LA TERREUR A L'ORDRE DU JOUR POUR LES OPÉRATIONS MARITIMES
“veut pour la France, il faut l'emporter de haute lutte : « Vos canons
sont les ambassadeurs que vous envoyez aux puissances du continent, les vaisseaux de guerre elles frégates sont vos ambassadeurs auprès des puissances maritimes. Ainsi donc, construisons des vaisseaux et fabriquons des armes. Aux ateliers, citoyens, aux chantiers! c’est le cri de la République. »
Pour assurer les travaux Barère proposa la réquisition, il reprit la théorie exposée par Jeanbon en septembre. « La République a besoin d'hommes et de matières, elle les requiert, elle se les approprie dans les divers magasins ou ateliers. Dans la démocratie toutes les jouissances sont en masse, l'individualité est l’égoïsme des monarchies. Les premiers besoins sont ceux de la patrie; elle a droit à tout ce que son salut réclame. La liberté est une créancière privilégiée et générale. » À l’œuvre commune il convia tous les citoyens : « Depuis que nous sommes viclorieux tous se disent patrioles, tous crient vive la République! Eh bien! qu’ils la servent tous, jamais réquisition ne sera mieux appliquée. » Mais aux malveillants obstinés, à tous ceux qui paralyseraient l'effort projeté, il annonça un redoublement de Terreur, et ses menaces allaient également aux modérés et aux énergumènes : « Ils ne sont pas disparus tous les fédéralistes ou monarchiens qui avaient des places dans les administrations militaires ou maritimes, Toulon et Marseille, Brest et Lorient ne sont pas entièrement dépouillés de ces agents obscurs du ministère britan-
nique qui s’érigent en patriotes ardents.... tous ceux qui ne secon-
deraient pas de tous leurs moyens les travaux des ports et arsenaux seront traités en suspects. » Toujours hostile à l'esprit de corps, et se souvenant des dissentiments entre marins d’origine différente qui avaient aclivé la désorganisation de la flotte de Toulon, Barère dit encore : «il est un fédéralisme maritime... depuis longtemps les marins du Sud se séparaient d'intérêts, d’usages et de liaisons avec les marins du Ponent.. il faut fondre tous les marins comme nous avons fondu tous les soldats, il faut amalgamer les escadres comme nous avons amalgamé les armées ; les bataillons des Alpes et des Pyrénées doivent aller sur les bords de la Sambre et de la Moselle, du Rhin et du Danube, les marins de Dunkerque et de Bayonne doivent aller: à Toulon et à Cette comme les marins du Rhône et du Var doivent servir dans les ports de Brest, dé la Rochelle et de Lorient. » Et il fit voter un décret qui, à côlé de dispositions spé-. ciales à Toulon, prescrivit aux corps administratifs l'accélération du transport du matériel destiné au service de la marine, qui réquisitionna pour ce service tous les charpentiers, calfats et voiliers, qui ordonna l’envoi des marins du Nord et de l'Ouest dans les régions maritimes du Sud et réciproquement, disposition déjà prise par un arrêté du Comité de Salut public ‘.
1. Moniteur, t. XIX, p. 120, Procés-verbal, t. XX VIT, pp. 258-260. Voy. le rapport aussi dans ADxvinc 309, n° 8, Arch. Nat., 12 p. in-8. Cf. ce rapport et celui de Jeanbon du 20 septembre (Moniteur, t. XVII, p. 709); l’analogie est flagrante,
… Quant à la réorganisation dela marine, d’après ces extraits du rapport de Barère du 14 nivôse, on voit que les moyens proposés par le Comité de Salut public pour l'activer sont exactement ceux qu’a préconisés Saint-André. Sur ce point, il y a donc, entre le Comité et son délégué à Brest, identité de vues. Mais, sur les opérations navales à tenter, le désaccord entre eux est aussi profond que sur lopportunité d’une accentuation de la Terreur.
Le plan du 24 juin contenait à la fois un dispositif de-croisières et le principe d’une descente en Angleterre. Cette descente, l’insurrection fédéraliste, puis l'invasion vendéenne en Bretagne l'avaient fait ajourner ‘. Jeanbon, pour l'instant s'attache exclusivement aux croisières ; le Comité de Salut public veut, comme tous les révolutionnaires depuis janvier 1793, attaquer Carthage dans Carthage même. Au lieu de se borner momentanément à des opérations maritimes, le Gomilé essayera de transporter sur le sol anglais une armée pour y recommencer, en terre ferme, la guerre qui lui a réussi sur le continent. C’est le système que les ministres de l’ancien régime ont en général préféré, malgré sa témérité, à l'accroissement méthodique et ininlerrompu de nos forces navales et à la grande guerre maritime, parce qu'ils étaient impatients de vaincre, parce que, Barère vient de le dire, l’ancien régime avait un faible pour la guerre continentale. Mais on peut s'étonner que le Comité de Salut public, si âpre à critiquer la direction imprimée à la marine par l’ancien
régime, et qui flétrit la prédilection aveugle de la royauté pour la
guerre continentale, on peut s'étonner que le Comité s’en tienne aux mêmes errements, qu'il se montre, lui aussi, impatient de vaincre jusqu’à la témérité, el qu'il n’attende la victoire sur les mers que d'opérations en territoire anglais. fci, comme ailleurs, le gouvernement révolutionnaire garde inconsciemment les habitudes d'esprit des gouvernements précédents.
Le 6 nivôse, nous l’avons vu, Villaret avait recu du ministre la défense de morceler ses forces. Le 11 nivôse, un arrêté du Comité de Salut public interdit toute sortie de bâliments de guerre qu'il n'aurait pas autorisée : « des mouvements partiels qui ne se concilieraient point avec le plan général, pourraient compromettre le sort des opérations les plus importantes ? ». Le 13 nivôse (2 janvier 1794), le Comité répond aux lettres de Jeanbon et Bréard des 4 et 5 nivôse : « le Comité de Salut public a reçu avec intérêt les vues hardies et amélioratives que vous lui communiquez. Vos réflexions
ce sont les mêmes idées. L'arrêté du Comité de Salut public sur l’envoi des marins de la Méditerranée dans l'Océan et vice-versa est du 6 nivôse (Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. IX, p. 670). L'épuration est annoncée par le Comité de Salut public à Prieur de la Marne: le 7-nivôse.
1. Se rappeler que le projet de descente est none dans la circulaire du Comité du 7 mai 1793 (voy. ch. vu, p. 330), mentionné dans le plan du 24 juin (voy. ch. x1, p. 416), décidé de nouveau Île 22 septembre (voy. ch. xr, p. 454)
è. AFrr 295. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 772. Voy. aussi BB> 38, fol. 543 recto.
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