portés à la rencontre des Vendéens, et qui leur avaient désigné les maisons de patriotes à piller. Jeanbon fit envoyer à ia commission révolutionnaire instituée par Le Carpentier à Granville un des coupables, un jeune noble, René-Félix Tesson. Le directoire du district d’Avranches annonça la décision du conventionnel en termes cruels que Berriat Saint-Prix et M. Wallon soulignent, mais Saint-André n’est pas responsable de ces propos, et Tesson naguère détenu à Avranches comme suspect, Tesson une fois délivré par les Vendéens avait essayé de faire de ceux-ci les instruments de ses vengeances contre les sans-culottes de l’endroit ÿ. À Granville, Jeanbon livra à la commission militaire un officier qui lors du siège avait voulu répandre la panique; il destilua aussi un garde d'artillerie dont les comptes étaient arriérés et qui avait voulu faire effacer son neveu dela liste des réquisitionnés, « sous le motif qu’un jeune homme de famille ne pouvait pas être confondu avec les autres, aller à pied, porter son sac f ». Et par

1. Jeanbon au Comité de Salut public, Cherbourg, 23 frimaire. La loi du 2 est dans le Procès-verbal, t. XX VI, pp. 39 Sqq.

2. 11 nomme Beaufort le 12 frimaire commandant provisoire (AFn 268). Voy. Au- - lard, Actes du Comité de Salut public,t. VIII, p. 636, un article du fils de Beaufort dans la Nouvelle Minerve, t. VI, pp. 463-465, et Chassin, t. III, pp. 432-433. Sur le caractère de Beaufort, voy. encore Guerre : armée de l'Ouest, lettre de Bissy, 10 nivôse, à Grosse Durocher à Paris, et l’abbé Paris-Jallobert, Journal historique de Vitré, Rennes, 1880, 1 vol. in-8°, p. 463. J.-B. Beaufol dit Beaufort, né à Paris, en 1761, soldat au régiment de Languedoc, aux dragons d'Orléans, dans la garde nationale soldée de Paris, adjudant dans la 31° division de gendarmerie à pied le 15 août 1792, chef de bataillon blessé à Jemapes, confirmé dans le grade de général de brigade le 14 thermidor an Il, retraité le premier jour Complémentaire de l’an III, réformé en l’an IX, remis en service en 1809, retraité, engagé dans les volontaires royaux en 1815, mort en 1825 (Chassin, t. III, p. 330, note5).

3. Jeanbon au Comité de Salut public, 23 frimaire (Aulard, t. IX, p. 378).

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