Aux Représentants à l’armée de l'Ouest (AF1r
3. 22 frimaire (Reg. de correspondance de la municipalité, du 4 hrumaire, an II, au 3 brumaire, an III. Arch. commun. Cherbourg). AF1r 120 et 121. Guerre, armée des côtes de Cherbourg.
4, 11,832 habitants en 1793, voy. Le vieux Cherbourg, par l’abhé Leroy. Cherbourg, Aug. Mouchel., 1875, 1884, 1 vol. in-8. (Deux séries d’études reliées ensemble, p. 23 sqq, livre très impartial et très sérieux); voy. l’épuration dans AFn 120.
5. Voy. Procès-verbal de lu Convention, t. XXII, p. 177, t. XXVI, p. 298. Abus des pouvoirs illimités, adresse à la Gonvention nationale, en réponse à l’écril signé par Laurent Lecoïntre, 20 ventôse an IfI (recueil factice, biblioth.*commun. Cherbourg). AFn 121.
6. Jeanbon aux membres du Comité de Correspondance. Cherbourg, 18 frimaire (AF11 120).
7. Procés-verbal, t. XXVI, p. 360 sqq. Ce décret ordonne la suppression de l'administration départementale comme agent intermédiaire entre le gouvernement central d’une part, les districts et municipalités de l’autre ; il remplace le procureursyndic du district et le procureur de la commune élus, par l'agent national du dis-
Saint-André en profita pour contenir le zèle des hébertistes cherbourgeois. Repoussant en séance de la Société populaire les honneurs et flalteries qui lui étaient prodigués, il s'opposa à toute ingérence des
clubistes dans les questions de subsistances, à toute intervention de.
leur part qui pourrait favoriser le relâchement de la discipline parmi les troupes. Il cassa, comme à Saint-Malo, le conseil de guerre formé de la réunion des autorités constituées civiles et militaires, « monstre politique, contraire à lous les principes, défendu par l’article 13 de
la loi sur le gouvernement provisoire » ; il revisa les arrestations et
la composition du Comité de Surveillance. En un mot,sa conduite fut telle, qu’il a laissé à Cherbourg la réputation d’un modéré !.
Une question plus-délicate que toutes les précédentes embarrassa particulièrement Saint-André : celle de l'attitude à prendre vis-à-vis de la politique anti-religieuse qui, à ce moment, dans Cherbourg comme ailleurs, avait toutes les faveurs des terroristes exaltés.
Jeanbon avait depuis longlemps son opinion faite en matière de religion. À l’époque où il était pasteur, il considérait, on s’en souvient, comme la meilleure religion celle qui, pauvre de dogmes et de pratiques extérieures, féconde en enseignements moraux et civiques, se soumettrait aux prescriptions de police du culte établies par le gouvernement, et soutiendrait ce gouvernement en préchant le respect des lois et le dévouement à la patrie. Ses préférences allaient ainsi à une sorte de « religion civile » proche du christianisme primitif, du calvinisme et du déisme de Rousseau. Dans l'intérêt de l'État même, il souhaitait que l'Etat l’adoptât. Il tolérait cependant que d’autres religions existassent à côté d’elle tant qu’elles ne violeraient pas les lois établies, partagé qu’il était entre ses tendances étaltistes el son respect de la liberté individuelle, et persuadé que la violence est inutile sinon dangereuse en matière de religion. Celte religion civile, la Constituante, surtout pour combattre l'hostilité du catholicisme romain, l'avait établie sous deux formes : l’une qui élait tolérée depuis 1787 et qui resta tolérée, le calvinisme, l’autre privilégiée, véritable religion d'Etat, la Constitution civile du clergé, et d'autre part la Constituante avait inscrit dans la Déclaration des Droils
trict et celui de la commune nommés par la Convention ; il ordonne l'épuration des autorités, etc.
1. Jeanbon à la Société populaire, séances du 18 et du 20 frimaire (Registre des délibérations. Arch. commun.). AFn 268, 120. Registre du comité révolutionnaire du district de Cherbourg, fo 28 recto (Arch. de la Manche. Saint-Lô). La brochure : Abus des pouvoirs illimités qui accable Le Carpentier d’accusations ajoute : « Les Représentants du peuple, Garnier de Saintes, Bouret, Jeanbon Saint-André... ont successivement éprouvé combien ces reproches sont fondés »; ni elle ni les autres pamphlets thermidoriens que nous avons trouvés n’inculpent Saint-André.
Lee nt de)
FN RTE
LA 2m doi
ie Ed
de l'Homme la liberté de conscience, elle prétendait ne réprimer dans le catholicisme romain que des manifestations rebelles à la loi. Jeanbon, durant son séjour à Montauban, avait naturellement sp prouvé celte politique religieuse de l’Assemblée nationale.
Quand il fut conventionnel, notre héros changea peu à peu d’avis. La situation privilégiée du culte assermenté lui déplut, il trouva cette religion insuffisamment dégagée des dogmes et des pratiques superstitieuses, des formes et des rites ‘elle n’était pas assez voisine du chris- . lianisme primitif, elle était peu philosophique et rationnelle, son clergé constituait toujours une classe particulière et distincte du reste des citoyens. Jeanbon réva donc avec Baudot, nous l'avons vu, une religion « simplifiée », tout en convenant qu'aux populations du Midi les cérémonies extérieures étaient nécessaires ‘. Il semble que beaucoup de conventionnels raisonnaient comme lui. Néanmoins, jusqu’en juin 1793, il soutint les prêtres assermentés, il blâma la proposition de supprimer leur traitement ?, car leur religion était énèore toute dévouée à l'État. La Convention, de son côté, ne s’écartait pas sur ce point de la politique de la Constituante, le catholicisme assermenté demeurait une religion d’Élat, et le calvinisme une religion tolérée, on voyait la Convention inscrire dans la Constitution de lan I le principe de la liberté des cultes, et persécuter les prêtres réfractaires non parce qu’ils étaient prêtres, mais comme fauteurs de contre-Révolution. Bien plus, la majorité des conventionnels ne paraissaient pas songer à la réforme religieuse à laquelle pensait Saint-André.
Mais le clergé constitutionnel, les ministres calvinistes se jetèrent dans l'insurrection girondine, et après de nouveaux décrets favo- -rables aux assermentés en juin 1793, en juillet l’Assemblée glissa vers une politique toute opposée *. Jeanbon, pour sa part, s’indigna
1. Voy. plus haut les chapitres 11 et 111. Sur toute cette question, voy. Aulard, Le culte de la Raison et de l'être Suprême, Paris, 1892, in-8, et Debidour, Histoire des rapports de l'Église et de L'État en France de 1789 à 1870, Paris, 1898, in-8. Depuis l’entrée de Jeanbon à la Convention on relève de lui les “manifestations suivantes : le 23 septembre 1792 il écrit à la municipalité de Montauban, à propos de l’offrande faite à la Convention d'ornements du culte : « L’esprit de philosophie fait chaque jour des progrès dans cette capitale. On y comprend enfin que ce n’est pas le luxe du culte mais la vertu qui honore la divinité. Espérons que cette leçon ne sera pas sans fruit et que la superstition passera comme la tyrannie a passé » (Révolution française, t. XXIX, p. 65). Le 9 décembre, Manuel proposant à la Convention que la lecture des lois et adresses de la Convention soit faite dans les lieux consacrés au culte, Jeanbon déclare que cette proposition « tendrait à donner un air de légalité aux cultes. Vous n’en reconnaissez, vous n'en devez reconnaitre aucun » (Monileur, t. XIV, p. 700). Dans son projet d'éducation nationale il dit : « Qu'ont été dans l’ori- -gine la plupart des cultes religieux dont les stupides sectateurs ont déshonoré la raison humaine... ? des systèmes de philosophie... Le fils de Marie lui-même ne prescrivit point de culte à ses disciples, il se borna à leur recommander la justice, la bienfaisance et la prière; et cependant nous savons ce que sa doctrine a produit de folies et de crimes dans les mains d’une classe particulière » (Guillaume, op: cit., t. I, p. 278).
8. Jeanbon à Filsac, 18 juin (Révolution française, t, XXIV, p. 157).
3. Voy. discussion du 16 novembre 1792 aux Jacobins et décret du 30 novembre, décrets du 8 et du 10 décembre, séance de la Convention du 11 janvier 1793 (Procès-
que les apôtres d’uné religion civique se missent en révolte contre les lois de l’État, il se reprit à méditer l'établissement d’une religion civile, retenu toutefois par la crainte d’attiser le fanatisme des prêtres assermentés après celui des insermentés et d’indisposer leurs fidèles ‘. À Brest, pays de catholicisme très ardent, sa conviction s’affermit qu'une religion laïque était nécessaire : la prédication civique qu’il avait organisée, à laquelle il émployait la Société populaïre, et qui assurait son action, c'est-à-dire l’action de l’État, sur lés
habitants, les ouvriers et l’escadre, cette prédication civique ne pou- .
vait avoir d'action efficace qu’au jour où nulle autre propagande ne viendrait la combattre et où toute liberté serait eulevée au prosélytisme du clergé. Le Représentant motivait ainsi l'arrêté par lequel il plaçait des instituteurs sur les vaisseaux. « Un reste de fanatisme, fruit de l'ignorance, régnait à bord de la flotte. Quelques-uns se
rappelaient qu’ils avaient eu autrefois des aumôniers, et ils avaient .
la faiblesse de les regretter. Nous pensâmes qu’il était nécessaire de détruire ce préjugé »; et comme il jugeait qu’en pareille matière il fallait user de prudence, « convaincus, dit-il, que l'erreur d'opinion
résiste à la force et cède à la raison, nous osâmes proposer à ces
hommes simples et bons le choix entre des aumoniers et des instituteurs ? ».
Dès ce moment sans doute se précisèrent dans l’esprit de Jeanbon.
toutes les idées que nous l’entendrons formuler à Cherbourg. Il voulut une religion purement civile, sans dogmes ni pratiques, une religion consistant uniquement dans l'instruction morale et civique ;
cette instruction, le peuple la recevrait des instituteurs et des magistrats, ses élus; c’est par l’enseignement des uns et des autres et en s’aidant de la seule force de la raison qu’il arriverait à la connaissance de la loi morale et de la divinité, c’est par la pratique des vertus sociales qu’il honorerait celle-ci. Alors délivrés de l'esprit
verbal de la Convention, t. IL, p. 398;t. IV, pp. 105, 153; t. V, p. 154). 8 lettre de Robespierre à ses commettants : « Je n’aime pas plus qu'un autre le pouvoir des prêtres : c’est une chaîne de plus donnée à l’humanité, mais c'est une chaïne invisible, attachée aux esprits », et il combat toute idée de persécution. Voy. la Déclaration des droits de l’homme de la Constitution de l’an [ formulée « en présence de l’Etre Suprême », avec son article 7 et l’article 122 de l’Acte constitutionnel proclamant la liberté des cultes; et les décrets du 7 et du 27 juin 1793 encore favorables au culte catholique (Procès-verbal, t. XIII, p. 131; t. XIV, p. 366). Le 19 juillet sont rendus deux décrets en faveur des ministres du culte qui se marient (Procès-verbal, t. XVI, pp. 352-353). Cf. lettre de Jeanbon à Sartre du 26 juin, où il s’indigne du fédéralisme des prêtres constitutionnels, et rapport du protestant Cambon du 11 juillet sur le fédéralisme des prêtres et des ministres de Calvin réunis (Moniteur, t. XVII, p. 102).
1. Lettre à Sartre, Jeanbon aux Jacobins le 21 juin sur la motion de la suppression des traitements ecclésiastiques : « la raison et la philosophie feront leur chemin et finiront par atteindre le but; mais il faut, en gémissant sur la faiblesse de nos frères des départements, avoir égard à cette même faiblesse. Il faut ne laisser aucun prétexte aux prêtres « (Aulard, Jacobins, t. V, p. 269).
8. Rapport des Représentants envoyés à Brest, pp. 6-7. Cf. Roux-Fazillac au Comité de Salut public, 27 frimaire, il a porté au fanatisme « un coup terrible en organisant les:écoles primaires » (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX,
GE