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SON ADHÉSION AU CULTE DE LA RAISON 609 de secte et des suggestions du fanatisme qui jusqu’alors les armaient les uns contre les autres, tous les citoyens s’uniraient dans üne concorde et une harmonie bien heureuses ; supérieure à tous les cultes précédents par ses origines philosophiques et son caractère rationnel, cette doctrine serait pour l’État d’un ferme appui sans jamais. lui devenir redoutable !. C’est ainsi que, tout naturellement, d’une religion purement. morale Jeanbon passait à une morale purement laïque, et de même que les Constituants avaient soustrait à la malveillance de la papauté la direction de l’Église, à l’Église même devenue malveillante il enlevait la direction des esprits. Quant aux confessions antérieures à la nouvelle religion, par respect pour le principe de la liberté des culles, liberté garantie d’ailleurs par la Constitution, et pour ne pas: soulever imprudemment les consciences, Jeanbon les laisserait subsister, sans se priver toutefois de démontrer leur faiblesse et de les dénoncer au mépris public, sans hésiter à réprimer toutes celles de leurs manifestations qui seraient contraires à la loi, comme l'avait fait la Constituante pour le catholicisme romain. De la sorte, sans secousses, sans violence, on s’en débarrasserait peu à peu. Interprété de cette façon, le respect pour la liberté des cultes ressemble fort au respect que professail Jeanbon pour la propriété, il est purement platonique et dans la pratique on s’en écarte sans cesse. Ainsi va faire Saint-André.
Précisément, durant la mission de notre conventionnel à Brest, la colère des montagnards contre les prêtres constitutionnels, l’influence des Hébertistes sur les Sociétés populaires, déterminaient
1. Cf. sa proclamation du 21 frimaire et ses discours au club de Cherbourg, plus loin et les chapitres xv et xvir passim. Il ne professe pas l’athéisme : « cette doctrine n’est pas celle de mon cœur et je ne l’ai jamais préchée nulle part... j'ai en public comme en particulier parlé contre les superstitions » (Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest). Voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 601, son admiration pour les habitants d'Hardinvast qui veulent remplacer leur curé par un « officier de morale » pour « les instruire », et l’enseignement religieux par « l'éducation nationale pour former leurs enfants à la connaissance de leurs droits et à l’amour de la patrie ». Cf. à ses idées celles de Rabaut Saint-Etienne dans le 3° des Mémoires déjà cités. Les législateurs « ont laissé aller les rênes morales et les prêtres s'en sont saisis..….ce n’est ‘donc point à détruire le ressort moral de la religion qu'il faut travailler : il faut songer seulement à l’ôter des mains où il est si mal placé et l’associer au ressort moral de la politique en le mettant dans les mains de l’administrateur unique des intérêts sociaux... diminuez insensiblement les processions, les confréries et toutes les cérémonies des places et des rues sur lesquelles l'autorité a une inspection non contestée : renfermez les prêtres dans leurs églises où ils pourront faire tout ce qui leur plaira... Faites que l’on puisse être vertueux sans les prêtres, ce mot renferme toute la politique du projet. Pour cet effet inspirez les mœurs... Cherchez l’art de diriger l'opinion publique. Dirigez tout, spectacle, religion, philosophie, sciences... Le temps viendra, après avoir subordonné le clergé au gouvernement, de rendre la religion civile, de la faire concourir avec les lois et de joindre ces deux ressorts dans la même main. La puissance civile sera pour lors dans son plus grand état de forces » (Mémoires de l’Académie de Nimes, 7° série, t. X VI, pp. 231- 240). M. Maggiolo ne s’y est pas trompé, il cite Jeanbon parmi les conventionnels -qui « veulent déchristianiser la France et lui imposer les dogmes, les rites, la litur- -gie, les chants, les cérémonies, les prêtres d’une religion laïque » (Hess Fêtes décadaires, Revue de la Révolution, 1887, t. I, p.195).
dans toute la France des mesures locales contre le culte assermenté.
Ce n'étaient point là les actes préliminaires d’une réforme religieuse, mais simplement des violences impulsives, la négation des croyances catholiques accompagnant la proscription du clergé catholique. Certains Représentants en mission encourageaient ces tendances. Fouché, qui prenait le premier cette attitude, trouvait en brumaire bien des émules, notamment Lequinio à Rochefort‘. La Convention même cédait à sa propre irritation vis-à-vis des ecclésiastiques fédéralistes, elle se laissait entraîner par le mouvement, sans dessein prémédité pourtant, comme l’a établi M. Aulard, l'historien du Culte de la Raison. Le 16 brumaire, elle autorisait les administrations de départements à prononcer sur les suppressions dé paroisses. Le 17, elle accueillait l’évêque de Paris, Gobel, qui venait, sous la pression de la Commune, abdiquer à la barre, et plusieurs conventionnels membres du clergé catholique, les pasteurs Julien de Toulouse el Lombard Lachaux imitaient Gobel. Le 20 brumaire (10 novembre) l'Assemblée autorisait de sa présence la fête de la Raison à Notre- Dame de Paris, mascarade brutale d’athéisme, très différente du culle moral envers la divinité rêvée par Saint-André ?, D'autre part, des protestations des fervents du catholicisme se faisaient jour de tous côlés, et une nouvelle guerre de religion s’annonçail.
Le Comité de Salut public s’en inquiéta. Il s’était abstenu déjà de suivre la Convention au Temple de la Raison; le 1°" frimaire, aux Jacobins, Robespierre attaqua les Hébertistes et leur politique de déchristianisation : « Je ne vois plus qu'un moyen de réveiller parmi nous le fanatisme, dit-il, c’est d’affecter de croire à sa puissance », la Convention a l'intention « de maintenir la liberté des cultes qu’elle a proclamée, et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe, ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire »*. Le 15 frimaire, Robespierre fit voter par la Convention une Réponse aux manifestes des rois ligués contre la République, où il était
1. Procès-verbal, t. XXIV, p. 53, t. XX VI, p. 285. Fouché à commencé le 26 sep- ‘tembre (5 vendémiaire) et le 18 octobre (27 vendémiaire).
2. Procès-verbal, t. XXV, p. 21, pp. 47-59, pp. 128-130. Noter que le président Charlier répond à Gobel : « La Constitution vous a garanti le libre exercice des cultes, et sous cette garantie solennelle, éclairés par la raison et bravant des préjugés anciens, vous venez de vous élever à cette hauteur de la révolution où la philosophie vous attendait » (ibid., p. 52). Noter aussi qu'un décret du 29 brumaire ordonne l'élévation d’un monument à Calas avec cette inscription : « A Calas, victime du fanatisme », et à l’aide « du marbre arraché au fanatisme par la raison dans les “églises supprimées » (Procès-verbal, t. XXV, p. 330). Sur les menaces d’une nouvelle guerre de religion, voy. Godefroy au Comité de Salut public, 24 brumaire (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIII, p. 424).
3. Le Comité, le 6 brumaire, à André Dumont, il blâme sa politique anti-religieuse comme imprudente, susceptible d'allumer la guerre civile, et ajoute : « il faut punir les prêtres séditieux et inciviques, mais non proscrire ouvertement le titre de prêtre en soi » (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIIT, p. 58). V. Robespierre, le 1e" frimaire dans Aulard, Jacobins, t. V, p. 529, et la Réponse aux manifestes, Procès-verbal, t. XX:VI, pp. 394-400.
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déchire é : «le peuple français et ses Représentants respectent la liberlé de tous les cultes et n’en proscrivent aucun ». Le 16 (26 décembre), un décret interdit « toutes violences et mesures contraires à la liberté des cultes ». Toutefois, le 18, un article complémentaire de ce décret
établit que la Convention « n'entend pas... improuver ce qui a été fait jusqu” à ce jour en vertu des arrêtés des Représentants du peuple,
ni fournir à qui que ce soit le prétexte d’inquiéter le patriotisme et de ralentir l'effort de l'esprit public ! ».
Dans la Manche, Jeanbon trouvait une population manifestement religieuse, un clergé assermenté, assez rude de manières semble-til, mais par là-même plus proche du peuple, et d’ailleurs promptement revenu du fédéralisme, plus patriote que jamais par peur des Vendéens. Le culte constitutionnel était célébré à l’armée des côtes de Cherbourg, et, dans le conseil sans-culotte de Le Carpentier, se trouvait un prêtre non moins apprécié de Garnier de Saintes et de Prieur de la Marne *. Pour toutes ces raisons, une révolution religieuse était inopportune, le voisinage de l’armée catholique royale la rendait même dangereuse. Néanmoins les hommes violents et grossiers qui dominaient dans les Sociétés populaires et Comités de Surveillance obéissaient déjà aux impulsions venues de Paris. Du reste, pas plus
que leurs frères en Hébertisme ils ne poursuivaient la substitution
au dogme catholique d’une croyance morale, ils n'avaient d'autre conception que la négation du christianisme, ils étaient incapables de s'élever plus haut, et ce qui leur plaisait dans le culte de la Raison, c'étaient les parodies du culte constitutionnel. Jeanbon venait de réprimer à Coutances leurs excès de zèle, et, en voyant dans cette ville, emprisonnés pêle-mêle, des gens qui avaient assisté à la messe et d’autres qui n’y avaient pas assisté, il avait pu comprendre quels désordres allait provoquer la tentative de déchristianisation commencée. Mais en arrivant à Cherbourg, il apprit par les journaux et bulletins de la Convention, combien ce mouvement était général. A Montauban, la démocratie protestante avait suivi le courant et le culte de la Raison s’installait brutal et agressif sous les auspices du club, avec l'appui du Représentant Paganel et de Poncet-Delpech, l’ancien Constituant. Il en élait de même
‘à Cahors.*. Jeanbon constata aussi l'attitude irréfléchie de la