ATTITUDE DE BRÉARD EN SON ABSENCE
tants du peuple el je suis seul », Peu il. La pénurie des vivres augmentait encore ses lranses : le 5 frimaire, les greniers de Brest ne contenaient plus:que 80. quintaux de blé ; débordé, il écriyait au Comité de-Salul public : « Sur toutes choses renvoyez ici promptement Jeanbon . » De plus, on apprenait à chaque instant à Brest de nouveaux succès des Vendéens et on savait la flotte anglaise au large, en sorte qu'une attaque à revers de la part des premiers, un débarquement opéré par la seconde semblaient imminents. La présence même des armées françaises en Bretagne et les agissements des différentes autorités paralysaient ses efforts. C’est ainsi que les Représentants près l’armée des côtes de Brest réquisitionnaient tous les cuirs, et qu’il n’y avait pas moyen de chausser les équipages : «il est bien essentiel aussi que les marins ne manquent point de sou-
Jiers », faisait observer Bréard ?. C’est ainsi qu’un délégué de la
commission militaire révolutionnaire de Rennes se présentait à Brest, le 14 frimaire, pour accuser Thévenard de correspondance avec les Vendéens, d’après des révélations fantaisistes de Puthod, un chef de l'armée royale fait prisonnier. Thévenard fut incarcéré el Bréard ne sut plus à qui confier les fonctions si importantes de commandant des armes *.
Mais l'attitude politique du Représentant à Brest” prétait à de justes criliques # et lui suscitait des difficultés dans l’organisation de la marine elle-même. Autour des Représentants, nous l'avons montré, vivaient en vendémiaire et brumaire des fédéralistes repenlis côte à côte avec des clubistes, et c'était une tâche malaisée de tenir la balance égale entre les uns et les autres. De part et d'autre, intrigues, manœuvres et dénonciations étaient mises en œuvre pour accaparer la faveur des tout puissants proconsuls. Tant que Jeanbon avait été présent à Brest, il avait dominé tout le monde, gouverné au-dessus des coteries sans faiblesse imprudente ni rigueur excessive, se servant de chacun et ne servant personne. Bréard laissé à lui-même n’eut point cette fermeté de caractère, et obsédé par les occupations, les inquiétudes, les souffrances physiques, il ne garda point l'esprit assez libre. D'ailleurs, dans Brest dégarni de troupes, encombré d’une foule turbulente, modérés et royalistes avaient les coudées plus franches, et les derniers se reprenaient à espérer en apprenant l’approche des Vendéens; la ferveur des révolutionnaires
1. Bréard à Hector Barère, 8 frimaire (Reg. II1 de correspondance des Représentants). Levot, p. 167, Bréard au Comité de Salut public, 5 frimaire (Reg. II de correspondance des Représentants, Brest. Guerre, armée des côtes de Brest. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIT, p. 702). Voy. aussi AFur 271.
2. AF1r 271, AF1r 109. Un décret du 18 frimaire réquisitionne tous les cordonniers pour le service des armées (Procès-verbal, t. XX VII, p. 65).
3. Bréard au Comité de Salut public, 12 frimaire (Reg. II de correspondance des Représentants, Brest, BB? 23, fol. 35; Arch. nat. DxLu, 6). Bréard demande à remplacer Thévenard par Lacrosse ou Flotte Beuzidou (Bréard au Comité de Salut publie, 12 frimaire).
4, Dans une lettre à Dalbarade du 21 frimaire, Bréard feint de croire que ces critiques s'adressent à sa gestion de la marine (BB 58, fol. 480).
-s'exagérait en raison même de cetle situalion et aussi en raison du triomphe de la politique hébertiste dans tout le pays ‘. Entre ces pas-
Sions déchaînées, le Représentant: perdit tout équilibre moral, il oscilla dun parti à l’autre, rachetant ses complaisances d’un jour pour les ex-fédéralistes par une condescendance fâcheuse pour les
clubistes le lendemain. 1l ne donna satisfaction à personne et réunit
tout le monde contre lui.
Jeanbon élait parti le 23 brumaire. Le 27, le lieutenant de vaisseau Philippe Barère communiquait à Hector Barère à Lorient les griefs
de Tempié, Lucadou et autres « bons patriotes ». La fermeté manque
à Bréard, disait-il, « il est mal entouré et il est à craindre qu’il ne se
laisse tromper, les principaux conspirateurs du fédéralisme sont
encore gardés seulement à vue, et leurs amis et complices se couvrent adroitement du Représentant du peuple qui semble les protéger »; les forts de la rade sont mal gardés, peut-être a-t-on dessein d’incendier l’escadre; « ce qui est certain, c’est qu’il y a quatre généraux de la ci-devant marine royale qui sont venus de je ne sais où pour soulever les campagnes » ?. Ainsi attaqué, Bréard se tourna vers la Société populaire. fl lui demanda, conformément au plan qu’il s'était tracé avec Jeanbon, des citoyens capables de remplacer la municipalité et le Conseil général de la commune de Brest, el sur les indications du club, il nomma maire de Brest un négociant énergique et intelligent Berthomme, procureur syndic Julien Jullien, ofliciers
municipaux, le fondeur Beurier, le maître de forges Brûlé aîné, tous deux au service de la marine, et de petits commerçants, un comédien du théâtre; au Conseil général de la commune, il plaça des employés de la marine, le comédien Rebillard, de petits commer-
çants et l’imprimeur des Représentants Gauchlet. Toujours sur dési-
gnation de la Société populaire furent constitués une commission provisoire administrative du district et un conseil général du district dont le procureur syndic fut l'architecte des bâliments civils Vatrin, déjà nommé, où figuraient Bermond, pharmacien de la marine, Descombes, commis de l’hôpital *. L’épuration des autorités ainsi conduite unissait plus étroitement le personnel de la marine et la population brestoise, elle forüfiait l'autorité de la Société populaire sur les uns et les autres, et, somme toute, n’aboutissait pas à de mauvais choix. Au reste, dans les circonstances, le Représentant avait grand besoin de s'appuyer sur «la poignée de bons citoyens » qui existait à Brest.
1. Sur le désordre qui recommence dans Brest, voy. Délibérations du conseil municipal, déjà citées, t. 11, p. 61, Bréard au Comité de Salut public, 30 frimaire (Aulard, Actes du Comile dé Salut public, t. IX, p. 550) et BB? 38, fol. 466-469, 479-481. Il semble aussi que sur le vaisseau l'Entr eprenant, il y ait eu quelques velléités de mutinerie (Procés-verbal de la Convention, t. XXVIL p. 59).