‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 508 sur 889 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

-Bréard à Brest, croisière Van Stabel, Bréard continue à réorganiser la marine. Bréard débordé par les démagogues, excès de ses agents, conflits avec Jullien, Tréhouart, Carrier et leurs agents. Bréard, dénoncé au Comité de Salut publie, demande un tribunal révolutionnaire. — Arrivée de Jeanbon, il sollicite son rappel, punit un agent de Bréard, refuse le tribunal révolutionnaire et proteste contre la politique de Terreur. Van Stabel part chercher le convoi d'Amérique, projets de croisières de Jeanbon, ses lettres et observations au Comité de Salut publie et à Dalbarade des 12 et 17 nivôse. — Que le Comité de Salut public veut l'accentuation de la Terreur pour vaincre l’Angleterre, après avoir vaincu par la Terreur les puissances du continent; rapport de Barère du 14 nivôse, rappel de Bréard remplacé à Brest par Laignelot; projet de descente en Angleterre substitué à des plans de eroisières. — Jeanbon fidèle à la modération à Brest, mais départ de Bréard et arrivée de Laignelot chargé d'installer un tribunal révolutionnaire ; travaux à Brest, l’impulsion de Jeanbon secondée par le Comité de Salut public. — Jeanbon rentre. brusquement à Paris, mécontent de l'installation du tribunal révolutionnaire de Laignelot. Regrets qu'il laisse.

Resté seul à Brest, Bréard s'était d’abord attaché à remplir le plan d'opérations navales concerté avec son collègue. Il avait fait partir, nous l'avons dit, le 27 brumaire (17 novembre) trois frégates, deux corvettes pour aller ravitailler Saint-Malo, Cancale et Granville. Le 26 brumaire, le contre-amiral Van Stabel avait gagné le large avec six vaisseaux de 74 choisis parmi les meilleurs voiliers, et deux frégates, deux corvettes. Il devail observer l’escadre anglaise et intercepter l’un des convois ennemis dont le passage sur nos atlerrages était annoncé ‘. Le 3 frimaire, Bréard apprit que Van Stabel fuyait devant toute la flotte de Howe et que des transports chargés de troupes avaient quitté les ports d'Angleterre. Bien qu’un débarquement sur notre littoral parût improbable en présence des tempêtes qui bouleversaient alors l'Océan, le Représentant eut des velléités de faire sortir Villaret-Joyeuse avec toutes ses forces. Maïs celles-ci, réduites d'ailleurs à dix-huit vaisseaux et quelques bâtiments légers, n'étaient pas libres de leurs mouvements, car lé ministre avait disposé de plusieurs bâtiments pour des missions incessantes et l'Océan était de plus en plus démonté. Ne sachant à quoi se résoudre, Bréard venait de prier par courrier Jeanbon de rentrer à Brest ou de courir à Paris pour arrêter une décision ferme avec le Comité de Salut

1. Bréard aux Représentants du peuple à Rennes, 27 brumaire (AFn 277). BB3 38, fol. 452. recto.

public et Dalbarade, quand le 12 frimaire (2 décembre) rentra Van Stabel t.

Sur les incidents de la croisière Van Stabel, les récits ne concordent pas. Il est cerlain toutefois que Howe était sorti de Torbay à sa poursuite avec vingt-six vaisseaux, soit que l’amiral anglais eût été provoqué jusque dans Torbay par les chasseurs de la division française, soit qu’il voulut, suivant le procédé constant des Anglais dans cette guerre, protéger au large des côtes de France la circulation des convois ?. Malgré des coups de vent furieux, Van Stabel avait réussi à s s’esquiver, même à dégager un de ses navires serré de trop près, grâce à l’agilité de ses manœuvres et à la marche supérieure de ses bâtiments dont la môâture résista aux plus violentes rafales, et il ramenait à Brest onze prises. A la vérité, il n'avait point intercepté les flottes marchandes de l’ennemi et deux de ses navires, séparés du corps de la division dans la tourmente, manquaient à l'appel. L'un, le brick /’Espiègle, capturé près d'Ouessant, ne devait plus reparaître; l’autre, le vaisseau l’Zmpétueux, revint quelques jours plus tard. Celui-là du moins était tombé dans un convoi hollandaiïs el avait enlevé six bâtiments à la vue et « à la barbe » de Howe*. Jeanbon, informé de toutes ces péripéties, fut enchanté du résullat de la croisière et persista dans l’idée « de faire sortir pendant l'hiver des divisions... il y a beaucoup à gagner pour nous si avec cinq ou six vaisseaux nous forçons l'ennemi à tenir une flotte à la mer. Il faut seulement recommander la prudence à nos contre-amiraux et leur donner les meilleurs voiliers de l’armée » ‘.

Entre temps, Bréard continua les opérations de radoub, d'armement, d'équipement, de ravitaillement, de fortification des côtes. Il y apporta une activité, une intelligence qui montrent en lui le digne collaborateur de Saint-André ÿ, malgré l’insubordination des forçats, l'absence des troupes emmenées par Tribout ou expédiées contreles rebeiles du Morbihan, malgré la goutte qui le clouait trop souvent au lit, et bien qu’assailli d’inquiétudes et d’embarras constamment renouvelés. « Il faudrait constamment ici trois Représen-

1. Bréard au Comité de Salut public, 5 frimaire (BB* 38, fol. 466, Aulard, Actes du Gomité de Salut public, t. VILL, p. 702) et à Prieur, même date (AF11 271). Bréard à Jeanbon, Brest, 3 frimaire (Reg. III de correspondance des Représentants. Arch. commun. Brest). Voy. aussi BB 38, fol. 460, BB* 22, fol. 429. Troude, Buatailles navales, t. IT, p. 291. Nous n'avons pas trouvé la lettre de Bréard annonçant la rentrée au mouillage.

2. Voy. ch. xvi sur cette divergence des relations. Sur le procédé des Anglais, voy. Degouy, La stralégie navale, Revue des Deux-Mondes, juillet-août 1889, p. 786, dejà cité.

3. Bréard au ministre, Brest, 21 frimaire, BB3 88, fol. 479. Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 11: Voy. aussi Troude, déjà cité, Rouvier, Histoire des marins français sous la République, p. 137, qui adopte la version du rapport Jeanbon. Les Français s’amusèrent beaucoup de la déconvenue de Howe (Journal de Bordeaux du 21 nivôse an Il, Biblioth. commun. Bordeaux).

à Jeanbon à Bréard, 19 frimaire (Biblioth. du Port, Brest).

. Voy. BB3 388, fol. 466-469, 476, 479-481, BB3 21, fol. 436. Lettre de René Dayot aux Fe nat. DxLur, 6. AFur 271.

Page 1